La passe d’armes en France autour de l’Algérie a pris une nouvelle tournure. Après les propos d’Emmanuel Macron visant les « mabouls » qui voudraient « se fâcher avec l’Algérie », Bruno Retailleau a répondu en revendiquant une ligne de fermeté. L’ancien ministre de l’Intérieur a accusé le chef de l’État de se cacher derrière le sujet des médecins étrangers pour éviter, selon lui, « les vrais problèmes », citant notamment les OQTF non exécutées, l’accord franco-algérien de 1968 et ce qu’il présente comme les manquements d’Alger en matière de coopération migratoire.
Dans une publication sur Facebook, Ségolène Royal a pris le contre-pied de cette ligne dure. L’ancienne candidate socialiste à l’élection présidentielle estime que la « stratégie de tension avec l’Algérie prônée par Bruno Retailleau » est contraire aux intérêts de la France et des Français. Elle y voit un calcul intérieur, destiné, selon elle, à « grappiller les voix des nostalgiques de l’Algérie française ».
Pour Ségolène Royal, les conséquences seraient déjà lourdes : échec sur les OQTF, recul des partenariats énergétiques et économiques, affaiblissement de la coopération sécuritaire contre le terrorisme venu du Sahel. Elle affirme que cette crispation profite à d’autres acteurs européens, en particulier l’Italie, qu’elle présente comme désormais mieux placée auprès de l’Algérie.
La mémoire coloniale en arrière-plan du débat
L’ancienne ministre replace aussi la polémique sur le terrain mémoriel. Elle inscrit « l’obsession anti-algérienne » de Bruno Retailleau dans la continuité de la loi de 2005 sur le « rôle positif » de la colonisation, rappelant le poids des blessures laissées par l’histoire coloniale en Algérie et en Afrique francophone.
Ségolène Royal plaide néanmoins pour des « partenariats intelligents gagnant-gagnant » et pour une relation apaisée entre les deux rives de la Méditerranée. Sa sortie souligne une ligne de clivage toujours sensible en France entre ceux qui veulent faire de l’Algérie un terrain d’affrontement politique intérieur et ceux qui voient dans le dialogue un impératif stratégique, mémoriel et générationnel.