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AYRADE : la Bourse a acheté la croissance, les comptes livrent les pertes


AYRADE a levé un milliard de dinars auprès des investisseurs en juin avec une promesse de croissance spectaculaire. Les premiers comptes publiés depuis son entrée à la Bourse d’Alger invitent les souscripteurs à ressortir leur calculatrice. La société de services numériques a réalisé 122,5 millions de dinars de chiffre d’affaires au premier semestre 2026, soit 7,4 % des 1,662 milliard prévus dans sa notice d’introduction pour l’année. Elle affiche surtout une perte nette de 30,3 millions, contre 41,5 millions un an auparavant. Le déficit se réduit. Il reste un déficit.

Pour atteindre son objectif, AYRADE devra facturer 1,54 milliard de dinars au second semestre, près de treize fois l’activité des six premiers mois. En 2025, elle avait déjà réalisé l’essentiel de ses ventes en fin d’année, avec 416 millions de dinars sur l’exercice malgré seulement 62,6 millions au premier semestre. Cette fois, il lui faudrait produire au second semestre plus de quatre fois le chiffre d’affaires réalisé durant la même période de 2025.

Un milliard de chiffre d’affaires encore à trouver

L’argumentaire de placement diffusé par la Banque nationale d’Algérie avait réponse à tout. À ceux qui doutaient des prévisions, AYRADE assurait qu’environ 80 % du chiffre d’affaires attendu pour 2026 était couvert par des contrats signés. Soit quelque 1,33 milliard de dinars. Le risque d’exécution était présenté comme sensiblement réduit.

Que sont devenus ces contrats, et quand seront-ils exécutés et facturés ? Les actionnaires ont désormais de bonnes raisons de réclamer le calendrier. Les 122,5 millions de ventes semestrielles sont en hausse de 95,6 % sur un an. Une performance flatteuse pour une PME ordinaire. Plus modeste pour une société introduite sur la base d’une valorisation de cinq milliards de dinars, soit près de 69 fois son bénéfice de 2025.

Le prix des promesses

Les investisseurs ont demandé 1,73 million d’actions alors que seulement 1,25 million étaient offertes. À 800 dinars le titre, le succès de l’opération avait de quoi réjouir la direction. Les fondateurs n’ont pas cédé leurs propres actions. Il s’agissait d’une augmentation de capital, dont le produit revient à la société. Le prix payé par le public intégrait toutefois déjà plusieurs années de croissance.

L’argumentaire annonçait même la distribution de la totalité du bénéfice net dès 2026, avec un rendement potentiel de 5 % la première année. Pour l’instant, AYRADE présente une perte, 444,3 millions de dinars de créances clients et 274,8 millions de dettes fournisseurs. Sa trésorerie nette ressort à 5,17 millions au 30 juin. Ces chiffres précèdent l’encaissement du milliard levé et ne décrivent donc pas sa trésorerie actuelle.

Il reste moins de deux mois à Mohamed Lamine Belbachir et à son équipe avant la clôture de l’exercice pour tenir leurs prévisions. Lors de l’introduction, ils assuraient disposer des contrats nécessaires. Les actionnaires ont payé la croissance à l’avance. Ils attendent maintenant qu’elle apparaisse dans les comptes.