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École : les oulémas refusent de confondre identité, islamisme et pédagogie


L’Association des oulémas musulmans algériens appelle à sortir la réforme de l’école de la guerre idéologique. Dans un communiqué consacré aux nouveaux aménagements pédagogiques pour l’année scolaire 2026-2027, elle défend le statut de l’arabe et de l’islam dans l’école, tout en refusant que leur défense dispense de s’interroger sur la qualité de leur enseignement.

Le texte intervient dans une polémique où horaires, coefficients et place des matières ont rapidement débordé le terrain scolaire. Les langues ont été ramenées à des choix de civilisation, l’éducation islamique à l’islamisme et la mémoire nationale convoquée pour départager des options pédagogiques.

L’Association refuse cette mécanique. « Le désaccord en pédagogie est un désaccord d’appréciation, non de religion ou de valeurs », écrit-elle. Voir un intérêt pédagogique à une langue ne saurait mettre en cause le patriotisme de celui qui le défend, pas plus que défendre son identité ne suffit à faire de quelqu’un un extrémiste.

La mémoire blessée ne doit pas devenir une arme

La mise en garde vise aussi un ressort particulièrement sensible du débat algérien. Les oulémas demandent de ne pas transformer la « mémoire blessée » en arme et rappellent que « le sang des Algériens » est trop précieux pour être convoqué afin de trancher une discussion sur un programme scolaire. La formule peut renvoyer à la colonisation, mais aussi à la décennie noire, dont la mémoire reste mobilisée dès que surgit la question de l’islamisme et de son influence sur l’école.

Le communiqué établit ici une distinction essentielle. Une religion, une valeur ou une idée ne peuvent être jugées, dit-il, par les crimes de ceux qui s’en réclament. Autrement dit, les violences commises au nom de l’islam ne permettent pas d’assimiler enseignement religieux et idéologie islamiste.

La présence d’une matière ne garantit pas sa qualité

Mais l’Association ne s’arrête pas à cette défense. Elle invite surtout à regarder au-delà de la présence d’une matière dans l’emploi du temps, celle-ci ne garantit en rien la qualité de son enseignement.

« L’esprit critique ne se construit pas par l’existence d’une matière dans la grille horaire, par la qualité de l’enseignement et la solidité de son contenu », affirme-t-elle, invitant à discuter du « comment » plutôt que de la seule existence des matières.

Appliqué à l’éducation islamique, le raisonnement va plus loin. Défendre sa place dans l’école ne suffit pas. Un enseignement pauvre ou incapable de donner aux élèves les outils permettant de distinguer religion, histoire, idéologie et projet politique peut desservir l’islam qu’il prétend transmettre. Comme un mauvais enseignement de l’arabe peut produire des élèves qui accumulent les heures de cours sans maîtriser correctement leur langue.

Protéger une langue ou une religion, c’est aussi bien les enseigner

Sur les langues, les oulémas maintiennent leur ligne. L’arabe est présenté comme « patrie et identité », donc comme une constante qui n’a pas à être mise en concurrence avec les langues étrangères. Celles-ci sont considérées comme des acquis scientifiques à mobiliser selon leur utilité pour le pays. Le communiqué refuse ainsi deux raccourcis : faire de la langue étrangère un brevet de modernité ou de son apprentissage un soupçon de déloyauté nationale.

Cette conception laisse entière la discussion sur la manière dont l’école transmet les différentes composantes de l’identité algérienne. Le communiqué insiste sur l’arabe et l’islam, mais ne cite pas tamazight, pourtant langue nationale et officielle.

La ligne défendue reste néanmoins plus subtile qu’une opposition entre identité et modernité. Pour les oulémas, les constantes ne ferment pas le débat pédagogique. Elles devraient au contraire obliger l’école à mieux les transmettre. Car protéger une langue ou une religion par les horaires ne sert à rien si la manière de les enseigner finit par les appauvrir.