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Juger avant de voir : l’APS face à l’audiovisuel public français


Il est des règles élémentaires du journalisme que l’on apprend tôt, ou que l’on feint d’ignorer quand elles deviennent gênantes. Parmi elles, on n’attaque pas un produit éditorial avant sa publication. Le faire n’est ni de la vigilance professionnelle ni de l’anticipation éclairée, c’est de la paresse intellectuelle maquillée en posture morale.

La récente dépêche de l’APS illustre parfaitement ce glissement. En prétendant démonter une émission de l’audiovisuel public français avant même sa diffusion, l’agence ne critique pas un contenu mais spécule sur un titre, et appelle cela de l’information. C’est peu. Et c’est inquiétant.

L’ironie est d’autant plus cruelle que l’APS n’est pas née de rien. Avant l’indépendance, dans des conditions matérielles dérisoires, elle fut un instrument crédible de lutte politique, précisément parce qu’elle savait hiérarchiser les faits, mesurer ses mots et comprendre que la crédibilité est une ressource rare. Plus tard, malgré des périodes d’errance, elle a longtemps assuré un rôle de service public minimalement assumé.

Aujourd’hui, paradoxalement, alors qu’elle dispose de moyens considérables, elle semble parfois réduire son ambition à celle d’un éditorial nerveux mal déguisé en dépêche. L’explication n’a pas besoin de démonstration, rédaction sous influence, réflexes pavloviens, et cette confusion persistante entre communication politique et journalisme.

Quant au fond, il est parfaitement légitime de s’interroger sur certaines orientations de l’audiovisuel public français, y compris France Télévisions, dont le goût croissant pour la controverse facile et les figures tapageuses n’honore pas la mission de service public. L’Algérie y est convoquée comme sujet récurrent, dont le traitement semble parfois répondre davantage à des logiques de débat identitaire français, de flatterie politique et de production de bruit médiatique qu’à une réelle exigence d’analyse.

Mais encore faut-il le démontrer.
Pas l’affirmer.
Encore moins l’annoncer avant que les faits n’existent.

À force de crier à la manipulation avant même qu’elle ne puisse être observée, on finit par imiter ce que l’on prétend dénoncer. En abandonnant l’analyse pour l’anathème, l’APS offre à ses adversaires le plus beau des cadeaux, à savoir la possibilité de disqualifier toute critique future comme émotionnelle, excessive ou idéologique.

L’Algérie, elle, n’a pas besoin de ce zèle mal contrôlé. Elle n’a rien à prouver par la surenchère verbale. Et l’APS n’a rien à gagner à se transformer en caisse de résonance de colères qui relèvent davantage du commentaire que de l’information.

Le journalisme n’est pas un réflexe.
C’est une méthode.
Quand elle est abandonnée, même les causes que l’on croit justes cessent de convaincre — et commencent à se trahir.