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Le cinéma algérien retrouve enfin sa commission d’aide


Enfin, c’est fait ! Après de longs mois d’attente, le ministère de la Culture vient d’installer la commission nationale du Fonds d’aide à la production et à la technique cinématographique (FDATIC). Outre le soulagement exprimé par les producteurs et les réalisateurs, quasi au chômage technique depuis des années, on peut également noter que la nomination de l’écrivaine francophone Maïssa Bey à la tête de cette commission a été plutôt bien accueillie.

Les professionnels de la fragile industrie cinématographique privée algérienne, très dépendante des fonds publics, peuvent respirer. Néanmoins, la réaction de l’historien du cinéma Ahmed Bedjaoui montre que les tensions persistent parmi ceux qui entendent décider de l’avenir du cinéma.

« Après des années d’arrêt qui ont entraîné une stagnation grave de la production de films, des années de tergiversation qui ont pénalisé tous les cinéastes algériens ainsi que les sociétés de production qui ont le devoir d’assurer des salaires tous les mois, cette commission est enfin active. Je n’ai pas été invité à cette installation bien que je sois présent à Alger, mais comme on le dit, nul n’est prophète en son pays », a-t-il posté sur ses réseaux sociaux, avant de saluer la nomination de Maïssa Bey, à laquelle il voue, dit-il, « la plus grande admiration ».

« Mais je fais aussi confiance à tous les autres collègues et amis pour relancer notre cinéma, car ils sont qualifiés pour faire les bons choix. Rabbana Youafek Inchallah », poursuit Ahmed Bedjaoui.

Un casting entre cinéma, université et administration

Dévoilée, la liste des membres de la commission témoigne effectivement d’une certaine ouverture. Un dosage entre personnalités respectées dans le milieu du cinéma et d’autres, proches de la ministre, certaines ayant déjà exercé des postes de responsabilité au sein du ministère.

Sont ainsi nommés les réalisateurs Saïd Mahdaoui et Abdenour Zahzah, les comédiens Abdenour Chelouch, Nawel Zaatar et Samir El Hakim, la productrice Samira Hadj Djilani (accusée de corruption, ce qu’elle a toujours récusé, et placée en détention en même temps que l’ancienne ministre de la Culture Khalida Toumi), le critique et directeur artistique du Panorama cinématographique de Constantine Djamel Hazourli, l’auteur Ahmed Bensaada (qui a publié, entre autres ouvrages, Kamel Daoud, Cologne contre-enquête et La face cachée des révolutions arabes), les universitaires Mourad Yellès et Habiba Laloui, le commissaire du Festival de Timimoun Fayçal Sahbi (longtemps conseiller au ministère de la Culture) et le technicien Fateh Rabia.

Dans son communiqué officiel, la ministre de la Culture met en avant le fait que c’est la première fois qu’une femme est nommée à la tête d’une commission d’aide aux films.

Soulagement chez les cinéastes, réserves sur le modèle

« C’est bonne nouvelle. Une grande responsabilité entre de bonnes mains », réagit la designer et architecte Feriel Gasmi-Issiakhem, également scénographe de décors de cinéma.

Présente au Festival d’El-Gouna, où elle est venue pitcher le projet de son premier long-métrage, Paradise Beach, en espérant décrocher une aide pour le développement du film, la réalisatrice Zoulikha Tahar est tout aussi enthousiaste. Elle salue autant l’installation longtemps attendue de la commission que la nomination à sa tête de l’écrivaine de Bel-Abbès. « Un espoir se lève », dit-elle.

« Ce n’est pas comme ça qu’on ressuscitera le cinéma en Algérie », tranche, de son côté, le peintre et écrivain Ali El Hadj Tahar. « En 2005, j’ai soumis à Mme Toumi alors ministre de la Culture l’idée qu’on ne devrait plus financer des films alors qu’il n’y a pas de salles de cinéma en Algérie, et qu’il fallait d’abord restaurer des salles », estime-t-il.

« Après enquête sur les infrastructures encore existantes, j’ai soumis un projet de restauration de salles de cinéma (…) Ce projet de loi a été saboté-sabordé par trois cinéastes-producteurs siphonneurs de budgets », dénonce Ali El Hadj Tahar dans son post.