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Zeroual, arbitre discret de la décennie noire, s’éteint à 84 ans


Le décès de l’ancien président de la République Liamine Zeroual, annoncé le 28 mars par la présidence, marque la disparition d’une figure centrale de la décennie la plus tourmentée de l’Algérie indépendante. Décédé à Alger à l’âge de 84 ans après une longue maladie, il incarnait un pouvoir tempéré par le refus de s’y accrocher.

Arrivé à la tête de l’État en 1994, au plus fort de la guerre civile, Zeroual n’était ni un tribun ni un idéologue. Officier de carrière, il fut d’abord un gestionnaire de crise. Élu président en 1995 dans un contexte de violence généralisée, il tente de conjuguer réponse sécuritaire et ouverture politique, notamment à travers des tentatives de dialogue avec les islamistes armés.

Son mandat est aussi marqué par une réorganisation des institutions et par la volonté de redonner une légitimité électorale au pouvoir. Son legs tient autant à ce qu’il fit qu’à ce qu’il refusa. En 1998, il annonce une présidentielle anticipée et renonce à briguer un nouveau mandat. Ce retrait volontaire en 1999 rompt avec les pratiques d’enracinement au pouvoir qui prévalent en Algérie, et ouvre la voie à l’élection de feu Abdelaziz Bouteflika.

Retiré de la vie publique depuis, Zeroual donnait à voir une forme de pouvoir sobre, forgée dans l’urgence plus que dans l’ambition. Il laisse l’image d’un président de transition : ni refondateur du système, ni simple exécutant, mais un intermédiaire dans une séquence de sortie de crise dont les équilibres, pour partie, lui échappaient.

Désormais, à rebours des trajectoires des élites politiques algériennes et des rites de centralisation du pouvoir, Liamine Zeroual sera inhumé lundi 30 mars dans sa ville natale, Batna — un choix qui prolonge, jusque dans la mort, cette distance à l’égard d’Alger, comme s’il avait, une dernière fois, décliné l’invitation du pouvoir.