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Algérie : six morts et 195 incendies en vingt-quatre heures sous une chaleur extrême


D’El Tarf à Béjaïa, les flammes progressent au contact des villages, des cultures et des infrastructures publiques. La Protection civile combattait encore 53 foyers mercredi matin, tandis que les autorités commencent seulement à mesurer les dégâts d’une séquence aggravée par une canicule atteignant 48 °C.

À Seraïdi, sur les hauteurs d’Annaba, le feu a fini par atteindre ce que les habitants redoutaient depuis plusieurs heures : les abords de l’hôpital. Dans la nuit, des ambulances ont évacué les malades vers El Bouni pendant que les flammes éclairaient la montagne et que des riverains lançaient des appels à l’aide sur les réseaux sociaux. Les clients d’un hôtel et des habitants de plusieurs maisons ont également été éloignés par précaution. Les images montrent moins une opération maîtrisée qu’une course pour empêcher l’incendie d’entrer dans la ville.

Le dernier bulletin de la Direction générale de la Protection civile, arrêté mercredi 22 juillet à 7 heures, donne la mesure de cette nuit de feu : 195 incendies de végétation recensés en vingt-quatre heures, dont 142 éteints et 53 encore en cours. Skikda concentrait à elle seule 18 opérations, devant El Tarf avec sept foyers, Béjaïa avec cinq et Jijel avec quatre. Annaba, Souk Ahras et Guelma en comptaient trois chacune. Quinze wilayas restaient concernées, de la côte orientale jusqu’à Saïda et Timimoun.

Ce nouveau relevé remplace les photographies successives diffusées la veille. Il ne doit donc pas être additionné aux 42 foyers signalés mardi matin ou aux 82 opérations annoncées quelques heures plus tard. Un feu peut être éteint, placé sous surveillance puis réapparaître dans un bulletin, tandis que de nouveaux départs sont enregistrés. L’enchaînement montre néanmoins une accélération nette : dès le 15 juillet, la Protection civile disait avoir éteint 913 incendies depuis le 8 juillet.

Ce ne sont pas seulement des forêts qui brûlent

Le vocabulaire officiel peut prêter à confusion. Le chiffre de 195 ne désigne pas exclusivement des feux de forêt. La Protection civile regroupe dans ses bilans les incendies de forêts, de maquis et de broussailles, mais aussi ceux qui touchent les cultures agricoles, les vergers, les palmeraies et les bottes de foin.

Cette distinction n’allège pas le bilan. Elle en révèle au contraire l’étendue. Ce qui disparaît dans les flammes n’est pas seulement un couvert végétal susceptible de repousser. Ce sont parfois des oliviers et des arbres fruitiers cultivés pendant des décennies, des réserves de fourrage, des ruches, du bétail ou une partie du revenu annuel d’une famille. Pourtant, l’État ne dispose toujours pas d’un inventaire national public des hectares brûlés, des habitations atteintes ou des pertes agricoles.

Le ministère de l’Intérieur a annoncé mardi soir que les incendies avaient fait six morts. Il a demandé aux walis d’engager un recensement général des dégâts et de préparer la prise en charge et l’indemnisation des sinistrés. L’identité des victimes, les circonstances précises de leur mort et la répartition des décès entre les wilayas n’ont pas été rendues publiques.

Les équipes luttaient encore contre quatre foyers importants à Boukhelifa, dans la wilaya de Béjaïa. À Jijel, trois incendies majeurs étaient signalés dans la commune d’Ouled Yahia Khedrouche, tandis qu’un autre front mobilisait les secours dans le secteur de Bousif-Ouled Asker. Plus à l’est, les opérations se poursuivaient à Zitouna, Aïn Kerma, Chafia et Oued Zitoun, dans la wilaya d’El Tarf. La dispersion des sinistres épuise les moyens : il ne s’agit plus de concentrer hommes, camions et aéronefs sur un incendie géant, mais de répondre simultanément à des dizaines de fronts.

Les habitants filment avant l’arrivée des secours

Sur les réseaux sociaux, la géographie officielle des feux prend une autre forme. Des vidéos montrent des habitants arrosant les abords de leurs maisons avec des tuyaux de jardin, des automobilistes traversant des routes noyées de fumée ou des villageois criant que les flammes approchent. À Seraïdi, les images de l’évacuation de l’hôpital ont été accompagnées d’appels de détresse demandant davantage de moyens et une intervention aérienne.

Ces séquences documentent une peur réelle, mais elles doivent être maniées avec précaution. Une légende, un cri ou un nom de wilaya ne suffisent pas à établir l’origine d’une vidéo. Certaines images circulent plusieurs heures après leur tournage, d’autres sont republiées sans l’auteur initial.

Cette prudence ne doit pas devenir un prétexte pour ignorer les alertes. Dans plusieurs secteurs, les messages citoyens ont précédé la confirmation officielle des évacuations. Ils révèlent aussi la distance entre un bulletin exprimé en « foyers éteints » et l’expérience d’une famille qui ne sait pas encore si elle retrouvera sa maison, ses arbres ou ses animaux au matin.

Jusqu’à 48 °C : la canicule derrière les flammes

Les incendies se développent au terme de plusieurs jours de chaleur exceptionnelle. L’Office national de la météorologie a placé plusieurs wilayas du nord en vigilance rouge de niveau trois, avec des maximales atteignant ou dépassant 48 °C. Des températures de 40 à 44 °C ont également été annoncées dans plusieurs wilayas de l’Est, notamment celles aujourd’hui touchées par les feux. La vague de chaleur devrait persister encore plusieurs jours avant un recul progressif attendu à partir du 26 juillet.

La chaleur ne met pas elle-même le feu à une forêt. Un départ suppose généralement une intervention humaine, accidentelle ou volontaire, plus rarement la foudre. Mais une température extrême, une humidité faible, des sols secs et du vent transforment une étincelle en front incontrôlable. Ils accélèrent la propagation, rendent les reprises plus fréquentes et réduisent la fenêtre d’intervention des secours.

Peut-on pour autant attribuer ces incendies au changement climatique ? Pas directement, en l’absence d’une étude d’attribution consacrée à cet épisode précis. Mais la question ne peut plus être écartée comme une spéculation. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat estime que la région méditerranéenne s’est déjà réchauffée d’environ 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle et que les extrêmes de chaleur y ont augmenté. Il prévoit une aggravation des conditions météorologiques favorables aux incendies, avec des saisons plus longues, des végétations plus sèches et un risque de propagation accru.

Après les flammes, le temps des comptes

Le climat ne dispense donc pas d’interroger l’entretien des forêts, les pistes d’accès, les points d’eau, le débroussaillement, les délais d’alerte ou la disponibilité des moyens aériens. Il rend ces défaillances plus coûteuses. Une politique bâtie sur les saisons d’hier risque d’être dépassée par les étés de demain.

Pour l’instant, l’Algérie compte les foyers et mobilise ses colonnes de renfort. Elle ne connaît pas encore l’étendue de ce qu’elle a perdu. Le véritable bilan commencera lorsque les flammes seront éteintes : dans les villages évacués, les exploitations brûlées et les forêts où la fumée masque encore les dégâts.