Une cinquantaine de femmes se sont rassemblées mardi 27 octobre devant une brigade de gendarmerie à Tin Zaouatine, dans la wilaya d’In Guezzam, à la frontière du Mali. Elles réclament le respect des droits des habitants, la possibilité de travailler légalement dans l’orpaillage et des réponses après la diffusion d’images de corps et de véhicules calcinés sur les réseaux sociaux.
« Nous sommes les enfants de ce pays, nous avons le droit à la dignité. » Ce message, inscrit sur une pancarte, résume les revendications des manifestantes. Sur les photographies du rassemblement, les participantes brandissent une banderole et des images imprimées, dont certaines montrent des véhicules brûlés.
Le rassemblement a commencé vers 8 heures devant le siège de la brigade, situé en face de l’hôpital public, selon une participante contactée par Twala. Elle estime leur nombre à une cinquantaine.
Dans des vidéos diffusées en ligne, plusieurs femmes prennent la parole en tamasheq, la langue touarègue, et en arabe. « Aujourd’hui, nous réclamons les droits de nos frères, nous voulons qu’ils puissent travailler en paix », déclare l’une d’elles. Une autre appelle les habitantes à rejoindre la mobilisation : « Il faut qu’aucune femme ne reste chez elle ! »
La manifestation intervient après la circulation, le 22 octobre, d’images de corps et de véhicules calcinés, associées sur les réseaux sociaux à des opérations contre des orpailleurs dans la région de Moulay Lahcen, au sud de l’Algérie.
« S’ils ont enfreint la loi, arrêtez-les »
Un appel diffusé en arabe avant la manifestation, intitulé « Rassemblement pacifique pour nos jeunes », précise que la mobilisation n’est dirigée ni contre les institutions de l’État ni contre l’Armée nationale populaire (ANP). Ses auteurs dénoncent le traitement réservé aux jeunes pratiquant l’orpaillage et demandent que les infractions soient sanctionnées par la justice.
« S’ils ont commis une faute en cherchant de l’or, jugez-les, ne les bombardez pas. S’ils ont enfreint la loi, arrêtez-les, ne les tuez pas », peut-on lire dans le document.
Le texte évoque une tragédie ayant coûté des vies humaines, sans fournir de bilan ni identifier les victimes. Ses auteurs reconnaissent que l’extraction d’or sans autorisation constitue une infraction. Ils citent l’interpellation, la saisie, la confiscation et les poursuites judiciaires parmi les moyens légaux de sanctionner les contrevenants.
À Tin Zaouatine, l’appel à manifester a circulé par plusieurs canaux, notamment WhatsApp, Facebook et le téléphone, raconte la participante interrogée par Twala. Les femmes ont ensuite organisé le rassemblement et préparé leurs pancartes.
« Nous nous sommes mis d’accord sur le lieu de rassemblement, avons réparti les tâches, apporté des pancartes et convenu que le sit-in serait pacifique », explique-t-elle sous couvert d’anonymat.
Selon la participante contactée par Twala, des candidats aux élections locales sont venus à la rencontre des manifestantes pour tenter de les raisonner, en faisant valoir que la poursuite du rassemblement pouvait causer des problèmes. La mobilisation s’est finalement dispersée vers 18 heures, après une dizaine d’heures de rassemblement.
Le droit de travailler dans un cadre légal
La demande de justice s’accompagne d’une revendication économique. « On veut que nos hommes aient le droit de travailler légalement comme tous les autres », déclare une manifestante en arabe.
La participante contactée par Twala formule trois demandes : mettre fin à ce qu’elle décrit comme un « harcèlement contre les jeunes orpailleurs », ouvrir un dialogue avec les autorités pour encadrer réellement cette activité et garantir aux habitants « le droit au travail et à une vie digne ».
L’orpaillage illégal fait régulièrement l’objet d’opérations des forces de sécurité dans le Grand Sud. Dans son bilan du 23 au 29 septembre, le ministère de la Défense nationale fait état de l’arrestation de 113 personnes et de la saisie de 31 véhicules, 123 groupes électrogènes et 86 marteaux-piqueurs à Tamanrasset, Bordj Badji Mokhtar, In Salah et Illizi.
Le 12 octobre, le ministère a également annoncé la mort de trois orpailleurs « de nationalités africaines » lors d’une opération dans la 3e Région militaire. Une arme à feu, six marteaux-piqueurs et six groupes électrogènes ont été récupérés, selon le communiqué. Cette opération est distincte des événements évoqués dans les appels à manifester.
À Tin Zaouatine, les femmes réclament que les infractions liées à l’orpaillage soient traitées dans le respect de la loi et qu’un dialogue soit engagé avec les autorités sur les conditions d’exercice de cette activité.
Leur mobilisation porte ainsi deux revendications : faire respecter le droit à la vie et permettre aux jeunes de la région de gagner légalement leur subsistance.