Le secteur bancaire algérien a accéléré la distribution de crédits en 2025, sans réduire réellement son exposition aux titres publics. Selon une synthèse du cabinet Sekak Conseils, établie à partir des bilans des banques, les prêts ont progressé de 14,3 % en un an, à 11 199 milliards de dinars, tandis que les dépôts n’ont augmenté que de 5,3 %, à 17 647 milliards.
Le ratio prêts sur dépôts est ainsi passé de 58,5 % en 2024 à 63,5 % en 2025. Le mouvement est particulièrement marqué dans les banques publiques, où les crédits ont augmenté de 16,2 %, contre 13,8 % dans les établissements privés.
Cette accélération ne signifie toutefois pas que les banques ont abandonné les placements souverains au profit du financement de l’économie. Les bons du Trésor restent au cœur de leur modèle de rentabilité.
Une rente souveraine préservée
En valeur absolue, le portefeuille de bons du Trésor reste proche de son niveau de 2024. Il représentait alors environ 8 589 milliards de dinars, selon l’addition des données banque par banque. La baisse ressort donc à moins de 1 %, tandis que son poids dans le bilan recule de 35,3 % à 33,3 %.
La nuance est importante. Les banques n’ont pas vendu massivement leurs titres publics pour dégager des ressources en faveur des entreprises. Elles ont conservé presque intacte cette rente souveraine tout en développant leur portefeuille de crédits.
Ce choix est rationnel du point de vue bancaire. Les bons du Trésor procurent un revenu régulier, avec un risque de défaut considéré comme faible et des coûts de gestion réduits. Le crédit exige, lui, une sélection des clients, des garanties, un suivi des remboursements et, lorsque les dossiers se dégradent, des provisions qui amputent le résultat.
La progression du crédit n’est pas uniforme. La BEA enregistre le mouvement le plus spectaculaire : ses prêts augmentent de 43,6 %, de 1 642 à 2 358 milliards de dinars, alors même que ses dépôts reculent de 6 %. À l’inverse, les crédits de la BDL stagnent, tandis que son portefeuille de titres publics augmente.
Les revenus progressent plus vite que les bénéfices
L’augmentation des crédits a soutenu les revenus bancaires. Le produit net bancaire progresse de 14,9 %, à près de 764 milliards de dinars. Le résultat brut d’exploitation bondit de 23,4 %, à 548 milliards, tandis que le coefficient d’exploitation baisse de 33,2 % à 28,3 %.
Mais cette amélioration ne se retrouve que partiellement dans le bénéfice net. Celui-ci augmente de 7,6 %, à 277 milliards de dinars. La différence est absorbée en grande partie par les provisions, qui grimpent de 35,7 %, à 215,6 milliards.
Dans les banques publiques, les provisions augmentent de près de 40 % et représentent près de 90 % du total du secteur. Le CPA les voit passer de 3,8 à 18,5 milliards de dinars. Celles de la BEA progressent de 41,4 à 60,7 milliards.
Cette hausse ne suffit pas à conclure à une dégradation générale du portefeuille de crédits. La synthèse de Sekak Conseils ne détaille pas la composition de ce poste, qui peut également inclure des pertes de valeur sur des titres, des dotations pour risques de contrepartie ou l’assainissement de créances anciennes.
Le risque du crédit ajouté à la rente
La synthèse de Sekak Conseils décrit donc moins une sortie du modèle rentier qu’une superposition de deux activités. Les banques continuent de capter un revenu confortable sur les titres du Trésor, tout en augmentant les crédits.
Le résultat est un secteur plus actif, mais aussi plus exposé. Les banques prêtent davantage, provisionnent davantage et immobilisent plus de fonds propres. Leur bénéfice progresse, mais moins vite que leur activité. Le rendement des fonds propres recule de 13,3 % à 11,9 %.
En 2025, les banques algériennes n’ont donc pas remplacé la rente souveraine par le financement de l’économie. Elles ont ajouté le risque du crédit à une rente qu’elles n’ont aucune raison d’abandonner.