Il y a les finales qui se gagnent sur un tir en lucarne à la 94e. Et puis il y a celles qui se remportent à coups de paragraphes et d’alinéas.
Bienvenue dans le football sans ballon.
La Confédération Africaine de Football (CAF) vient donc d’attribuer — disons administrativement — une victoire 3–0 au Maroc contre le Sénégal. Une finale de CAN décidée non pas par un contrôle orienté ou un tacle mal maîtrisé, mais par un article 84 bien placé. Le football africain, version open space.
Sur le terrain, pourtant, il y avait un match. Un vrai. Avec de l’intensité, des duels, de la sueur, et cette impression que le Sénégal n’était pas exactement venu faire du tourisme. Mais tout cela appartient désormais à une autre dimension, celle où les actions ne comptent que si elles sont validées par un PDF.
Car dans cette finale, tout le monde a participé au chaos général. Les ramasseurs de balle un peu trop zélés, les serviettes devenues accessoire tactique — image signature de ce tournoi —, des histoires de lasers dignes d’un concert de DJ, des attroupements autour du VAR comme un Black Friday technologique… Un joyeux bazar.
Résultat : des amendes, des suspensions, et au milieu de ce capharnaüm, une décision XXL — match perdu par forfait pour le Sénégal.
Le genre de sentence qui transforme une finale de CAN en note de service. Avec accusé de réception, mais sans replay.
Le plus fascinant dans cette histoire, c’est cette capacité qu’a parfois le football africain à produire des scénarios qu’aucun scénariste, même en roue libre, n’oserait proposer. Ici, une équipe qui a bataillé pendant 120 minutes se retrouve effacée d’un trait de plume. Comme si le match n’avait jamais existé. Comme si les efforts, les courses, les occasions… tout ça était finalement secondaire.
Le ballon est rond. Les décisions de la CAF, beaucoup moins.
Football ou fiction administrative ?
Au passage, Ismaël Saibari prend deux matchs (dont un avec sursis), perd son amende, tandis que la fédération marocaine récupère quelques rabais sur ses propres sanctions. Un peu comme une addition qu’on renégocie après coup, on enlève les desserts, mais on garde le plat principal.
Sauf que le plat principal, ici, c’est une finale.
Le Sénégal repart avec une défaite 3–0 sans avoir réellement perdu 3–0. Une performance rare : perdre sans encaisser de buts, sans vraiment jouer le score, et sans pouvoir refaire le match autrement que dans les discussions de café. Dans un autre monde, on aurait parlé de football. Dans celui-ci, on parlera longtemps de règlements.
Bref, cette histoire montre surtout qu’en Afrique, un match ne se joue plus seulement sur la pelouse. Le coup de sifflet final, c’est juste la mi-temps. Ensuite, ça se poursuit dans les bureaux, les recours et les règlements à tiroirs. À la fin, la CAN devient une saison de contentieux.
Prochain épisode ? Peut-être devant le TAS. Ou dans un nouveau communiqué.
Avec, toujours, cette question redondante : à quel moment le match s’arrête… et le feuilleton commence ?