La guerre menée depuis le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran redouble d’intensité, visant désormais le cœur énergétique du Golfe, au risque d’un choc durable pour l’économie mondiale. Mercredi 18 mars, l’escalade s’est matérialisée par une série d’attaques croisées touchant à la fois des responsables politiques iraniens et des infrastructures pétrolières et gazières stratégiques, faisant craindre une extension incontrôlable du conflit.
Israël a revendiqué une nouvelle décapitation de l’appareil sécuritaire iranien. Le ministre du renseignement, Esmail Khatib, a été tué dans une frappe nocturne, selon le ministre israélien de la défense, Israel Katz, qui a promis « des surprises importantes ». Cette stratégie d’éliminations successives — après celles d’Ali Larijani, haut responsable sécuritaire, et d’un chef du Basij, branche paramilitaire des Gardiens de la révolution — vise à désorganiser le pouvoir iranien. Elle s’inscrit dans une logique assumée d’escalade, au mépris des risques régionaux qu’elle implique.
Téhéran a dénoncé un « assassinat injuste », selon les mots du président Massoud Pezeshkian, et a immédiatement riposté. L’Iran a intensifié ses frappes contre Israël et, surtout, contre les infrastructures énergétiques de ses voisins du Golfe. L’attaque d’une province pétrolière d’Arabie saoudite, ainsi que des frappes ou menaces visant le Koweït, Bahreïn, le Qatar et les Émirats arabes unis, traduisent une stratégie de pression globale, dont l’objectif est de faire monter les prix du pétrole et à contraindre Washington à infléchir sa position.
Une guerre qui se déplace vers l’énergie
Cette logique de guerre économique produit déjà ses effets. Le baril de pétrole a dépassé les 109 dollars sur les marchés internationaux, en hausse de plus de 40 % depuis le début du conflit. La flambée se répercute sur les prix des carburants et des biens de consommation, alimentant des tensions inflationnistes à l’échelle mondiale. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, est devenu quasi impraticable. Téhéran affirme qu’il reste ouvert, mais pas aux États-Unis ni à leurs alliés, accentuant une fragmentation inédite des flux énergétiques.
Dans ce contexte, la posture américaine apparaît plus que jamais hésitante. Le président Donald Trump, confronté à la réticence de ses alliés à s’engager militairement pour sécuriser la zone, a affirmé sur les réseaux sociaux : « WE DON’T NEED THE HELP OF ANYONE! ». Une déclaration qui illustre l’isolement croissant de Washington, alors même que des cibles américaines sont visées, notamment l’ambassade à Bagdad, attaquée pour le deuxième jour consécutif.
Sur le terrain, la militarisation s’étend. L’Iran a tiré des missiles à ogives multiples vers le centre d’Israël, capables de saturer les systèmes de défense antimissile. Des images montrent la dispersion de sous-munitions au-dessus du territoire israélien. En retour, les frappes israéliennes se poursuivent en Iran : à Larestan, dans la province de Fars, un complexe judiciaire a été touché, faisant au moins huit morts. Le Croissant-Rouge iranien parle de plus de 1 300 morts depuis le début du conflit.
Le risque d’un embrasement régional durable
La dimension nucléaire inquiète également. Le site de Bushehr a été atteint sans provoquer de dégâts, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique, dont le directeur Rafael Grossi appelle à « la plus grande retenue ». Mais la multiplication des frappes à proximité d’installations sensibles souligne le risque d’un accident majeur.
Parallèlement, Israël intensifie ses opérations au Liban contre le Hezbollah. À Beyrouth, plusieurs immeubles ont été détruits, faisant au moins 12 morts. L’armée israélienne affirme viser des financements du mouvement chiite, évoquant « des millions de dollars » stockés dans les bâtiments, sans fournir de preuves. Parmi les victimes figure Mohammed Sherri, responsable politique de la chaîne Al-Manar, tué avec son épouse. Au total, plus d’un million de Libanais — soit près de 20 % de la population — ont été déplacés, et le bilan s’élève à 912 morts et 2 221 blessés.
En Israël, 14 personnes ont été tuées par des missiles iraniens. Au moins 13 militaires américains ont également péri. Mais l’asymétrie des moyens et des pertes, tout comme la stratégie israélo-américaine d’élargissement du théâtre d’opérations, interrogent. En privilégiant une logique de confrontation directe et de pression maximale, Washington et Tel-Aviv transforment un conflit bilatéral en crise régionale majeure.
Derrière l’escalade militaire, se dessine une recomposition géopolitique où la sécurité énergétique devient à la fois un levier et une arme — au prix d’un embrasement dont nul ne maîtrise plus véritablement l’issue.