Une année de plus. Une année difficile, comme les précédentes. Nous avons tenu, encore. Je pourrais m’en réjouir, mais je ne vois toujours pas le bout du tunnel. Et je n’ai aucune envie de transformer nos difficultés en récit héroïque. Faire du journalisme ne devrait pas être un acte de bravoure.
L’environnement est ce qu’il est. Nous le connaissons. Nous n’allons pas le refaire à chaque anniversaire, ni nous en servir pour justifier nos insuffisances. Il y a des choses qui ne dépendent pas de nous. Il y en a d’autres sur lesquelles nous ne devons rien céder.
Je rêve toujours de construire un média arrogant, avec des journalistes humbles. Arrogant face aux puissants, aux certitudes officielles, aux vérités imposées. Humble devant les faits, devant ses propres erreurs et, surtout, devant ceux qui prennent le temps de nous lire.
Je veux un journal qui respecte l’intelligence de ses lecteurs, qui ne les prenne ni pour des enfants à éduquer ni pour une foule à séduire. Un journal qui cherche à comprendre avant de prétendre expliquer, qui pose les questions qui dérangent, y compris celles qui le dérangent lui-même.
Mais je veux aussi que Twala ne se contente pas de survivre à son environnement. Je veux qu’il refuse de lui ressembler. On peut manquer de moyens, de perspectives et parfois même d’optimisme sans renoncer à ses principes. Si, pour durer, un journal doit finir par adopter les pratiques qu’il dénonce, alors sa survie n’a plus beaucoup d’intérêt.
Nous avons encore beaucoup à apprendre, beaucoup à corriger et davantage à construire. Six ans ne nous donnent aucun droit à l’indulgence.
Je ne sais pas ce que nous réserve la septième année. Je sais seulement ce que je ne veux pas sacrifier pour y arriver.
Notre dignité. Celle des journalistes qui font Twala. Et celle du journal que nous essayons de construire.
Le reste, nous continuerons à nous battre pour l’obtenir.