Une entreprise algérienne livre pour 10 millions de dinars de marchandises à un client. La facture est payable dans trois mois, mais elle doit régler ses salariés et ses fournisseurs dès maintenant. Elle pourra désormais céder cette facture à une banque et récupérer son argent sans attendre l’échéance.
C’est le principe de l’affacturage, ou factoring, dont la Banque d’Algérie vient de fixer les règles par le règlement 26-03 du 13 août 2026, publié au Journal officiel n°67.
Le mécanisme vise un problème classique des entreprises. Une société peut afficher un carnet de commandes rempli et manquer pourtant de liquidités parce que ses clients la paient plusieurs semaines ou plusieurs mois après la livraison.
Toutes les créances ne sont pas éligibles
Avec l’affacturage, elle transfère sa créance commerciale à une banque ou un établissement financier. Celui-ci lui verse le montant de la facture, moyennant rémunération, puis récupère lui-même la somme auprès du client à l’échéance. Le règlement prévoit que le « factor » règle le montant intégral de la créance transférée et supporte le risque de non-remboursement.
Toutes les factures ne pourront cependant pas être transformées en argent frais. La créance doit être certaine, son montant déterminé et le client ne doit pas la contester. Son échéance doit surtout être inférieure à six mois à compter de la date de facturation. Une facture déjà payée, compensée, nantie ou transférée ne peut pas servir une seconde fois au financement. Le débiteur ne doit pas non plus être en cessation de paiement, en redressement ou en liquidation, et la créance doit pouvoir être librement transférée.
Pour une PME payée à 90 ou 120 jours, l’intérêt est donc immédiat. Elle échange une partie de sa marge contre de la trésorerie disponible tout de suite, au lieu de chercher un crédit pour financer l’attente.
Deux commissions à payer
L’intérêt du dispositif dépendra toutefois des tarifs pratiqués par les banques.
La Banque d’Algérie prévoit au moins deux composantes. Une commission de financement rémunérera l’argent avancé par la banque. Une commission d’affacturage couvrira notamment la gestion, le suivi et le recouvrement de la facture ainsi que, le cas échéant, le risque de non-paiement. Le règlement ne fixe pas leurs montants. Les banques devront rendre publiques les conditions qu’elles appliquent.
C’est ce coût qui déterminera l’utilité réelle du dispositif. Sur une facture de 10 millions de dinars payable dans trois mois, quelques points de commission peuvent rapidement représenter plusieurs centaines de milliers de dinars.
L’affacturage ne supprime donc pas le problème des délais de paiement. Il permet désormais aux entreprises algériennes de mettre un prix dessus.