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Lourdes peines pour Kamira Nait Sid, Bouaziz Ait Chebib et Slimane Bouhafs


La co-présidente du Congrès Mondial Amazigh (CMA), Kamira Nait Sid, citée dans le dossier Bouhafs et jugée ce jeudi 15 décembre par le tribunal criminel de Dar El Beida, a été condamnée à 5 ans de prison ferme et à une amende de 100 000 dinars.

Le verdict, dans ce procès a été rendu le vendredi matin juste avant l’aube, peu après 4h, après une nuit pleine d’auditions et de plaidoiries. Accusés dans le même dossier, Bouaziz Ait Chebib et Slimane Bouhafs ont écopé chacun de 3 ans de prison ferme assortie d’une amende de 100 000 dinars.

Accusés dans le même dossier, Ferhat Mehenni, président du MAK, et Brahim Belabas, militant du MAK, qui sont réfugiés tous les deux à l’étranger, ont été condamnés par contumace à perpétuité.

Les avocats de la défense ont été surpris par ce verdict lourd rendu par le tribunal à l’encontre de Nait Sid, Chebib et Bouhas, d’autant que, tour à tour, dans leurs plaidoiries, ils ont travaillé à démonter les charges retenus contre leurs mandants en détention provisoire depuis plus de 15 mois.

Les familles des détenus n’ont pu retenir leur colère et leurs larmes après le prononcé du verdict. La mère de Kamira Nait Sid, Nna Nouara, une vieille de 80 ans, et la sœur cadette se sont effondrées, inconsolables.

« On ne peut plus, on est fatigué », criait la sœur cadette entre deux sanglots. La mère, éplorée, a puisé dans ses maigres forces pour hurler tout son dépit : « Nous avons combattu le colonisateur et nous avons libéré le pays et aujourd’hui on nous traite de terroristes », hurlait-elle, sourde aux supplications de Kamira qui lui demandait d’être courageuse.

Des moments de fortes émotions. Rares les présents qui ont pu retenir leurs larmes devant ses frêles femmes accablées par le…sort. L’épouse de Slimane Bouhafs, présente également à l’audience, pleurait, elle aussi, à chaudes larmes.

 « Le Makhzen est anti-amazigh. Comment puis-je l’aimer, moi la défenseur des droits des amazigh ? »

A la barre, les accusés ont souligné leur rupture avec le MAK depuis de longues années. Kamira Nait Sid a affirmé l’y avoir quitté en 2006 et Bouaziz a soutenu avoir annoncé en 2016 publiquement son divorce avec le Mouvement dont il était président depuis 2011. Slimane Bouhas, lui, a nié toute appartenance au Mouvement.

Kamira Nait Sid a réfuté l’accusation de terrorisme à son encontre, expliquant que le Congrès Mondial Amazigh (CMA) qu’elle co-préside est une organisation non gouvernementale qui défend les droits de l’homme et que « tous ses travaux sont en relation avec l’ONU ».

Elle a expliqué qu’elle ne peut être accusée de terrorisme, alors qu’elle est « négociatrice de l’ONU pour le règlement pacifique des conflits ».

Kamira Nait Sid s’est défendue d’avoir des financements de l’étranger. Elle reconnait avoir reçu 700 euros du CMA pour financer l’organisation d’une université d’été « qui a été autorisée par les autorités » et avoir reçu, à titre de prêt, 300 euros de l’ancien président du CMA.

« Durant la Covid19, je n’ai pas pu travailler. Je n’avais pas de quoi payer le loyer pour mon atelier de confection, je risquai de voir mon matériel jeté dehors », a-t-elle expliqué.

Interrogée sur sa relation avec le Maroc, Kamira Nait Sid a expliqué qu’elle ne peut être l’amie du Makhzen : « Le Maroc spolie les terres amazighes. Le Makhzen est anti-amazigh, comment puis-je en être l’amie, moi qui défends les droits des peuples amazighs ? ».

« Ferhat a crée le GPK contre l’avis de la majorité au MAK »

Bouaziz Ait Chebib, qui a présidé le MAK entre 2011 et 2016, a expliqué à la barre comment et pourquoi il a pris ses distance avec le Mouvement. « Ferhat Mehenni a crée le gouvernement provisoire de Kabylie (GPK) contre l’avis de la majorité des militants du MAK. Le GPK avait une orientation et le MAK en avait une autre », a-t-il soutenu,

Ait Chebib a longuement disserté sur le projet politique pour lequel il militait. « Le système jacobin a échoué dans notre pays. La décentralisation est la forme d’autonomie administrative pour laquelle je militais au sein du MAK ».

Il s’est également défendu d’avoir reçu de l’argent de quelque bord que ce soit. « Je n’ai pas reçu de l’argent de l’étranger. Mon compte CCP est vide. Dans mon compte devises, il y a 60 euros que j’ai déposés à son ouverture. Regardez dans quelles conditions je vis ! ».

S’agissant de sa relation avec le Maroc, Ait Chebib a indiqué que le MAK qu’il avait présidé a toujours dénoncé les atteintes aux droits de l’homme au Maroc et que, depuis sa cellule de prison, il a dénoncé une déclaration marocaine de soutien.

« Je suis persécuté, depuis que je suis devenu chrétien »

Slimane Bouhafs a nié toute relation avec le MAK. Il a affirmé avoir fui l’Algérie pour se réfugier en Tunisie parce qu’il se sentait persécuté à cause de sa conversion au christianisme. « Je suis persécuté, depuis que je suis devenu chrétien », a-t-il soutenu devant le juge.

Condamné une première fois en 2017 pour « atteinte à l’islam et au prophète », Slimane Bouhafs a fui vers la Tunisie à sa sortie de prison en 2018 où il a fini, raconte-t-il à la barre, par obtenir le statut de réfugié, après 18 mois de galère.

Slimane Bouhafs a affirmé devant le juge avoir été « kidnappé » à Tunis et s’est retrouvé en Algérie entre les mains des services de sécurité. « J’ai été interpellé chez moi à Tunis par des gens qui n’ont pas décliné leurs identité », a-t-il confié.

« J’ai été mis dans un véhicule. On m’a couvert la tête et la figure d’un sac. Ils m’on amené jusqu’à Djbel Hmar, puis de forêt en forêt jusqu’à me retrouver à Ben Aknoun. Ils m’ont pissé dessus. Ils m’ont frappé avec des coups de pieds à la tête. Ils m’ont dit des choses que je ne peux raconter ici », a-t-il dénoncé.  

Dans sa plaidoirie, Me Allili Yamina a affirmé détenir des documents qui prouvent « qu’officiellement Slimane Bouhas est en Tunisie », poursuivant que les autorités algériennes ont été « interpellées » sur le cas Bouhafs et que ces dernières ont répondu qu’il a été « arrêté dans la wilaya de Tébessa ».

Pour sa part, Me Hakim Saheb, qui a été le premier a plaidé dans le dossier des trois détenus, a dénoncé des chefs d’accusation « iniques, excessifs et archaïques », faisant remarquer que Bouaziz Ait Chebib a déjà été jugé pour les mêmes faits le 8 décembre 2022 et que la loi interdit de juger une personne deux fois pour les mêmes faits.

Me Mustapha Bouchachi a abondé dans le même sens que Me Saheb, en affirmant que le tribunal doit répondre par non à toutes les question car l’affaire a déjà été jugée.