Les supporters passent à l’offensive. Des organisations de supporters et de consommateurs ont saisi la Commission européenne pour dénoncer la politique tarifaire de la FIFA à l’approche de la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Une initiative qui met en lumière les tensions croissantes entre logique commerciale et accessibilité du football.
À la manœuvre, Football Supporters Europe (FSE), épaulée par Euroconsumers. Leur accusation : la FIFA abuse de sa position dominante. En clair, elle vend seule, elle fixe les règles, et les supporters n’ont qu’à suivre. Ou rester devant leur télé.
La FIFA a, pour la première fois, introduit un mécanisme de tarification dynamique pour une Coupe du monde. Ce système ajuste les prix en fonction de la demande, avec des hausses parfois significatives. Pour les plaignants, cette pratique — courante dans le transport aérien — pose problème dans le cadre d’un événement sportif mondial, en accentuant l’exclusion des supporters aux revenus modestes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Lors de la mise en vente de décembre, les premiers prix démarraient à 140 dollars pour un match de groupe. Jusque-là, on est dans du cher mais pas délirant. Sauf que la finale, elle, montait jusqu’à 8 680 dollars, avec un ticket d’entrée à plus de 4 000 dollars. Et ce n’est pas figé : plus ça part vite, plus ça devient cher.
Face au tollé, la FIFA a lâché un peu de lest : quelques billets à 60 dollars, censés être redistribués par les fédérations aux supporters les plus fidèles. Une rustine qui ne change pas vraiment la logique générale.
Un Mondial sous enchères
Ce que dénoncent surtout les plaignants, au-delà des prix, c’est le système. Vente sous pression (acheter maintenant ou payer plus tard), manque de transparence sur les prix, et surtout une plateforme officielle de revente où les billets s’envolent bien au-delà de leur valeur initiale… avec une commission de 30 % pour la FIFA au passage. Même le marché soir a fini par se structurer — mais cette fois avec l’aval de la FIFA.
Du côté des supporters, l’inquiétude porte sur cette tarification dynamique qui transforme la passion en enchères permanentes. Plus tu veux y aller, plus tu dois payer. Et ceux qui ne suivent pas sont simplement écartés.
En face, Gianni Infantino assume. Selon lui, la demande est colossale — « mille années de Coupe du monde en une seule fois ». Autrement dit : tout sera vendu, quoi qu’il arrive. Et probablement revendu encore plus cher.
La FIFA, qui rappelle son statut d’organisation à but non lucratif, insiste sur un point : les revenus du Mondial servent à financer le développement du football. Argument classique, mais qui passe de moins en moins auprès des supporters qui voient surtout les prix grimper plus vite que leur pouvoir d’achat.
Mais le débat dépasse largement cette Coupe du monde. Il pose la question de savoir jusqu’où peut-on pousser la logique commerciale sans vider les stades de ceux qui font le football au quotidien ? Pour l’instant, la réponse semble pencher du côté des revenus. À force de jouer avec les prix, la FIFA pourrait bien perdre bien plus que quelques supporters en route.