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Les éditions Koukou exclues du SILA 2024


Koukou Éditions ne participera pas au SILA 2024. La maison d’édition, exclue du Salon international du livre d’Alger, inauguré ce mercredi 6 novembre, vient aussi d’essuyer un revers judiciaire : le juge d’instruction près le tribunal d’Hussein Dey a rejeté la plainte qu’elle avait déposée contre le président de la commission de censure du ministère de la Culture.

Dans un communiqué diffusé le mercredi 6 novembre, Koukou Éditions fait état de la décision du tribunal d’Hussein Dey, qui lui est défavorable. Elle l’a évidemment dénoncée, tout en annonçant qu’elle en fera appel devant la chambre d’accusation de la cour d’Alger. « Koukou Éditions est déterminée à aller au bout de la procédure, même si l’issue en est incertaine », est-il affirmé.

Koukou Éditions met en cause Tidjani Tama

Derrière cette censure, Koukou Éditions désigne le directeur du livre et président de la commission de censure au ministère de la Culture, Tidjani Tama.

« Malgré le secret qui entoure ces opérations, le groupuscule extrémiste qui a pris en otage le ministère de la Culture commence à tomber les masques et révéler les leviers idéologiques qui l’animent. Le chef de cette secte, M. Tidjani Tama, directeur du livre et président de la commission de censure, est un personnage bien singulier. Militant communiste par accident dans les années 80, islamiste par opportunisme dans les années 90, sa fascination pour les idéologies totalitaires est devenue une feuille de route qui va transformer une institution culturelle respectable en Kommandantur chargée de contrôler les lectures des Algériens à l’aune de ses fantasmes », est-il dénoncé.

Koukou Éditions, qui rappelle que des livres comme « Mein Kampf » d’Adolf Hitler, les « Mémoires » de Mussolini ou encore le livre d’Éric Zemmour étaient exposés au SILA 2023, aux côtés de livres de propagande wahhabite, estime que « cette bienveillance de la Commission de censure pour les auteurs controversés contraste avec le harcèlement qui cible Koukou Éditions ».

À cela, un seul objectif, souligne Koukou Éditions : « bâillonner les auteurs progressistes, notamment algériens — universitaires, écrivains, moudjahidines, médecins, journalistes —, qui n’ont pas renoncé à leur devoir de critique sociale et de réflexion autonome ».

Une maison d’édition qui dénonce un harcèlement récurrent

Après cette dénonciation, Koukou Éditions rappelle le harcèlement qu’elle dit subir depuis plusieurs mois, soulignant notamment que, le 29 juin dernier, une vente-dédicace à la librairie Gouraya de Béjaïa a été brutalement interrompue et que, quelques jours plus tôt, c’est le directeur du… commerce (!) qui avait saisi plusieurs exemplaires d’un autre livre jugé « non conforme aux enseignements de notre religion ».

Ces pratiques, Koukou Éditions les juge contraires aux dispositions de la Constitution, qui dispose, dans son article 54, que « l’activité de publication (…) ne peut être interdite qu’en vertu d’une décision de justice ».

Koukou Éditions interpelle les pouvoirs publics « face à ces violations récurrentes de la loi fondamentale », estimant que la responsabilité politique des ministres de la Culture, de l’Intérieur et de la Justice « est engagée en première ligne » et que, de ce fait, ils « ne peuvent se complaire dans une indifférence complice ».

« S’il s’agit d’actes isolés de nervis incontrôlés, il est grand temps d’y mettre un terme par un rappel à l’ordre républicain et au respect de la Constitution. S’il s’agit d’une nouvelle inflexion autoritaire et obscurantiste qui fait fi de la légalité pour piétiner les droits et les libertés des citoyens, il faut désormais l’assumer sans faux-fuyants », ajoute Koukou Éditions.