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Tebboune – Partis islamistes : un pacte qui s’érode

Un pouvoir sûr de lui ne craint pas l’incompétence de ses opposants, mais leur pertinence. Interdire d’emblée le débat diplomatique revient à admettre que les orientations actuelles ne supportent pas l’examen contradictoire.


L’agence de presse officielle, l’APS, s’est fendue, samedi, d’une dépêche au vitriol à l’encontre de partis politiques qui ont critiqué le vote de l’Algérie en faveur de la résolution américaine sur Ghaza, présentée devant le Conseil de sécurité de l’ONU le 17 novembre dernier. L’APS s’est gardée d’identifier lesdits partis, mais ces derniers se devinent aisément à travers la diatribe qui leur est servie : le MSP d’Abdelaali Hassani Cherif et El Bina d’Abdelkader Bengrina.

Pour l’APS, cette critique constitue « une violation flagrante de la Constitution, qui stipule que la politique étrangère relève de la compétence exclusive du président de la République, qui tire son mandat du peuple dès son élection ». Pis que cela, l’Agence estime que « l’ingérence dans la politique étrangère est une atteinte flagrante non seulement au président, mais aussi au pays que celui-ci représente conformément à la Constitution ». Pour ceux qui ont inspiré la dépêche de l’APS, un parti politique ne peut avoir un avis sur la politique étrangère de son pays, encore moins l’exprimer, surtout s’il procède de la critique. Le faire, ce serait, selon eux, s’aventurer sur une plate-bande qui leur serait interdite.

Il n’est pas exclu que le texte de l’APS, qui n’est pas le premier du genre qu’elle commet — souvent dans des moments de remous politiques manifestes ou qui s’opèrent en sourdine — lui ait été inspiré, voire même suggéré. L’Agence, c’est un secret de Polichinelle, ne peut se rendre à une initiative éditoriale de telle nature sans en référer. À plus forte raison quand le message qu’elle y délivre est que le pacte entre le chef de l’État et les islamistes s’érode du fait de l’attitude de ces derniers, qui auraient ainsi rompu l’« intelligence agreement » qui a maintenu, jusque-là, l’entente entre eux.

Gêner la gouvernance de Tebboune

Même si elle souligne que c’est par démagogie et dans un but électoraliste — lancement d’une campagne anticipée pour les élections législatives et locales qui approchent — qu’ils ont agi de la sorte, c’est-à-dire douter de l’efficience de la diplomatie algérienne dans le dossier Ghaza, en vérité, la dépêche de l’APS ne sonne pas moins comme un avertissement à l’endroit du MSP et d’El Bina, qui seraient tentés de servir quelques entreprises visant sinon à affaiblir, à tout le moins à gêner la gouvernance du chef de l’État.

Partisans du courant dit Badissia-Novembria, qui milite pour promouvoir un récit déformant la vérité de la guerre de Libération nationale dans son essence et dans ses projections politiques et sociétales, le MSP et El Bina mettent une bonne dose de foi dans leur entreprise, sans faire mystère de leur engagement à aider à structurer ce courant. Un engagement qui transparaît aussi dans leur mobilisation en faveur d’une figure de la Badissia-Novembria, Mohammed Lamine Belghit, qui purge une peine de trois ans de prison à laquelle il a été condamné en appel pour « atteinte à l’unité nationale » et « incitation à la haine raciale ».

Ces partis islamistes se sont mobilisés dans le sillage de la grâce présidentielle accordée à l’écrivain Boualem Sansal pour réclamer la remise en liberté de l’enseignant. Un enseignant dont des déclarations médiatiques contestant le fondement identitaire de l’Algérie — sa dimension amazighe, pour le souligner clairement — lui ont valu des déboires judiciaires. S’il n’y a peut-être pas lieu de douter de la sincérité de ces partis islamistes à soutenir Mohammed Lamine Belghit, leur engagement procède cependant d’un projet politique qui, à l’évidence, trouverait des promoteurs y compris au sein même des institutions et des hauts rouages de l’État.