Dix-sept étudiantes convoquées devant un conseil de discipline pour être rentrées trop tard. Leurs noms et leurs numéros de chambre publiés sur Facebook. À la résidence universitaire Belgaïd 06, à Oran, le contrôle des horaires a tourné à l’exposition publique. La directrice de l’établissement, Aïcha Moueden, a depuis été écartée de ses fonctions.
Le document annonçait leur comparution le 24 octobre. Il reprochait aux résidentes des retours nocturnes tardifs et répétés, sans préciser l’heure qu’elles auraient enfreinte. Chacune était identifiée par son nom et son numéro de chambre, des informations normalement réservées à l’administration de la résidence.
La liste a été diffusée par une page Facebook intitulée « Résidence universitaire Belgaïd 06 ». Selon le Journal féministe algérien (JFA), qui a dénoncé cette publication, elle a depuis été retirée. Le collectif réclame une enquête et la mise en cause des responsables de la divulgation.
La loi n° 18-07 sur la protection des données personnelles, modifiée en 2025, encadre la collecte et la diffusion de telles informations. Avec leurs numéros de chambre rendus publics, ces jeunes femmes pouvaient être identifiées jusque dans leur lieu d’hébergement.
Une directrice écartée, des consignes venues d’en haut
Le 21 octobre, le média Awras a rapporté la fin des fonctions d’Aïcha Moueden, directrice de Belgaïd 06, sur décision du directeur des œuvres universitaires de Belgaïd–Oran, Brahim Saï. Les motifs de son éviction n’ont pas été rendus publics. Mais les injonctions visant les étudiantes ne venaient pas seulement de la résidence.
Un compte rendu d’une réunion du 19 octobre, publié sur une page Facebook se présentant comme celle de la direction des œuvres universitaires, rapporte une consigne adressée aux responsables des résidences : « prendre les mesures disciplinaires nécessaires et d’activer le conseil de discipline » contre les étudiantes qui rentrent tard en soirée. Le directeur y exige l’application immédiate des décisions prises.
Les étudiantes sont expressément désignées dans le texte. Aucune mesure comparable contre les étudiants n’y est mentionnée.
Les deux pages Facebook portent les intitulés des établissements concernés et publient régulièrement des informations sur la vie des œuvres universitaires à Oran. Elles ne disposent pas de badge de certification.
Sur la page consacrée à Belgaïd 06, une autre publication montre des étudiantes nettoyant une salle de prière. Le texte présente cette opération comme exécutée sur instruction de Brahim Saï et sous la supervision d’Aïcha Moueden. Des remerciements sont adressés aux participantes, sans indication sur les conditions de leur mobilisation. La scène illustre également la place prise par les directives de la hiérarchie dans le quotidien de cette résidence.
Des femmes majeures soumises à une discipline horaire
La sécurité des résidences universitaires relève de la responsabilité de leur administration. Le contrôle des déplacements des résidentes pose une autre question. Ces étudiantes sont majeures. La Constitution reconnaît à tout citoyen la liberté de circuler sur le territoire national. Leur statut de résidentes peut les soumettre aux règles de fonctionnement de l’établissement, encore faut-il pouvoir identifier celles qui fondent la sanction envisagée.
Le règlement national des résidences universitaires, fixé par l’arrêté ministériel n° 42 du 25 juin 1998, prévoit un « régime de liberté individuelle » pour les résidents, dans le respect des règles de la vie collective. Il ne fixe aucune heure nationale de retour et les arrivées tardives ne figurent pas parmi les fautes disciplinaires expressément énumérées.
Le texte laisse toutefois à la commission de discipline la possibilité de qualifier d’autres manquements lorsqu’ils sont susceptibles de porter préjudice à la résidence. Dans la convocation rendue publique à Belgaïd 06, ni l’horaire qui aurait été enfreint ni la disposition réglementaire fondant la procédure ne sont indiqués.
La direction des œuvres universitaires a demandé des sanctions contre les étudiantes rentrant tard. La responsable de la résidence a été écartée. Quant à la publication des noms et numéros de chambre, son retrait de Facebook n’efface pas l’exposition subie par les intéressées.