Le projet de gazoduc transsaharien entre dans une nouvelle phase au Niger. Alger et Niamey préparent le lancement d’une campagne de levés topographiques destinée à déterminer le tracé de la canalisation sur le territoire nigérien, une première traduction technique de la relance du tronçon nigérien.
Le sujet a été au centre des entretiens menés mardi 22 septembre à Niamey par le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab. Reçu par le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, il a examiné « la concrétisation du tronçon nigérien » du Trans-Saharan Gas Pipeline (TSGP), selon le ministère algérien des Hydrocarbures.
Les deux parties ont notamment insisté sur le lancement de « la campagne de levés topographiques du tracé du gazoduc sur le territoire nigérien ». Ces relevés doivent préciser le passage de la future infrastructure avant les étapes d’ingénierie et de construction.
Il ne s’agit donc pas encore du démarrage du chantier. Mais l’annonce donne pour la première fois une traduction technique à la relance du tronçon nigérien, longtemps restée au stade des discussions entre Alger, Niamey et Abuja.
Côté algérien, en revanche, les travaux ont officiellement été lancés le 4 juin à Aoulef. Le futur tube doit suivre le corridor de la Route transsaharienne depuis la frontière avec le Niger jusqu’au centre de dispatching de Hassi R’Mel.
Du gazoduc au pétrole nigérien
Le TSGP doit s’étendre sur environ 4 128 kilomètres, dont 1 037 au Nigeria, 841 au Niger et 2 310 en Algérie. Il doit raccorder les ressources gazières nigérianes au réseau algérien, qui ouvre ensuite l’accès aux infrastructures d’exportation vers la Méditerranée.
Le déplacement de Mohamed Arkab intervient un peu plus d’un mois après celui du Premier ministre Sifi Ghrieb. Le 13 août, celui-ci avait lancé avec son homologue nigérien le programme de forage de quatre puits d’exploration sur le permis pétrolier de Kafra, exploité par Sonatrach à travers sa filiale internationale SIPEX en partenariat avec la compagnie nigérienne SONIDEP.
Sonatrach travaille sur Kafra depuis 2005. Le groupe indique y avoir acquis environ 2 200 kilomètres de données sismiques 2D et 760 km² de sismique 3D, puis foré deux puits en 2018 et 2019. Le puits Kafra-1 avait confirmé le potentiel pétrolier du périmètre. La campagne lancée en août doit permettre de mieux caractériser les réservoirs, d’en mesurer la productivité et de déterminer les conditions d’une exploitation commercialement viable.
La coopération dépasse déjà l’exploration. Le 14 août, Sonatrach et SONIDEP ont chargé au terminal béninois de Sémé une première cargaison de brut nigérien Meleck commercialisée conjointement. Le même mois, Sonatrach a commencé à livrer au Niger du carburant Jet A1 produit à la raffinerie d’Adrar.
Sonatrach élargit son empreinte énergétique au Niger
À Niamey, Mohamed Arkab a confirmé la volonté algérienne d’élargir cette coopération. L’Agence nigérienne de presse rapporte, après son entretien avec le président Abdourahamane Tiani, que les discussions ont porté sur la valorisation des hydrocarbures nigériens et la poursuite des projets énergétiques communs.
Le Niger devient ainsi le point de rencontre de plusieurs ambitions énergétiques algériennes. Sonatrach y recherche du pétrole, propose son expertise commerciale et l’Algérie veut y faire passer le maillon encore manquant du gazoduc reliant le Nigeria à la Méditerranée.
La campagne topographique annoncée cette semaine donnera au TSGP son premier test concret au Niger. Son lancement effectif, puis le passage aux études d’ingénierie et au chantier, permettront de mesurer l’avancement d’un projet discuté depuis plusieurs décennies.