Ils affirment avoir tenté de sauver leurs vergers des flammes. Ils se retrouvent en détention, soupçonnés d’avoir déclenché l’incendie. À Jijel, l’arrestation de cinq membres de la famille Zaït de Belhadef après la circulation d’une vidéo devenue virale sur TikTok intervient au moment où l’Algérie vient d’annoncer sa volonté de reprendre les exécutions capitales contre les auteurs d’incendies volontaires.
La scène se déroule pendant les feux qui ont touché la région. Plusieurs jeunes de la famille combattent les flammes qui ont gagné leurs vergers. Malgré la tension, ils plaisantent entre eux. L’un des traits d’humour reprend une formule connue sur les réseaux sociaux algériens. Dans ses vidéos consacrées au reboisement, Fouad Maâla, fondateur d’Algérie Verte, termine régulièrement par « verte, si Dieu le veut ». Au milieu des flammes, les jeunes la détournent en « rouge, si Dieu le veut ».
Une fois sortie de son contexte, la plaisanterie prend un autre sens.
Une plaisanterie transformée en soupçon
La séquence est reprise sur TikTok, accompagnée d’une musique de film d’horreur et présentée comme montrant les auteurs de l’incendie. Elle fait le buzz. Ceux qui, selon leur famille, tentaient d’éteindre le feu apparaissent désormais sur les réseaux sociaux comme ceux qui l’auraient allumé.
Les Zaït réagissent dès le lendemain. Ils tournent une nouvelle vidéo pour restituer le contexte de la première et expliquer leur présence sur les lieux. Dans cette vidéo, l’avocat Slimane Laalali, originaire de Belhadef, affirme avoir été présent sur les lieux et témoin de la scène. Il prend la défense des les intéressés et reproche aux auteurs de la publication virale d’avoir détourné la scène « uniquement pour faire le buzz ».
Le communiqué du parquet mentionne la vidéo dans le passage consacré aux cinq membres de la famille. Il relève qu’ils y prononcent « rouge, si Dieu le veut », avant d’indiquer que les investigations ont conclu à leur implication dans l’incendie.
Dans les autres affaires présentées dans le même communiqué, le parquet mentionne des expertises scientifiques, la localisation du départ du feu et des « aveux explicites ». Dans le récit rendu public par le parquet, aucun élément probatoire comparable à ceux cités dans les autres dossiers n’apparaît contre les cinq membres de la famille Zaït : ni aveux, ni moyen d’allumage, ni expertise situant auprès d’eux le départ du feu. Reste la vidéo dont le sens est contesté et que les intéressés avaient cherché à remettre dans son contexte dès le lendemain.
Un très mauvais signal
Le 30 août, Abdelmadjid Tebboune a ordonné la modification du Code pénal afin de rétablir l’exécution de la peine de mort contre les personnes impliquées dans les incendies volontaires. Il a réaffirmé cette orientation le 6 septembre. L’Algérie n’a procédé à aucune exécution depuis 1993.
Le moratoire de fait n’est pas encore rompu, mais le virage politique vers la reprise des exécutions est engagé.
Dans ce contexte, le cas de la famille Zaït constitue un début pour le moins maladroit. La vidéo peut être tronquée, la musique en modifier le sens et une plaisanterie comme « rouge, si Dieu le veut » devenir, hors contexte, une apparente célébration du feu. L’enquête peut ensuite se tromper puis se corriger, une expertise rétablir la chronologie et une juridiction réparer l’erreur.
Une exécution, elle, ne se corrige pas.