Une centaine de cinémas français ont pris symboliquement vendredi 2 octobre le nom de René Vautier, cinéaste anticolonialiste qui avait soutenu le FLN pendant la guerre de Libération nationale, pour protester contre la décision du maire d’Elne, dans les Pyrénées-Orientales, de débaptiser le cinéma municipal qui portait son nom depuis 2005.
L’opération a été lancée par plusieurs organisations professionnelles du cinéma, parmi lesquelles la Société des réalisatrices et réalisateurs de films, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion et l’Association française des cinémas d’art et d’essai. En fin de journée, environ cent salles avaient répondu à l’appel, rapporte le magazine Télérama.
Le cinéma d’Elne a rouvert sous le nom de « La Bobine illibérienne ». Son maire, Steve Fortel, dont la liste avait reçu la nuance extrême droite du ministère de l’Intérieur lors des municipales de 2026, affirme vouloir rendre aux équipements municipaux leur « neutralité » et ne pas « politiser la culture ».
Son opposition au nom de René Vautier est toutefois directement liée à l’Algérie. Lors du conseil municipal du 22 septembre, Steve Fortel avait rappelé que le réalisateur avait été un « cinéaste du Front de libération nationale ». Il avait ajouté que s’il devait retirer à l’avenir d’autres noms de rues ou de lieux honorant des personnes ayant soutenu le FLN, il le ferait.
Une vie de cinéma liée à l’Algérie
René Vautier, né en 1928 et mort en 2015, avait rejoint les maquis de l’ALN pendant la guerre de Libération nationale et tourné Algérie en flammes en 1958. Après l’indépendance, il s’installe à Alger et crée avec Ahmed Rachedi le Centre audiovisuel d’Alger, qu’il dirige jusqu’en 1965. Il participe alors à la formation d’une première génération de cinéastes algériens et à la réalisation collective d’Un peuple en marche. Son œuvre comprend également Afrique 50 et Avoir vingt ans dans les Aurès, récompensé par le Prix de la critique internationale au Festival de Cannes en 1972.
Les organisations mobilisées contre la décision d’Elne dénoncent une volonté d’« invisibiliser » l’œuvre et les engagements du cinéaste. Elles ont appelé les salles françaises à afficher pendant une journée le nom de René Vautier et soutiennent une pétition réclamant son rétablissement sur le cinéma d’Elne.