C’est fait. Aucun doute ne subsiste quant à ses intentions : le président de la République sortant, Abdelmadjid Tebboune, a annoncé, le jeudi 11 juillet 2024, dans une interview télévisée, sa candidature à l’élection présidentielle anticipée du 7 septembre 2024.
Fin du faux suspense, donc : le président Tebboune briguera un second mandat. D’aucuns savaient cette annonce imminente, certains l’attendaient même pour ce lendemain de sa visite surmédiatisée dans la wilaya de Tizi-Ouzou, laquelle a constitué, à plus d’un égard, un tour de chauffe préélectorale.
Commettant sa déclaration de candidature, le président Tebboune a souligné que sa candidature est une réponse aux appels « de plusieurs partis, d’organisations et de jeunes ». Dans le pur style du défunt président déchu, Abdelaaziz Bouteflika, qui a justifié sa représentation pour trois mandats successifs, jusqu’à en comptabiliser quatre et une tentavie pour un cinquième avorté, le président Tebboune justifie sa candidature par les appels qui le pressent pour se représenter.
Le président Tebboune a indiqué, dans le sillage de l’annonce de sa candidature, qu’il dressera le bilan de son mandat finissant lors d’une prochaine rencontre avec la presse. Mais, en attendant, il estime que son bilan est positif. « De l’avis de tous, les recettes de l’Etat se sont améliorées, l’hémorragie qu’il y avait au niveau du trésor public s’est arrêtée et l’Algérie a récupéré ce qu’il était possible de récupérer de l’argent volé et qui se chiffre à des milliards de dollars », a-t-il affirmé.
Au cours de son mandat, le président Tebboune avait promis, à travers des déclarations publiques, qu’il savait (la Khota) comment récupérer l’argent volé par la « Issaba » et transféré illégalement à l’étranger. A la fin du premier mandat, qui expire dans moins de deux mois, aucun bilan n’a été établi quant à l’argent et biens mal acquis récupérés de l’étranger, si récupération, il y a, bien sûr. L’opinion ne sait pas si les commissions rogatoires diligentées à l’étranger ont été fructueuses ou pas.
Lors de la présentation de son bilan d’étape devant la conférence parlementaire, le président Tebboune est resté muet sur cette promesse qu’il avait faite de récupérer les capitaux transférés illégalement à l’étranger, se contentant d’insérer dans son bilan la valeur des biens de la « Issaba » saisis en Algérie. La majorité parlementaire étant acquise au pouvoir, la conférence parlementaire n’était pas l’endroit idéal pour débattre du bilan du président.
Le débat aurait pu être organisé par les médias audiovisuels, les télés publiques et privées, notamment, mais ces dernières ne jouissent pas de la liberté éditoriale qui leur aurait permis de réunir des avis contradictoires. En l’absence de contradicteurs, il est difficile de se faire une idée sur la réalité du bilan présidentiel, surtout sur le plan économique.
Au niveau politique, il est aisé de relever qu’une chape de plomb pèse sur les libertés d’expression et sur la liberté de l’exercice politique et associatif. Les ligues des droites de l’homme ont été dissoutes, des associations qui avaient pignon sur rue, à l’instar de SOS Bab El Oued et RAJ, l’ont été également.
Les révisions des lois dans le sens de davantage de coercition et de restrictions ont été autant d’épées de Damoclès suspendues au dessus des têtes de militants politiques et d’activistes sur les réseaux sociaux. Du fait du fameux 87 bis (code pénal), des dizaines de détenus d’opinion croupissent dans les prisons. Des dizaines d’autres y ont fait un passage entre fin 2019 et aujourd’hui.
Malgré un bilan discutable, le président Tebboune est appelé à se maintenir au pouvoir. Sa candidature, adoubée sûrement par l’Armée, est soutenue par des partis politiques, à l’instar du FLN et du RND, les deux formations qui ont constitué les principaux soutiens aux candidatures du président Bouteflika qui avait exercé quatre mandats d’affilé et a tenté un cinquième qui a été avorté.
Ce sont donc les mêmes béquilles partisanes qui ont servi Bouteflika qui servent aujourd’hui le président Tebboune. Il y a en effet l’alliance FLN-RND-El Moustaqbel, mais aussi un conglomérat d’une dizaine de petits partis animés par le Mouvement El Bina de Abdelkader Bengrina. Ces derniers ce sont démarqué de l’alliance triangulaire FLN-RND-El Moustaqbel pour s’identifier clairement comme soutiens de la mouvance islamiste à la candidature de Tebboune.
La coalition formée autour d’El Bina se propose pour le rôle de représentation de la mouvance que jouait auparavant le MSP qui, cette fois, a décidé de tenter la compétition avec son propre candidat. La seule fois où le MSP a présenté un candidat à l’élection présidentielle, c’était en 1995 et son candidat était Mahfoud Nahnah.
Dans la prochaine course à la magistrature suprême, le candidat Tebboune aura des rivaux partisans, s’ils passent l’écueil des parrainages, comme louisa Hanoune du PT, Youcef Aouchiche du FFS, Zoubida Assoul de l’UCP ou encore Abdelali Hassani. Selon l’ANIE, pas moins de 34 personnes ont retiré les formulaires de souscriptions. Sur ce lot, peu passeront les éliminatoires.