Le comédien, auteur et metteur en scène Hassan Boubrioua est mort vendredi à l’âge de 73 ans. Figure du Théâtre régional de Constantine, il appartenait à une génération pour laquelle la scène était à la fois un métier, un espace de création, de critique sociale et parfois de confrontation avec le pouvoir.
Né le 20 mars 1953 à Sidi Abdelaziz, dans la wilaya de Jijel, Hassan Boubrioua rejoint dans sa jeunesse le Groupe d’action culturelle (GAC), apparu à Constantine en 1968. Autour de cette troupe se forme une génération de comédiens et de créateurs qui contribuera à donner au théâtre constantinois une place particulière sur la scène nationale.
Il entre au Théâtre régional de Constantine et devient comédien professionnel en 1979. La même année, son nom figure au générique de Rih Essamsar, « Le vent du courtier ».
Une pièce interdite puis rappelée des tiroirs
Le spectacle avait été préparé collectivement à partir d’une enquête de terrain sur les coopératives agricoles, les circuits de commercialisation, les marchés de gros et les intermédiaires. Ses auteurs et comédiens y dressaient une critique mordante des dysfonctionnements de la révolution agraire et du système de distribution sous le socialisme.
La pièce déplaît. Selon le témoignage livré des années plus tard par le comédien Alaoua Zermani, l’équipe du Théâtre régional de Constantine est écartée alors que les répétitions sont en cours. Hassan Boubrioua fait partie des artistes touchés, avec notamment Antar Hellal, Djamel Dekkar, Abdelhamid Habbati, Ammar Mohsen, Aïssa Redaf, Fatima Hellilou et Yamina Djelloul. Le groupe reste éloigné du théâtre pendant environ un an et demi.
Après la mort de Houari Boumediene, les comédiens sont rappelés et les productions laissées dans les tiroirs peuvent reprendre. Rih Essamsar est finalement créée le 29 mai 1979. Elle sera ensuite enregistrée pour la télévision et jouée dans plusieurs régions du pays.
Boubrioua appartient à ce théâtre populaire nourri du réel, capable de remplir les salles autant que de déranger.
Du comédien au metteur en scène
Il poursuit sa carrière sur les planches constantinoises et joue notamment dans Nass El Houma, Hourouf El Illa, Eddaraouich ou encore El Oughnia El Akhira. Les archives du théâtre de Constantine le replacent parmi les visages d’une période particulièrement féconde, aux côtés d’Antar Hellal, Aïssa Redaf, Fatima Hellilou et d’autres figures de cette génération.
Boubrioua passe ensuite à l’écriture, à l’adaptation et à la mise en scène. Il signe ou dirige notamment Monsieur le ministre en 1997, El Boughi en 2003, El Qadi en 2009, Une soirée à Paris en 2012 puis El Madhbaha en 2014 pour le Théâtre régional de Skikda.
Adaptée d’un texte de l’Égyptien Hossam Kandil, El Madhbaha lui vaut le prix de la meilleure mise en scène lors de la neuvième édition du Festival national du théâtre professionnel. Près de trente-cinq ans après Rih Essamsar, Boubrioua travaillait toujours pour la scène, désormais à la mise en scène et auprès d’une nouvelle génération de comédiens.
Son parcours traverse plusieurs âges du théâtre algérien, des troupes amateurs des années 1960 au théâtre public des années 1970, puis aux grandes années de la scène constantinoise et au travail de transmission.
Avec Hassan Boubrioua disparaît l’un de ceux pour qui le théâtre se construisait collectivement, au contact du public et de son quotidien, quitte à déplaire lorsque la scène s’approchait trop près du réel.