On ne touche pas à Camus. C’est une règle non écrite du paysage intellectuel français, une de ces immunités tacites que les grandes figures accumulent avec le temps, jusqu’à ressembler moins à des écrivains qu’à des monuments. On les commémore, on les réédite, on les cite en ouverture de discours présidentiels. On les range parmi les certitudes, celles qu’on n’interroge plus, qu’on transmet comme un héritage, sans en vérifier l’état.