À New York, Ahmed Attaf a concentré ses entretiens sur les principaux acteurs du dossier sahraoui : Staffan de Mistura, Moscou, Madrid et Washington. Le 31 octobre, le Conseil de sécurité devra de nouveau se prononcer sur le Sahara occidental et sur l’avenir de la MINURSO.
Cette fois, l’Algérie ne siégera pas au Conseil de sécurité. Son mandat de membre non permanent s’est achevé le 31 décembre 2025. Elle devra donc peser avant la négociation, auprès de ceux qui écriront le texte, le modifieront et le voteront.
Le dossier part avec un lourd héritage. Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 a consacré un déplacement sensible du langage du Conseil en demandant que les négociations prennent le plan d’autonomie marocain comme base et en estimant qu’une véritable autonomie sous souveraineté marocaine pourrait constituer une issue réalisable. Mais le même texte maintient deux verrous essentiels. Il exige une solution « juste, durable et mutuellement acceptable » et conserve explicitement le principe de l’autodétermination.
Le principe d’autodétermination ne repose pas sur la seule position algérienne. Le Sahara occidental demeure inscrit par l’ONU sur la liste des territoires non autonomes et continue d’être examiné dans le cadre de la décolonisation.
La Cour internationale de justice avait déjà tranché le point juridique central en 1975. Elle avait conclu que les éléments examinés n’établissaient aucun lien de souveraineté territoriale susceptible de faire obstacle à l’application du principe d’autodétermination. Celle-ci devait passer par l’expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire.
Cinquante et un ans plus tard, cette expression n’a toujours pas eu lieu.
Washington tient la plume
Le 24 septembre à New York, le ministre algérien a de nouveau rencontré Staffan de Mistura. Les deux hommes s’étaient déjà vus huit jours auparavant à Alger. Le ministère algérien ne laisse planer aucune ambiguïté sur l’objet de cette deuxième rencontre. Elle s’est tenue « en prévision » de l’examen du Sahara occidental par le Conseil de sécurité en octobre. Attaf y a réaffirmé la position algérienne en faveur de l’exercice par le peuple sahraoui de son droit à l’autodétermination.
La résolution 2797 a donné au plan marocain une place qu’il n’avait jamais occupée aussi explicitement dans un texte du Conseil. La négociation de 2025 montre cependant que rien n’était joué d’avance. Le premier projet américain envisageait un renouvellement de la MINURSO de seulement trois mois et ouvrait beaucoup plus directement la question de sa transformation ou de sa disparition. Les discussions entre membres du Conseil ont ensuite ramené le mandat à douze mois et atténué plusieurs formulations.
Le prochain texte sera de nouveau décisif parce que Washington est le porte-plume du dossier. C’est principalement autour du projet américain que se négocieront les mots qui compteront.
Attaf avait reçu Christopher Landau à Alger en avril. Le Sahara occidental figurait explicitement parmi les sujets abordés. À l’issue de sa rencontre avec Abdelmadjid Tebboune, Landau avait déclaré que Washington souhaitait travailler avec Alger sur le dossier.
Massad Boulos s’est lui aussi rendu en Algérie. Attaf l’a encore rencontré à New York pendant la semaine de haut niveau de l’Assemblée générale. Le communiqué algérien parle de la poursuite des consultations sur les principaux dossiers régionaux relevant du conseiller de Donald Trump.
Washington n’a pas modifié sa position sur le Sahara occidental. Mais l’Algérie reste dans la négociation. Malgré sa sortie du Conseil de sécurité et le durcissement du texte adopté en 2025, elle continue de discuter directement avec les responsables américains qui prépareront la prochaine résolution.
Le même jour, Attaf a rencontré Sergueï Lavrov. Le Sahara occidental figurait explicitement à l’ordre du jour. Les deux ministres ont convenu de poursuivre leur coordination dans les cadres multilatéraux.
La Russie s’était abstenue sur la résolution 2797. La Chine aussi. L’entretien avec Lavrov vise donc directement l’un des membres permanents susceptibles de peser sur la rédaction finale du texte.
Une MINURSO dont l’avenir n’est plus garanti
En octobre, le Conseil examinera aussi la revue stratégique de la MINURSO prévue par la résolution 2797. Ses conclusions pèseront sur le futur mandat de la mission.
La MINURSO a été créée en 1991 pour préparer un référendum d’autodétermination qui n’a jamais eu lieu. Son existence rappelle, jusque dans son nom, qu’un processus de décolonisation reste inachevé. La réduire à une simple mission d’observation reviendrait à modifier politiquement le sens de sa présence sans avoir réglé le conflit qui l’a fait naître.
L’Algérie tient à préserver ce lien. Lors de ses échanges avec de Mistura, Attaf continue de présenter la MINURSO comme l’une des expressions de l’engagement international en faveur de la décolonisation du Sahara occidental.
Le Conseil qui décidera n’est plus celui de 2025. L’Algérie, le Guyana, la Corée du Sud, la Sierra Leone et la Slovénie ont quitté leur siège. Bahreïn, la Colombie, la République démocratique du Congo, la Lettonie et le Liberia les ont remplacés. Le Danemark, la Grèce, le Pakistan, le Panama et la Somalie siègent jusqu’à la fin de l’année.
Ce renouvellement impose à l’Algérie de reconstruire ses relais plutôt que de compter les voix à partir du vote précédent.
Madrid revient dans l’équation
Le vote du Congrès espagnol du 10 septembre ajoute un élément politique à cette séquence. Les députés ont approuvé par 168 voix contre 31 et 145 abstentions une proposition ouvrant une voie particulière à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés au Sahara occidental lorsqu’il était administré par l’Espagne. Le texte doit encore achever son parcours au Sénat.
Le gouvernement de Pedro Sánchez continue de soutenir le plan marocain d’autonomie. Le vote du Congrès ne reconnaît pas la République arabe sahraouie démocratique (RASD), mais il replace la question sahraouie au centre du débat espagnol et remet en cause le silence longtemps entretenu sur l’héritage colonial de Madrid.
L’État espagnol avait quitté le territoire en 1975 sans que le processus d’autodétermination ait été mené à son terme. Un demi-siècle plus tard, son Parlement reconnaît suffisamment la singularité de ce lien historique pour ouvrir aux Sahraouis un régime particulier d’accès à la nationalité.
Attaf et José Manuel Albares ont surtout préparé à New York la prochaine réunion de haut niveau algéro-espagnole et le forum économique qui doit l’accompagner. Le communiqué officiel mentionne l’énergie, les relations économiques, le Sahel et le Moyen-Orient. Le Sahara occidental et le vote espagnol sur la nationalité n’y figurent pas.
Le vote du Congrès donne surtout aux Sahraouis un point d’appui politique à Madrid qui n’existait plus avec cette force depuis le tournant diplomatique espagnol de 2022. Une majorité parlementaire vient de remettre leur statut au centre du débat espagnol, indépendamment de la ligne suivie par l’exécutif sur le plan d’autonomie marocain.
Les lignes de fracture du prochain texte
L’Algérie ne dispose plus d’un siège au Conseil de sécurité. Elle conserve cependant un accès direct à de Mistura, Washington et Moscou au moment où se prépare le prochain texte. C’est le premier résultat mesurable du déplacement de New York.
Le texte du 31 octobre permettra d’en mesurer la portée.
Il faudra regarder si l’autodétermination reste explicitement mentionnée. Si le plan marocain conserve seul le statut particulier acquis en 2025. Si la proposition déposée par le Polisario apparaît enfin dans le langage du Conseil. Si la solution doit toujours être « mutuellement acceptable ». Si la MINURSO reste liée au règlement politique pour lequel elle a été créée ou si son mandat commence à être vidé de cette finalité.
Quelques lignes suffiront alors à mesurer le rapport de forces.
Le Sahara occidental reste aujourd’hui un territoire non autonome. Le Maroc occupe la majeure partie du territoire. La République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée en 1976, est membre de l’Union africaine. Le Front Polisario demeure l’interlocuteur sahraoui dans le processus politique conduit par l’ONU.
L’occupation du territoire n’a pas effacé l’avis rendu par la Cour internationale de justice en 1975. Les liens historiques invoqués par le Maroc ne lui conféraient aucun droit de souveraineté susceptible d’écarter l’autodétermination du peuple sahraoui. Cinquante et un ans plus tard, ce droit n’a toujours pas été exercé.
Le texte adopté le 31 octobre dira jusqu’où le Conseil de sécurité entend encore le préserver.