Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est entretenu par téléphone, lundi 31 mars, avec son homologue français, selon un communiqué conjoint des présidents Tebboune et Macron. Cet échange intervient après plusieurs mois de tensions diplomatiques marquées par de nombreux différends, à commencer par le revirement français sur le dossier sahraoui. Cette discussion a permis, à tout le moins, aux deux chefs d’État de rétablir un dialogue direct.
À l’occasion de la fête de l’Aïd, le Président français a adressé, selon le communiqué, ses vœux au peuple algérien. Toutefois, les échanges ont surtout porté sur « l’état de la relation bilatérale et sur les tensions qui se sont accumulées ces derniers mois ».
Les présidents ont évoqué la nécessité de relancer les engagements pris lors de la Déclaration d’Alger d’août 2022. Cette déclaration avait abouti à des avancées sur le travail de mémoire, notamment « la création de la commission mixte des historiens franco-algériens, la restitution de restes humains, la reconnaissance de la responsabilité dans la mort d’Ali Boumendjel et de Larbi Ben M’hidi ».
Relancer la coopération et définir une nouvelle ambition
Face aux défis géopolitiques régionaux, les deux chefs d’État ont reconnu que « les intérêts stratégiques et de sécurité respectifs des deux pays » nécessitent une coopération renforcée. Ils ont convenu de « travailler étroitement ensemble pour donner à cette relation une nouvelle ambition », tout en restant attentifs aux attentes et sensibilités de part et d’autre.
Parmi les points abordés, « la reprise sans délai de la coopération sécuritaire » a été actée. De même, la question migratoire, sujet de tensions récurrentes, a été discutée dans l’optique d’une « coopération migratoire confiante, fluide et efficace » permettant d’encadrer la mobilité entre les deux pays.
Les présidents ont salué « l’œuvre déjà accomplie par la commission mixte des historiens », tout en réaffirmant la nécessité de « poursuivre et finaliser ce travail de mémoire, dans l’esprit d’apaisement, de réconciliation et de refondation de la relation ». La commission reprendra ses travaux en France et présentera ses conclusions avant l’été 2025.
La coopération judiciaire, également source de tensions par le passé, fera l’objet d’une relance. « La visite prochaine à Alger du Garde des Sceaux, ministre de la Justice, M. Gérald Darmanin », permettra d’avancer sur ce dossier.
Vers une nouvelle phase opérationnelle et économique de la relation
Les discussions ont abordé « l’importance de développer la coopération économique entre les deux pays ». Toutefois, Alger reste prudente sur certains aspects, notamment la révision de « l’accord d’association Union européenne-Algérie ». L’Algérie entend veiller à ce que les nouveaux engagements économiques prennent en compte ses intérêts stratégiques.
Afin de préciser les modalités de coopération, « le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, se rendra à Alger le 6 avril à l’invitation de son homologue algérien Ahmed Attaf ». Cette visite vise à « établir un programme de travail ambitieux », en définissant « les modalités opérationnelles et le calendrier de mise en œuvre ».
Enfin, les deux présidents ont convenu du principe d’une rencontre prochaine, dans l’objectif de « stabiliser une relation respectueuse des intérêts de chacun », tout en restant vigilants quant à l’évolution des engagements pris. Le président Macron a également demandé un geste de « clémence » en faveur de l’écrivain incarcéré Boualem Sansal, en raison de son âge et de son état de santé.