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Incendies en Algérie : face aux flammes, les habitants prennent place sur la ligne de feu


Au lendemain d’une journée marquée par 195 incendies, les feux continuaient de menacer des villages et des exploitations jeudi. Le dispositif aérien associe les AT-802 mobilisés par la Protection civile aux Beriev BE-200 et aux hélicoptères lourds Mi-26 des Forces aériennes de l’ANP. Des citoyens participent également aux opérations avec des tuyaux, des citernes et parfois de simples outils de fortune.

Mercredi, les habitants filmaient les flammes, lançaient des appels à l’aide et attendaient l’arrivée des secours. Jeudi 23 juillet, les images diffusées sur les réseaux sociaux les montrent également sur la ligne de feu. Des hommes courent vers les fumées, déroulent des tuyaux, transportent de l’eau dans des réservoirs ou attaquent les broussailles avec les moyens disponibles.

Dans certaines localités, la lutte contre les incendies prend ainsi la forme d’une mobilisation collective improvisée. Les unités de la Protection civile combattent les foyers les plus importants tandis que les habitants tentent de protéger les maisons, les vergers et les exploitations situés sur la trajectoire des flammes.

Le dernier bilan de la Protection civile, arrêté jeudi à 13 heures, faisait état de 73 incendies de forêts, de maquis, de broussailles, de cultures agricoles et de palmeraies. Cinquante avaient été éteints et 23 restaient en cours dans quinze wilayas. Ces chiffres constituent une nouvelle photographie de la situation et ne doivent pas être additionnés aux 195 feux annoncés la veille.

À Tizi Ouzou, un incendie déclaré à Takhlidjt, dans la commune d’Abi Youcef, menaçait deux villages. Dix familles, représentant environ 80 personnes, ont été évacuées. À Ouled Driss, dans la wilaya de Souk Ahras, les flammes se rapprochaient du village de Kheboucha.

Des villages et des exploitations menacés

Dans la wilaya de Saïda, le feu de la région d’El Bahira El Hamra, à Doui Thabet, menaçait une dizaine d’exploitations agricoles. Trois avions AT-802 ont été engagés. À El Hachimia, dans la wilaya de Bouira, l’incendie s’est étendu vers la forêt d’El Hakimia, nécessitant l’intervention d’un bombardier d’eau BE-200.

À Constantine, dix personnes ont été évacuées en raison d’un important incendie dans la forêt d’El Hadj, à Ibn Badis. Deux AT-802 ont été mobilisés. Un autre foyer restait actif au Djebel El Ouahch.

À Annaba, deux avions AT-802 et un BE-200 intervenaient toujours à Bouzizi, sur les hauteurs de Seraïdi, l’un des secteurs déjà touchés lors de la nuit précédente. Les opérations se poursuivaient dans un relief accidenté qui complique l’accès des moyens terrestres.

À El Tarf, l’incendie de la région d’El Fedj, dans la commune de Zitouna, a repris dans une zone difficile d’accès. Un hélicoptère lourd Mi-26 a été envoyé sur place. À Guelma, le feu de Bordj Sabath continuait de progresser, sans danger direct signalé pour les habitants.

Souk Ahras concentrait quatre des 23 foyers encore actifs, tandis qu’Annaba, Bouira, Constantine, Béjaïa et Mila en comptaient chacun deux. D’autres incendies se poursuivaient à Skikda, Jijel, Tiaret, Sétif, Tipasa, Timimoun et Tizi Ouzou.

La multiplication des fronts oblige les secours à répartir leurs équipes, leurs véhicules et leurs moyens aériens sur une vaste partie du territoire, alors que la chaleur et les vents peuvent accélérer la propagation des flammes.

Une deuxième ligne de défense improvisée

L’engagement des citoyens témoigne d’une solidarité immédiate, mais aussi de la dispersion des secours. Dans les images circulant en ligne, certains remplissent des citernes, d’autres manient des tuyaux d’arrosage, coupent les broussailles ou tentent d’empêcher les flammes de franchir une route.

Ces interventions peuvent contenir un départ de feu ou empêcher les flammes d’atteindre une habitation. Elles exposent cependant des personnes souvent dépourvues de vêtements de protection, de masques et de moyens de communication adaptés. Un changement de vent suffit à transformer un front apparemment contenu en piège.

Les moyens rudimentaires ne remplacent ni les véhicules spécialisés ni les bombardiers d’eau nécessaires face à un incendie puissant. Ils constituent néanmoins, dans plusieurs villages, une deuxième ligne de défense autour des habitations et des terres agricoles.

Les images donnent ainsi la mesure humaine de la crise. Derrière les bilans apparaissent des habitants qui défendent une maison, des cultures, des ruches, un troupeau ou des arbres transmis depuis plusieurs générations. Les incendies détruisent autant des revenus familiaux que le couvert forestier.

Au-delà du nombre de foyers maîtrisés, la journée de jeudi montre donc une population contrainte de participer directement à la protection de ses biens. Face à des incendies dispersés sur quinze wilayas, les pompiers ne combattent pas seuls. Autour d’eux, des habitants équipés de ce qu’ils trouvent tentent, eux aussi, de tenir la ligne.