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France : la fusillade de Trappes ravive le spectre du terrorisme raciste


Un mort, quatre blessés graves, dont une fillette de 12 ans. Vendredi 23 octobre, vers 10 h 30, un homme a parcouru les rues de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines, tirant en rafales depuis sa voiture sur des passants à trois endroits différents. Le suspect, âgé de 39 ans, a été interpellé peu après à Coignières, une commune voisine.

Selon le maire de Trappes, Ali Rabeh, le tireur « avait envie de faire un carnage ». La personne tuée, un homme de 26 ans, était d’origine africaine. L’un des blessés les plus gravement atteints est d’origine maghrébine, a précisé l’élu.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) s’est saisi de l’affaire et a ouvert une enquête pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante liée à l’origine ethnique, nationale ou religieuse réelle ou supposée des victimes. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si le suspect a agi pour des motivations racistes.

La fusillade intervient dans une France où les violences racistes et xénophobes progressent. En 2025, les forces de sécurité ont enregistré quelque 9 700 crimes et délits à caractère raciste, soit une augmentation de 5 % en un an. Les actes antimusulmans ont bondi de 88 %, selon le ministère de l’Intérieur.

De Villepin alertait sur une « mécanique de guerre civile »

La veille de la fusillade, jeudi 22 octobre, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin avait mis en garde contre la dégradation du climat politique français lors d’un débat sur BFMTV avec Marion Maréchal.

« Je pense que nous sommes devant une mécanique de guerre civile », avait-il déclaré, dénonçant une surenchère politique dans laquelle chacun accuse l’autre et où le dialogue devient impossible.

Il mettait directement en cause le Rassemblement national, accusé de « souffler sur les braises » des tensions sociales et identitaires. Son intervention portait sur les violences qui avaient marqué les manifestations du 17 octobre et sur les réponses politiques à leur apporter.

Les événements de Trappes donnent une résonance particulière à cet avertissement. Ils rappellent aussi une histoire française de violences racistes dont les immigrés maghrébins, et particulièrement algériens, ont souvent payé le prix.

Des policiers interviennent après la fusillade de Trappes, le 23 octobre 2026. Le tireur, qui aurait voulu « faire un carnage » selon le maire de la ville, a tué une personne et en a blessé quatre. Photo : Dimitar Dilkoff/AFP.

1973, le précédent sanglant de Marseille

En 1973, Marseille fut le théâtre d’une série de ratonnades et d’assassinats visant les travailleurs immigrés. En un mois, douze Maghrébins furent victimes d’attentats dans la région, selon le Musée national de l’histoire de l’immigration.

Le 14 décembre de la même année, une bombe explosait au consulat d’Algérie à Marseille, faisant quatre morts et une vingtaine de blessés. L’attentat fut revendiqué par le club Charles-Martel, une organisation clandestine liée aux milieux nostalgiques de l’Algérie française.

Dans son enquête Sur les traces de Charles Martel, publiée en 2021, Twala avait retracé cette vague de violences, les appels à la haine qui l’avaient accompagnée et l’impunité dont avaient bénéficié de nombreux auteurs de crimes racistes.

L’enquête sur la fusillade de Trappes devra établir les motivations du tireur et les circonstances de son passage à l’acte. Les massacres de 1973 rappellent, eux, jusqu’où peuvent conduire les campagnes de haine lorsqu’elles désignent des populations entières comme des ennemis.