Chargement ...

Bac 2026 : le taux de 56,18 % masque une école algérienne à plusieurs vitesses


Le baccalauréat algérien a franchi cette année la barre des 56 % de réussite, mais la moyenne nationale dissimule des écarts allant presque du simple au triple entre les différentes directions de l’éducation. Elle masque aussi une autre différence : celle qui sépare les lycéens scolarisés des candidats libres et, plus nettement encore, l’enseignement ordinaire des écoles relevant de l’armée.

Sur les 588 611 candidats scolarisés inscrits à la session de juin, 582 138 se sont présentés aux épreuves et 327 029 ont obtenu le diplôme. Le taux national de 56,18 %, annoncé dimanche par le ministre de l’Éducation, Mohamed Seghir Saâdaoui, est donc calculé sur les présents, et non sur l’ensemble des inscrits. Rapportés aux inscrits, les admis représentent 55,56 %.

Les résultats des candidats libres sont plus faibles. Sur 287 612 inscrits, quelque 97 000 ont réussi. Le taux annoncé de 43,31 % correspond, là aussi, aux seuls candidats ayant effectivement composé. Rapporté au nombre total d’inscrits, il tombe à 33,73 %. Toutes catégories confondues, le pays compte environ 424 000 nouveaux bacheliers sur 876 223 inscrits, soit 48,4 %.

Cette différence de dénominateur n’est pas qu’une subtilité statistique. Elle permet à l’administration de présenter un taux national supérieur à 56 %, alors que moins d’un inscrit sur deux a effectivement obtenu le diplôme lorsque l’on inclut les candidats libres et les absents.

Une géographie très inégale

La moyenne nationale recouvre surtout des écarts territoriaux considérables. Tizi Ouzou domine le classement avec un taux situé autour de 67,2 %, devant Relizane, à 66,97 %, et Chlef, à 66,07 %. Sidi Bel Abbès atteint 63,87 %, tandis qu’Aïn Defla, Béjaïa, Médéa, Tiaret et Aïn Témouchent dépassent également 62 %.

À Alger, les résultats varient déjà selon les trois directions : 60,62 % à Alger-Est, 58,56 % à Alger-Centre et 57,02 % à Alger-Ouest. Le lieu de scolarisation peut ainsi produire plusieurs points d’écart à l’intérieur d’une même métropole.

Au bas du tableau, In Salah ne dépasse pas 25,58 %, devant El Meniaa, à 29,06 %, Bordj Badji Mokhtar, à 32,08 %, et Tamanrasset, à 32,74 %. L’écart entre la première et la dernière direction atteint plus de 41 points. Seules 30 des 60 directions classées dépassent la moyenne nationale.

La fracture ne se réduit toutefois pas à une opposition entre le Nord et le Sud. Bouira enregistre 44,29 % de réussite, Khenchela 45,59 % et Mila 49,73 %, alors que des wilayas de l’intérieur comme Tiaret, Saïda et Tébessa figurent parmi les mieux classées. Ce classement montre que l’école nationale n’est pas homogène, mais qu’elle est une addition de systèmes locaux dont les résultats diffèrent d’un territoire à l’autre.

L’exception militaire

À côté de cette carte contrastée, les écoles des Cadets de la nation affichent un résultat presque parfait : 99,11 % de réussite. Toutes les candidates ont décroché leur diplôme, tout comme les élèves de la filière mathématiques. Ziad Ghedrez, scolarisé à l’École des Cadets de Béjaïa, a obtenu 18,97 en sciences expérimentales.

La comparaison avec les lycées ordinaires doit être maniée avec prudence : les écoles des Cadets relèvent d’un réseau distinct, avec un recrutement et un encadrement spécifiques. Leur performance n’en fait pas moins ressortir le contraste entre un dispositif capable d’approcher le sans-faute et un système général dans lequel près de 44 % des lycéens présents échouent.

Au sommet du classement individuel, Bouchra Hibat Allah Guerroumi, élève à Tiaret en technique mathématique, a obtenu la meilleure moyenne nationale avec 19,26. Elle devance Yaqine Nasrallah, de la filière mathématiques, avec 19,21, et Zineb Douaa Saâl, en sciences expérimentales, avec 19,16. Au total, 1 232 candidats ont obtenu au moins 18 sur 20 et 21 800 autres une moyenne comprise entre 16 et 17,99.

Le bac 2026 produit ainsi une petite élite fortement visible et une moyenne nationale en progression. Mais ces résultats soulèvent une question centrale : comment expliquer qu’un candidat ait près de trois fois plus de chances de réussir selon la direction de l’éducation dont il dépend ?