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Élections locales : l’urne pour valider ce que l’administration aura choisi

À l’approche des élections locales du 28 novembre, les rejets de candidatures ravivent la colère des partis d’opposition, qui dénoncent un filtrage politique sous couvert de moralisation. Mais face à une administration qu’ils accusent de choisir qui peut concourir, ces partis peinent à opposer une riposte commune, tandis que la loi limite leur marge de manœuvre.


Une urne lors des législatives algériennes du 2 juillet 2026. À l’approche des élections locales du 28 novembre, les partis d’opposition dénoncent de nouveaux rejets de candidatures et un filtrage administratif de la compétition. Photo : AFP.

Dans un peu plus d’un mois, le 28 novembre 2026, pour être précis, se tiendront les élections locales. Elles clôtureront un processus électoral où tout n’est pas pour le mieux. Comme lors des législatives de juillet dernier, l’administration, à travers l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), tamise les listes de candidatures et filtre les candidats. Au nom de « la moralisation de la vie politique », concept vague et fourre-tout, des candidats à la candidature sont déclarés inéligibles. Au grand dam des partis qui les ont choisis et au mépris des électeurs qui leur ont donné leurs parrainages.

Ce à quoi l’on assiste dessine un paradoxe politique bien algérien. La candidature aux élections ne relève pas de la seule souveraineté des partis, mais aussi, et en dernier ressort, du choix de l’administration, laquelle, de l’avis unanime de l’opposition, opère une censure politique. Autrement dit, avant que les électeurs ne se prononcent, l’administration décide de ceux qui peuvent solliciter leurs suffrages. Ceci d’autant que les candidatures rejetées au motif de l’article 184 de la loi électorale sont, dans beaucoup de cas, celles de militants à l’engagement politique notable.

Le filtre administratif

Les partis de l’opposition s’en plaignent. Ils dénoncent, chacun avec ses mots, une entrave au libre exercice de l’activité politique. Ils alertent, c’est le cas notamment du bureau politique du Parti des travailleurs (PT), sur la menace qui pèse sur le pluralisme politique. Seront-ils pour autant entendus ? Rien n’est moins sûr. Ils ne l’ont pas été l’été dernier, au moment des élections législatives, rien ne dit qu’ils le seront cette fois-ci. Il est même quasi certain que le pouvoir ne repoussera pas les balises réglementaires qu’il a mises en place pour encadrer l’activité politique.

Si le pouvoir en place avait pour vocation de favoriser l’émancipation de la vie politique nationale, il aurait agi tout autrement que de revoir la loi sur les partis politiques et la loi électorale dans le sens de davantage de restrictions. Peu lui chaut, semble-t-il, que le filtre des candidatures aux élections se solde par la désaffection électorale. Il s’est bien accommodé d’un taux de participation de 21,24 % aux législatives de l’été passé. Ce qui lui importerait, c’est d’avoir une Assemblée lisse où les aspérités politiques sont réduites au minimum, à leur plus simple expression.

Et s’il est acquis que le pouvoir, tant interpellé par les partis et les militants politiques indépendants, ne fera pas de bon gré amende honorable, l’opposition a-t-elle les moyens et la capacité de l’y contraindre ? On peut tout de suite affirmer, sans risque d’être démenti, qu’elle n’en a pas. On ne décèle même pas chez elle une disponibilité, encore moins une volonté de se concerter sur ce qu’il faut entreprendre pour se faire entendre.

Une opposition incapable de riposte solidaire

L’ancien président du RCD, Mohcine Belabbas, qui reste actif sur les réseaux sociaux, fait bien de remarquer, dans un texte publié sur sa page Facebook, que « (…) les forces de l’opposition ont aussi leur part dans la crise : leurs protestations, souvent portées séparément, n’ont pas débouché sur une action suffisamment solidaire, coordonnée et durable pour enrayer cette dérive ».

Confrontés, en effet, au même problème de rejet de candidatures sans motifs précis par l’ANIE, les partis de l’opposition en restent à des réactions solitaires, n’envisageant pas, du moins pour l’heure, de structurer une riposte solidaire. Ils se contentent d’exprimer leur indignation, de dénoncer ce qu’ils considèrent comme un arbitraire, tout en sachant qu’il y a peu de chances qu’ils soient entendus. Pour toute réponse à leurs cris révoltés, le pouvoir les invite à recourir aux procédures prévues par la loi. Et c’est ce qu’ils feront en définitive, comme en juillet dernier.

Évidemment, les recours devant les tribunaux administratifs peuvent rétablir certaines candidatures, mais n’enlèvent pas à l’ANIE la prérogative de statuer sur l’inéligibilité au motif de « la moralisation de la vie politique », d’opérer ce que le premier secrétaire national du FFS, Youcef Aouchiche, qualifie de « purges politiques ». Des « purges » parce que les rejets ciblent, souligne-t-il, « des militants à ancrage populaire et ayant une réelle capacité de mobilisation ».

Si le président du RCD, Atmane Mazouz, parle, lui, de « boucherie électorale » et s’interroge sur sa finalité, c’est que le rejet des candidatures est massif. Rien que dans la wilaya de Tizi Ouzou, pas moins de 700 dossiers de candidature sont passés à la trappe. Cependant, là où les autorités prétextent une opération de salubrité politique, l’opposition voit le défrichement pour une jachère, voire un désert politique.

L’entreprise ne date pas du dernier épisode électoral. Le projet remonte à l’avènement du nouveau régime, après la fermeture de la parenthèse du Hirak. Il s’est décliné d’abord à travers la dissolution d’organisations de la société civile, à l’instar de RAJ, SOS Bab El Oued, de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), de partis politiques comme le Mouvement démocratique et social (MDS) et le Parti socialiste des travailleurs (PST), et tout récemment du syndicat des enseignants (CNAPESTE). Il se poursuit à travers l’exclusion électorale qui empêche une réelle participation à la vie politique.

Épée de Damoclès

N’ayant en face de lui qu’une opposition dispersée, fragilisée par les coups de boutoir qu’elle a subis et les innombrables querelles de chapelles qu’elle a connues, le pouvoir ne sent pas et n’entrevoit pas la nécessité de chercher un consensus politique pour gouverner. La preuve, si besoin est, en est le dialogue avec la classe politique promis pour la rentrée sociale 2026 et qui semble remis aux calendes grecques.

Si le pouvoir ne se sent pas tenu d’honorer son engagement, réitéré en juillet 2026, à dialoguer avec les partis politiques avant les élections, c’est qu’il sait que ces derniers ne risquent pas de rester en dehors du processus électoral. La nouvelle version de la loi sur les partis politiques, promulguée en avril 2026, ne leur laisse pas vraiment le choix. Elle est suspendue au-dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès. Ne pas présenter de candidats à deux échéances électorales successives les expose à une procédure de dissolution devant la justice.

Les partis se retrouvent ainsi dans une situation paradoxale. Ils contestent les conditions de la compétition électorale, mais risquent leur existence légale s’ils choisissent de s’en retirer. Le pouvoir n’a donc pas seulement les moyens de filtrer les candidatures. Il dispose aussi d’un levier pour maintenir les partis dans un processus électoral dont ils dénoncent les règles. L’urne reste ouverte. C’est l’accès à la compétition qui se referme.