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Semaine 2 de la guerre : Avichay Adraee électrise Beyrouth

À Beyrouth, la deuxième semaine de guerre installe une étrange routine : bombardements, rumeurs et cartes diffusées comme armes psychologiques. Entre panique et ironie amère, les Libanais observent un conflit dont ils peinent encore à comprendre le sens — et l’issue.


Photo Daraj.

Nous voilà déjà à l’orée de la deuxième semaine de la guerre que le « Hezbollah » mène dans notre pays. Hier, le parti a décidé d’imiter l’expérience d’Avichay Adraee. Il a publié des cartes de colonies dans le « doigt de Galilée », en demandant à leurs habitants de les évacuer.

Les Libanais — et avant eux les Israéliens — savent pourtant que ces cartes n’ont aucune valeur militaire réelle. Et, dans une moindre mesure, ses roquettes non plus. Cela fait partie de la maigreur de cette guerre. Tout comme le fait que le gouvernement ait demandé hier aux membres des Gardiens de la Révolution iraniens de quitter le Liban — et que, fait étrange, des sources israéliennes aient affirmé que ces éléments avaient effectivement commencé à partir.

À Beyrouth, nous n’avons jamais rencontré de Gardiens de la Révolution. On entend dire qu’ils sont là, que l’ambassade d’Iran ressemble davantage à une caserne qu’à une mission diplomatique. Mais lorsque le gouvernement nous affirme qu’ils vivent parmi nous, cela rapproche soudain leurs visages anonymes de notre quotidien.

On se souvient qu’au moment des explosions de pagers en 2024, l’un d’eux a sauté au visage de l’ambassadeur d’Iran lui-même — pas d’un garde ni d’un attaché, mais de l’ambassadeur en personne. Voilà jusqu’où va — paraît-il — l’invisibilité de la présence iranienne parmi nous.

Cette guerre ressemble-t-elle aux précédentes ? C’est la question que beaucoup se posent ici à Beyrouth. Ils n’ont guère d’autre choix que de comparer avec ce qu’ils ont déjà vécu : bombardements massifs sur la banlieue sud, déplacés dormant sur les places publiques et dans les rues, et le ministère des Affaires sociales distribuant quelques rations d’aide.

Mais hier, les Libanais ont goûté à une nouvelle variété de terreur. Avichay Adraee a ordonné l’évacuation de toute la banlieue sud. Nous avons alors tenté d’imaginer ce que signifierait une attaque contre la totalité de ce quartier en une seule fois. Les souvenirs des guerres précédentes ne nous aident guère : rien d’une telle ampleur ne s’y trouve.

Dans les rues de Beyrouth, les gens ont perdu le sens de leur propre direction. Personne ne sait plus vers où pousser son corps. Les rues étouffent sous les voitures. Des familles portent leurs bagages en courant vers une destination qu’elles ignorent. Tous avancent d’un pas pressé, les yeux rivés à leurs téléphones.

Hier, Beyrouth a connu quelque chose qu’aucune guerre ni explosion n’avait encore produit. Sur les visages ne se lisaient pas seulement la peur, mais aussi la confusion — l’incapacité de comprendre ce que signifie un tweet appelant à l’évacuation de dizaines de milliers de personnes d’un seul coup.

C’est probablement à cet instant précis que le « Hezbollah » a conclu qu’il lui fallait son propre Avichay Adraee. Il a donc publié des cartes en réponse. Et il nous les a envoyées à nous avant de les adresser aux colons — car, dans la rhétorique du parti, ceux-ci ne sont pas des civils auxquels on adresse des avertissements.

Ces cartes visent plutôt à répondre à ceux qui doutent de l’efficacité de sa guerre : la majorité des Libanais — et probablement la majorité de son propre environnement social.

Parmi les autres nouveautés de cette guerre figure une rumeur savoureuse : le président du Parlement, Nabih Berri, serait furieux contre le « Hezbollah » et refuserait de répondre aux appels de ses responsables. C’est du moins ce que rapportent certains médias.

Mais la colère du président historique du Parlement n’est pas documentée, et il pourrait très bien la démentir plus tard. C’est le sort de tout ce qui concerne Berri : l’homme a un pied partout, mais son pied le plus solide reste posé auprès du « Hezbollah ».

Ses ennemis les plus acharnés ont parié sur une rupture entre Berri et le parti. Ce que nous rapportons ici n’est pas une analyse, mais une simple chronique de ce qui s’entend dans les rues de Beyrouth ces derniers jours.

Le marchand de légumes demandait : « Que va faire Berri ? ». Les journalistes de la rue Badaro, les politiciens dans leurs bureaux, et même les Forces libanaises et les Kataëb : tous attendaient que le président rompe avec le parti. Hier, ils ont commencé à comprendre qu’il les faisait peut-être tourner en rond.

Parier sur la défection de Berri relève probablement de cette même légèreté d’esprit que les guerres ont fini par nous inoculer.

Les Libanais sont stupéfaits par ce que le « Hezbollah » leur a infligé. Le parti, lui, sait parfaitement que les émotions des communautés peuvent être administrées. Quelques jours de colère ne sont pas un problème : les rancœurs communautaires finiront par la rediriger ailleurs.

Ses partisans ont déjà commencé à faire circuler l’idée selon laquelle Israël se préparait à lancer la guerre — et que le parti l’a simplement devancé. Les « résistants » de l’après-7-Octobre ont commencé à accueillir ce récit et à l’intégrer à leur propre narration.

En lançant une guerre dont l’horizon ne promet que davantage de défaites, le « Hezbollah » n’a pas seulement bouleversé les Libanais. Il a aussi vidé de son sens le discours de l’État libanais.

Le discours d’investiture par lequel Joseph Aoun avait ouvert son mandat s’est dissipé comme poussière. Le principe du monopole des armes par l’État, pourtant inscrit dans la déclaration ministérielle, est devenu une plaisanterie dans les cafés de Beyrouth.

Peut-être ce qui vient de se produire constitue-t-il la dernière balle tirée par les Gardiens de la Révolution iraniens au Liban. Elle nous a atteints en pleine tête — tout en offrant à Benjamin Netanyahou l’occasion rêvée de redessiner la carte de la zone tampon, comme si elle constituait déjà la nouvelle frontière d’Israël.