Chargement ...

Ali Haroun, la mémoire de la « septième wilaya » s’éteint


Figure de la lutte pour l’indépendance, avocat et ancien membre du Haut Comité d’État, Ali Haroun est décédé à l’âge de 99 ans. Avec lui disparaît l’un des derniers témoins directs de l’organisation clandestine du FLN en France, mais aussi un acteur des déchirements politiques de l’Algérie indépendante.

Né en 1927 à Bir Mourad Raïs, à Alger, Mohamed Ali Haroun étudie le droit à Paris, où il découvre le militantisme nationaliste, avant de prêter serment comme avocat. Il rallie le FLN dès le début de l’insurrection de 1954. Il participe à l’aventure de Résistance algérienne, l’un des premiers journaux de la Révolution, puis rejoint, en 1957, la Fédération de France du FLN.

Au sein de sa direction, aux côtés d’Omar Boudaoud, il prend en charge l’information et les dossiers des militants emprisonnés. La Fédération organise la collecte des contributions des travailleurs immigrés, des réseaux clandestins et un second front contre la puissance coloniale. Elle mobilise également les Algériens de France, notamment lors de la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 à Paris, réprimée dans le sang par la police de Maurice Papon.

« Ici on noie les Algériens », graffiti du quai de Conti photographié par Jean Texier en novembre 1961, quelques semaines après la répression du 17 octobre. L’inscription avait été réalisée par le Comité antifasciste Seine-Buci. Photo : Jean Texier.

Le témoin devenu historien

Ali Haroun consacrera une large part de sa vie à restituer cette histoire. Publiée en 1986, La 7e Wilaya. La guerre du FLN en France (1954-1962) devient un ouvrage de référence. Il ne se contente pas de raconter ses souvenirs : il rassemble rapports, correspondances et témoignages, documentant notamment la répression et la contribution décisive de l’émigration à l’indépendance. En 2021, Le Second Front prolonge ce travail d’archives.

L’indépendance ne lui apporte pourtant pas une carrière politique sans heurts. Membre du Conseil national de la Révolution algérienne, puis député à l’Assemblée constituante, il s’oppose à la Constitution de 1963, élaborée hors de l’Assemblée sous l’autorité d’Ahmed Ben Bella. Il reprend alors son métier d’avocat et défend des opposants aux pouvoirs successifs.

De l’opposition à Ben Bella au Haut Comité d’État

Son retour au premier plan intervient en 1991, lorsqu’il devient ministre des Droits de l’homme. En janvier 1992, après l’interruption du processus électoral, il se rend au Maroc pour convaincre Mohamed Boudiaf de revenir en Algérie et de prendre la tête du Haut Comité d’État, dont il devient lui-même membre. Cet engagement demeure la partie la plus controversée de son parcours. Haroun le défendra sans reniement, estimant avoir contribué à préserver la République face à la menace islamiste.

Retour de Mohamed Boudiaf à Alger, le 16 janvier 1992, après vingt-sept ans d’exil au Maroc. Ali Haroun avait participé aux démarches visant à le convaincre de revenir en Algérie et rejoindra avec lui le Haut Comité d’État. Photo : AFP.

Dans L’Été de la discorde, L’Éclaircie ou Le Rempart, il reviendra sur les ruptures de 1962 et de 1992, refusant de laisser aux seuls récits officiels le monopole de cette histoire. Sa disparition referme une vie traversée par les grandes fractures du pays. Elle laisse des archives et des livres, mais aussi cette exigence qu’il formulait devant des historiens en 2012 : « On doit aimer son pays. On peut et on doit, parfois, dans certaines circonstances, mourir pour lui. Mais mentir, non. »