Les publicités de Discover-Tech, une société israélienne mise en cause dans la diffusion de logiciels espions, ont également atteint des internautes en Algérie. Au plus fort de son activité dans le pays, l’entreprise représentait 3,2 % des annonces en ligne observées par la société américaine de cybersécurité Confiant, selon une enquête du Monde publiée le 15 octobre.
Deux enquêtes publiées le même jour par le Citizen Lab de l’université de Toronto et Confiant révèlent comment Discover-Tech a utilisé les mécanismes ordinaires de la publicité ciblée pour collecter des informations sur les internautes et permettre l’installation de logiciels espions sur certains appareils.
Entre mars et juin 2026, ses publicités contenant des scripts suspects ont été affichées sur 120 768 sites Internet et dans 75 373 applications mobiles. Confiant estime que l’entreprise diffusait environ dix millions d’annonces par jour.
Une publicité suffit, sans aucun clic
Le procédé exploite le fonctionnement du marché publicitaire en ligne. Lorsqu’un internaute ouvre une application ou consulte un site, les espaces disponibles sont attribués en quelques fractions de seconde au moyen d’enchères automatisées. Les annonceurs peuvent alors accéder à des informations permettant de reconnaître l’appareil auquel leur publicité sera présentée.
Discover-Tech utilisait ce système pour diffuser des annonces en apparence banales, notamment pour des téléphones et des accessoires électroniques. Certaines contenaient un programme capable de collecter des identifiants publicitaires, des cookies et des adresses IP.
Ces informations permettaient de suivre les appareils et de reconstituer une partie de l’activité de leurs utilisateurs. Le dispositif pouvait également servir à rapprocher des identifiants numériques de numéros de téléphone.
La société disposait d’une plateforme baptisée Controlium, grâce à laquelle ses clients pouvaient sélectionner des appareils précis et leur transmettre du code malveillant. Dans les attaques les plus sophistiquées, le simple affichage d’une publicité déclenchait l’installation d’un logiciel espion, sans clic ni téléchargement de la personne visée.
Le Citizen Lab a établi un lien entre ce système et Candiru, une société israélienne spécialisée dans les logiciels espions, inscrite sur une liste noire américaine depuis 2021.
Les chercheurs ont documenté des attaques contre au moins 45 appareils du groupe audiovisuel Al Jazeera en 2024 et 2025. L’analyse des connexions et d’un programme retrouvé sur un appareil compromis leur a permis d’identifier le logiciel de Candiru et de retracer son acheminement par les publicités de Discover-Tech.
Une présence mesurée en Algérie
En Algérie, les 3,2 % correspondent au pic de diffusion de ces publicités dans les données de Confiant. Les chercheurs n’ont documenté aucun cas d’infection par Candiru dans le pays.
La présence de Discover-Tech dépasse largement les réseaux commerciaux ordinaires. Les chercheurs ont repéré ses annonces sur des appareils connectés à des réseaux associés à l’OTAN, à des administrations publiques et à plusieurs organisations internationales.
L’entreprise combinait ainsi deux activités. Ses publicités lui permettaient de recueillir massivement des renseignements sur les internautes, tandis que sa plateforme Controlium offrait à des acteurs spécialisés dans la surveillance la possibilité de viser certains appareils avec une grande précision.
À la suite de l’enquête, Google a retiré à Discover-Tech l’accès à ses plateformes publicitaires. L’association professionnelle IAB Europe l’a également exclue de sa liste de fournisseurs agréés. Sollicitée par Reuters, la société n’a pas répondu.
L’affaire révèle comment une entreprise liée à l’industrie des logiciels espions a pu accéder aux internautes par les circuits habituels de la publicité en ligne. Discover-Tech n’avait pas besoin de convaincre ses cibles de cliquer sur un lien. Il lui suffisait d’acheter l’espace publicitaire qui s’affichait sur leur écran.