L’Armée nationale populaire (ANP) a franchi une nouvelle étape dans la structuration de son appareil industriel lié à la défense. Par trois décrets présidentiels publiés au Journal officiel, le gouvernement a créé simultanément trois entreprises publiques relevant du secteur économique de l’armée, couvrant des secteurs allant de la fibre optique aux technologies de l’information, ainsi qu’aux textiles industriels.
Les textes instituent trois établissements publics à caractère industriel et commercial (EPIC) : l’Établissement de câblerie (EPIC-EC), l’Établissement de production des moyens des technologies de l’information et de la communication (EPIC-EPMTIC) et l’Établissement de développement des industries textiles (EPIC-EDIT). Tous sont placés sous la tutelle du ministère de la Défense nationale et dotés de la personnalité morale ainsi que de l’autonomie financière.
L’initiative s’inscrit dans le cadre du statut-type des entreprises industrielles relevant du secteur économique de l’armée, instauré en 2008.
Fibre optique et infrastructures numériques
La première entité, basée à Réghaïa dans la banlieue est d’Alger, aura pour mission la conception et la production de fibres optiques et de câbles à fibres optiques, ainsi que de leurs composants et accessoires. L’entreprise pourra également participer à des opérations d’importation, d’exportation et de recherche-développement dans son domaine.
Au-delà de la dimension industrielle, le projet répond à un enjeu stratégique. Les réseaux de fibre optique constituent l’infrastructure clé des communications numériques modernes, qu’il s’agisse de télécommunications civiles ou de systèmes militaires de transmission. En internalisant cette capacité, l’État algérien cherche à réduire sa dépendance technologique vis-à-vis des fournisseurs étrangers.
La seconde entreprise, l’EPIC-EPMTIC, aura un champ d’action plus large : la production de moyens liés aux technologies de l’information et de la communication. Installée à El Harrach, elle devra concevoir et développer divers équipements numériques et électroniques nécessaires aux systèmes de communication.
Le décret prévoit également que l’établissement participe à l’effort national de recherche et développement dans le domaine des technologies de l’information. La composition de son conseil d’administration illustre l’importance accordée à cette mission. Il regroupe notamment des représentants de la direction centrale du numérique et des systèmes d’information de l’armée, ainsi que du Centre de développement des technologies avancées, un organisme public de recherche.
Cette architecture laisse entrevoir la volonté de créer un écosystème technologique intégré, où la recherche, la production industrielle et les besoins opérationnels des institutions publiques se rejoignent.
Textile industriel et équipements techniques
La troisième entreprise, l’EPIC-EDIT, se concentrera sur la fabrication et le développement de textiles industriels et techniques. Le texte prévoit que l’établissement conçoive, produise et commercialise différents produits textiles spécialisés, tout en mettant en place les infrastructures industrielles nécessaires.
Dans le secteur de la défense, les textiles techniques jouent un rôle clé : uniformes, équipements de protection, tissus ignifugés ou encore matériaux destinés à des usages spécifiques. En structurant cette activité dans une entreprise dédiée, les autorités cherchent à sécuriser l’approvisionnement et à développer une filière industrielle locale.
Les trois entreprises partagent une organisation similaire. Elles seront administrées par des conseils d’administration présidés par le ministre de la Défense nationale ou son représentant. Leur direction sera assurée par un officier général ou supérieur nommé conformément aux règles internes du ministère.
Leur patrimoine initial sera constitué notamment d’une subvention de démarrage ainsi que des biens mobiliers et immobiliers affectés au lancement de leurs activités. Les établissements seront également soumis aux mécanismes de contrôle et d’inspection du ministère de la Défense.
Un secteur économique en expansion
La création simultanée de ces trois entités traduit une orientation plus large de la politique industrielle algérienne. Depuis plusieurs années, le secteur économique de l’armée s’est progressivement étendu dans des domaines allant de la mécanique aux systèmes électroniques.
Avec ces nouveaux établissements, le secteur économique de l’armée renforce sa présence dans des segments technologiques sensibles : infrastructures numériques, électronique de communication et textile technique. Les textes autorisent par ailleurs ces entreprises à conclure des partenariats et à prendre des participations dans des sociétés, ouvrant la porte à des coopérations industrielles.
Si les décrets ne précisent ni les investissements prévus ni les volumes de production envisagés, ils marquent une nouvelle étape dans l’expansion du secteur économique de l’armée, devenu ces dernières années un acteur croissant de l’industrie nationale.