L’enquête sur l’accident de bus de Boumerdès fait apparaître une série de manquements avant l’arrivée du véhicule au lieu du drame.
Selon le procureur général près la cour de Boumerdès, le bus roulait à 121,63 km/h avant le freinage sur une route limitée à 60 km/h. Il transportait 64 personnes alors qu’il était homologué pour 51. La chaussée et les pneus étaient en bon état. Les freins de service, de secours et la direction ne présentaient pas de défaut antérieur.
L’expertise a relevé une défaillance du ralentisseur électromagnétique, dont l’efficacité ne dépassait pas 50 %. Dans le téléphone du chauffeur, les enquêteurs ont retrouvé une conversation : « Lazem nsaâfouha bel-franat hatta nkhadmouha », soit qu’il fallait l’aider avec les freins jusqu’à sa réparation. L’instruction devra établir si cet échange concernait le bus accidenté.
Le même téléphone contenait trois enregistrements datés du 30 juillet dans lesquels le chauffeur cherchait à obtenir quatre comprimés désignés par le terme « saroukh ». Selon le parquet, les analyses toxicologiques ont établi qu’il conduisait sous l’effet de plusieurs catégories de psychotropes.
Son temps de repos était minime. La veille, il avait effectué une excursion à Jijel et n’était revenu à El Eulma que vers minuit. Dès 3 heures du matin, il repartait pour récupérer les voyageurs vers Boumerdès. Trois heures seulement séparaient son retour du début de sa nouvelle journée de conduite.
Un chauffeur sans contrat ni sécurité sociale
Le chauffeur n’avait aucun contrat de travail avec le propriétaire du bus et n’était pas déclaré à la sécurité sociale.
Le véhicule servait au transport universitaire durant l’année. L’été, son propriétaire le cédait fictivement à l’agence Berbère Tours pour des excursions touristiques. Selon le parquet, l’agence lui fournissait une copie de son registre de commerce et des ordres de mission tamponnés en blanc, contre une somme mensuelle. Le procédé avait déjà été utilisé les années précédentes.
Trois personnes ont été placées en détention provisoire : le propriétaire du bus, son frère et l’intermédiaire chargé d’organiser les excursions.
Avant le virage de Kherma, il y avait un chauffeur sans contrat et presque sans repos, des psychotropes, 13 passagers de trop, 121,63 km/h, un ralentisseur fonctionnant à moitié et des voyages couverts par des ordres de mission remis en blanc.
Le bus s’est renversé dans un virage. Les conditions du drame étaient réunies avant.