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Fibre optique : derrière quatre millions d’abonnés, le business discret des sous-traitants

Algérie Télécom a franchi le cap des quatre millions d’abonnements à la fibre optique, avec le concours de 4 400 entreprises sous-traitantes. Combien rapporte le raccordement d’un logement ? Quelles commandes ces entreprises obtiennent-elles et combien gagnent leurs techniciens ? Factures, contrats et offres d’emploi donnent un premier aperçu de ce marché en pleine expansion.


Technicien fibre optique raccordement FTTH Algérie
Manipulation d’un câble de fibre optique. Le déploiement du FTTH en Algérie repose notamment sur des milliers d’entreprises sous-traitantes chargées du tirage, de la soudure et du raccordement final des abonnés.

À Adrar, raccorder cent abonnés à la fibre optique représente 288 600 dinars hors taxes, selon une facture pro forma établie en novembre 2025 par une entreprise intervenant pour Algérie Télécom. Soit 2 886 dinars par ligne, pour tirer le câble, installer une prise, souder la fibre et percer les murs. Sur cette somme, le prestataire doit payer ses techniciens, leurs déplacements, le matériel et ses charges. Et, si tout se passe bien, dégager un bénéfice.

Dimanche 11 octobre, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a célébré les quatre millions d’abonnements à la fibre optique jusqu’au domicile (FTTH), contre 53 000 en juin 2020 et 2,6 millions fin 2025. Soit 1,4 million de plus en neuf mois.

Le ministre a remercié les équipes d’Algérie Télécom et les 4 400 entreprises sous-traitantes mobilisées. Au-delà des chiffres annoncés, les techniciens tirent les câbles, percent les murs, soudent les fibres et installent les prises. Autant d’opérations facturées à l’intervention.

Le raccordement à quelques milliers de dinars

La facture pro forma du 9 novembre 2025 détaille une commande de cent lignes FTTH à Adrar. Le tarif est décomposé en quatre prestations. La pose du câble coûte 1 400 dinars, celle de la prise optique 200 dinars, chaque soudure 500 dinars et le percement d’un mur 200 dinars. Pour cent câbles, cent prises, deux cents soudures et 143 percements, la facture totalise 288 600 dinars hors taxes.

Un document établi le même mois à Saïda chiffre 250 lignes à 500 000 dinars hors taxes, soit une moyenne de 2 000 dinars par ligne. Les prestations diffèrent, mais les montants donnent une idée du prix du travail confié aux sous-traitants.

Les 2 886 dinars par ligne ne vont pas dans la poche du technicien. Il s’agit du montant facturé par l’entreprise. Il faut financer les salaires ou rémunérations des équipes, le véhicule, le carburant, les outils de mesure, la soudeuse optique et son entretien. Raccorder cent logements voisins n’a pas le même coût que multiplier les déplacements entre communes.

Des contrats qui ne promettent aucun chantier

Pour décrocher ces travaux, les entreprises passent par les appels d’offres d’Algérie Télécom. Sur Safqatic, portail spécialisé dans les marchés du secteur des télécommunications, un avis publié à Béjaïa sous le numéro 09/2026 vise notamment à élargir la liste des prestataires présélectionnés pour les raccordements finaux en fibre optique et en cuivre.

En 2024, un autre appel d’offres à Béjaïa exigeait le code d’activité 109214 sur le registre du commerce, relatif aux installations de réseaux électriques et téléphoniques.

Le plus révélateur figure dans un cahier des charges d’Algérie Télécom de février 2024 relatif aux contrats d’adhésion à commandes. Le montant minimal annuel garanti est fixé à zéro dinar, tandis que le plafond peut atteindre dix millions de dinars toutes taxes comprises.

Une entreprise peut ainsi décrocher un contrat sans recevoir une seule commande. De quoi refroidir celui qui vient d’investir dans un véhicule, une soudeuse et une équipe.

Le même cahier des charges prévoit une retenue de garantie de 5 % sur chaque facture, restituée après la réception définitive des travaux, à l’issue d’une garantie de douze mois. Le règlement est prévu par virement bancaire dans les 45 jours suivant la réception du dossier de facturation, sauf exception justifiée. Le sous-traitant doit donc supporter ses coûts fixes sans savoir quel volume de commandes lui sera finalement confié.

Le document date de 2024, mais son économie est éloquente. L’entreprise peut être présélectionnée, investir dans son matériel et payer son personnel sans qu’un carnet de commandes lui soit assuré. La multiplication des sous-traitants ne dit rien, en elle-même, du volume d’activité attribué à chacun.

Les statistiques officielles entretiennent d’ailleurs une ambiguïté. En janvier 2026, le ministère évoquait plus de 4 800 entreprises contractantes avec Algérie Télécom, petites entreprises, microentreprises et auto-entrepreneurs compris. En octobre, il salue 4 400 entreprises sous-traitantes. Les catégories et les périodes peuvent différer, mais aucun de ces deux chiffres ne dit combien d’entreprises reçoivent des commandes chaque mois ni quel chiffre d’affaires elles en tirent.

Un métier qui recrute, des salaires qui se négocient

Les annonces d’emploi éclairent le sort des techniciens. En juillet 2026, LOGCON, entreprise implantée dans la wilaya de Blida, recrutait des techniciens réseaux et un ingénieur en télécommunications pour des chantiers à Oran et dans les environs. Tirage de câbles, raccordement, pose d’équipements et tests de mise en service figuraient au programme.

Les postes, en CDD ou CDI, comprenaient le transport. Une expérience solide pouvait remplacer le diplôme. Mais les candidats au poste de technicien devaient déjà avoir au moins un an d’expérience dans la fibre. L’annonce promettait une rémunération « motivante », avec primes de performance, sans donner de montant.

À Alger, SRT recherchait de son côté des techniciens indépendants pour des interventions de câblage, de maintenance et de dépannage. La rémunération se négociait à la journée ou à la mission. Dans les deux cas, le candidat apprend les tâches à effectuer avant de connaître ce qu’elles rapportent.

Pour acquérir les compétences requises, des centres privés proposent des formations accélérées. Début octobre, ECOHORIZON, à Bab Ezzouar, annonçait cinq jours d’initiation pour 29 000 dinars. RTT Académie affichait 35 heures réparties sur cinq jours pour 30 000 dinars. Au programme, la préparation des câbles, les soudures, les raccordements et les mesures du signal.

Le débutant débourse autour de 30 000 dinars pour apprendre un métier alors que certaines offres exigent déjà un an d’expérience. Une difficulté familière aux jeunes diplômés, même dans un secteur qui revendique 4 400 sous-traitants.

À la porte de l’abonné

De leur côté, les abonnés découvrent que la présence de la fibre dans leur quartier ne signifie pas que leur ligne fonctionne déjà. Dans une discussion publique ouverte en février sur Reddit, dans r/algeria, des utilisateurs racontent leurs délais de raccordement. L’un évoque une vingtaine de jours après la réception du modem. Un autre indique avoir été installé cinq jours après sa demande, puis avoir attendu trois jours supplémentaires pour l’activation. Le câblage, le raccordement final et l’activation ne suivent pas toujours le même calendrier. La course aux abonnements se joue aussi à la porte des logements.

Algérie Télécom ambitionne de dépasser 4,4 millions d’abonnements FTTH avant fin 2026, puis de raccorder 300 000 foyers supplémentaires au premier trimestre 2027. Autant de nouveaux raccordements à réaliser.

Pour les 4 400 entreprises remerciées par le ministre, la question est désormais très concrète. Combien de commandes recevront-elles, à quel prix et avec quels délais de paiement ? Et combien reviendra au technicien qui installe la prise ?

Quatre millions d’abonnements mesurent l’ampleur du déploiement. Pour les entreprises et les techniciens qui tirent les câbles, il manque encore un bilan autrement concret. Combien de journées travaillées, combien de factures réglées et combien d’argent à la fin du mois ?