Des cinéastes et professionnels du secteur ont dénoncé, dans un communiqué rendu public vendredi 24 avril 2026, l’interdiction de projection du film The Arab, du réalisateur Malek Bensmail, au Festival méditerranéen du film de Annaba. Ils qualifient cette décision d’« inique » et rejettent le motif avancé d’un « visa culturel non accordé », estimant qu’aucune explication transparente ni justification recevable n’a été fournie.
Pour les auteurs du texte, cette opacité dans la prise de décision « ne sert ni le cinéma, ni la culture, ni le pays ». Sous le mot d’ordre « Le cinéma est liberté ou il n’est rien », ils inscrivent leur prise de position dans une défense plus large de la création en Algérie. À leurs yeux, un film ne saurait être traité comme une menace à contenir, mais comme une œuvre appelée à circuler, à nourrir le débat public et à permettre au spectateur d’accéder à son propre imaginaire.
Le communiqué ne se limite donc pas à la déprogrammation de The Arab. Il dénonce une pratique plus générale, marquée par des blocages administratifs, l’absence de critères lisibles et la fragilisation répétée des festivals comme espaces autonomes de programmation. En rappelant que plusieurs œuvres algériennes ont déjà été empêchées, différées ou entravées, les cinéastes affirment que la censure ne relève plus de cas isolés, mais d’une logique qui contredit les discours officiels sur la relance du secteur.
Une alerte sur un système d’entraves
Les professionnels affirment que plusieurs films algériens ont été empêchés de projection ces dernières années dans des festivals ou en salles, selon des procédures jugées opaques. Ils citent notamment Barakat de Djamila Sahraoui, Ben M’Hidi de Bachir Derrais, Contre-Pouvoirs, La Chine est encore loin et Le Grand Jeu de Malek Bensmail, Délice Paloma et Le Harem de Mme Osmane de Nadir Mokneche, La Dernière Reine de Damien Ounouri et Adila Bendimerad, Alger by Night de Yanis Koussim, L’Effacement de Karim Moussaoui, Papicha de Mounia Meddour, ou encore Vote Off de Fayçal Hamoum. Cette accumulation, selon eux, traduit une fragilisation durable de la création cinématographique.
Les signataires établissent aussi un lien entre ces entraves et la loi sur le cinéma qu’ils avaient déjà dénoncée, estimant qu’elle criminalise le cinéaste et fait planer sur lui la menace de la prison. À leurs yeux, l’esprit reste le même, même si les procédés changent : une logique de contrôle administratif qui se substitue au débat, à la critique et à la circulation des œuvres.
Le texte rappelle enfin que l’histoire finit souvent par réhabiliter les films malmenés. Les cinéastes citent l’exemple de Tahya Didou de Mohamed Zinet, longtemps ostracisé avant de devenir une œuvre culte du patrimoine national. Ils soulignent qu’interdire un film ne prive pas seulement une œuvre de visibilité, mais limite aussi le droit du public à accéder à son propre cinéma, à s’y reconnaître et à en débattre librement.
Relancer le cinéma sans libérer les écrans ?
Les auteurs du communiqué pointent également le décalage entre les discours officiels sur la relance de l’industrie cinématographique et la persistance des blocages administratifs. Ils jugent incohérent qu’un État finance ou coproduise des films, organise des festivals, puis empêche la projection des œuvres concernées. Un festival pérenne, affirment-ils, doit pouvoir établir librement sa programmation, sans interférence administrative.
Les cinéastes demandent la levée des restrictions arbitraires, le respect de l’autonomie des festivals, la révision du système de visa culturel, une réforme transparente des instances de sélection, une mise à plat du cadre juridique du secteur et l’ouverture d’un dialogue entre professionnels et autorités. Le communiqué est signé par 37 professionnels du cinéma algérien, dont Belkacem Hadjadj, Adila Bendimerad, Lyes Salem, Hassen Ferhani, Karim Moussaoui et Nabil Asli.