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L’Algérie a brûlé près de 18 milliards de dollars de réserves en un an


Les réserves de change de l’Algérie ont fondu de près de 18 milliards de dollars en 2025, selon les nouvelles estimations du Fonds monétaire international. Une ponction spectaculaire provoquée par l’envolée des importations et le recul des exportations d’hydrocarbures, alors même que l’économie continuait de croître.

Dans les conclusions de sa consultation annuelle avec l’Algérie, publiées lundi 21 septembre, le FMI évalue les réserves officielles à 51 milliards de dollars fin 2025, contre 68,9 milliards un an auparavant. En douze mois, le stock de réserves a ainsi diminué de 17,9 milliards de dollars, soit environ 26 % du matelas de devises du pays.

Après plusieurs années de reconstitution, favorisée notamment par la remontée des recettes énergétiques, les réserves reculent, atteignant encore 70,6 milliards de dollars en 2023.

Une croissance financée par une forte demande intérieure

Le FMI identifie clairement le mécanisme à l’œuvre en 2025. Les importations ont fortement augmenté, soutenues notamment par l’investissement, tandis que les exportations d’hydrocarbures ont reculé. Les importations de marchandises sont ainsi passées de l’équivalent de 16,8 % du PIB en 2024 à 21,9 % en 2025. Les exportations ont suivi le chemin inverse, de 18,1 % à 15,8 % du PIB.

Le compte courant, qui mesure notamment la différence entre les entrées et les sorties de devises liées aux échanges avec l’extérieur, s’est brutalement dégradé. Son déficit est passé de 1,1 % du PIB en 2024 à 8,9 % en 2025.

Cette consommation de devises n’a pas accompagné une récession. L’économie algérienne a progressé de 3,9 % en 2025, après 3,7 % en 2024. La croissance hors hydrocarbures a même atteint 4,3 %. L’investissement total représentait, selon les estimations du Fonds, près de 49 % du PIB.

L’Algérie a donc acheté une partie de cette croissance au prix d’une forte sollicitation de ses ressources extérieures.

La pression devrait ralentir cette année sans disparaître. La hausse des prix des hydrocarbures améliore les recettes d’exportation et le FMI prévoit une réduction du déficit courant à 1,9 % du PIB. Les réserves reculeraient néanmoins encore à 46,5 milliards de dollars fin 2026, soit 8,1 mois d’importations de biens et services de l’année suivante.

Sous 20 milliards en 2031 dans le scénario du FMI

À politiques inchangées, la trajectoire devient beaucoup plus préoccupante à moyen terme. Le FMI projette 41 milliards de dollars de réserves en 2027, 33,4 milliards en 2028, 27,8 milliards en 2029 et 19,8 milliards en 2031. La couverture des importations tomberait alors à 3,3 mois. Le calcul suppose que les déséquilibres actuels se prolongent. L’évolution réelle des réserves peut s’en écarter.

Le Fonds pointe parallèlement un déficit budgétaire toujours considérable, estimé à 10,5 % du PIB en 2025 et attendu à 9,6 % cette année. Il relève également le recours croissant au financement de l’État par la Banque d’Algérie, évalué à 3,7 % du PIB en 2025 et projeté à 5,5 % en 2026.

Le FMI recommande de profiter de l’actuelle remontée des revenus des hydrocarbures pour reconstituer les réserves plutôt que prolonger les déséquilibres. Il préconise une réduction progressive du déficit budgétaire, un encadrement strict du financement monétaire et davantage de flexibilité du taux de change.

L’Algérie conserve un endettement extérieur extrêmement faible, autour de 1 % du PIB. Mais son autre grande protection contre les chocs extérieurs, ses réserves de devises, vient de perdre plus du quart de sa valeur en une année.