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542 sur 542 : le consensus comme méthode de gouvernement


Il est des chiffres qui en disent plus long que n’importe quel discours.
Mercredi 25 mars, le Parlement réuni en Congrès a offert une démonstration rare : 542 parlementaires sur 542, tous alignés pour adopter une révision constitutionnelle. L’unanimité parfaite, sans accroc, sans dissidence. À ce niveau de précision, ce n’est plus un vote — c’est un symptôme.

Lorsque les deux chambres — l’Assemblée populaire nationale (APN) et le Conseil de la nation — siègent ensemble, la mécanique institutionnelle atteint sa forme la plus aboutie. Les révisions ne s’y jouent pas vraiment. Elles s’y constatent.

Le texte adopté se présente comme une mise à jour technique. En réalité, il procède à une reconfiguration des équilibres institutionnels : extension des marges de manœuvre de l’exécutif, rationalisation des procédures, atténuation de certains contrepoids. Rien de spectaculaire, tout est mesuré. Mais l’essentiel est ailleurs : dans l’absence totale de friction.

Car une Constitution n’est pas un simple instrument juridique. Dans les démocraties vivantes, elle constitue un champ de bataille feutré où s’opposent visions du pouvoir et intérêts contradictoires. Ici, le champ est vide. Ou plutôt, il a été vidé en amont.

L’unanimité ne signifie pas nécessairement l’adhésion. Elle traduit une autre réalité : l’inutilité de s’opposer. Lorsque le coût politique de la dissidence dépasse ses bénéfices, le consensus devient une stratégie rationnelle. Le Parlement cesse alors d’être un lieu de confrontation pour devenir un espace de validation.

Ce type de vote n’est pas le marqueur d’une quelconque ferveur collective, mais celui d’une architecture du pouvoir. Une architecture où l’exécutif impose le tempo, où les arbitrages se font hors scène, et où la représentation nationale entérine davantage qu’elle ne délibère.

Faut-il y voir une anomalie ? Pas nécessairement. Le système privilégie la stabilité à la conflictualité. Mais à force d’évacuer le désaccord, il prend un risque plus subtil : celui d’appauvrir la fonction même du politique.

Car sans contradiction visible, le consensus cesse d’être un compromis. Il devient une habitude — et parfois une évidence trop parfaite pour être entièrement spontanée.

542 sur 542.
Ce n’est pas seulement un vote. C’est une manière de gouverner.

Mais tous n’ont pas pris part au vote : les parlementaires du Front des forces socialistes (FFS) ont choisi de boycotter, refusant de se prêter à une séquence déjà jouée. Dans un système où l’unanimité est la règle, l’absence devient la seule forme de dissensus.