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Alger et Washington resserrent le dialogue militaire


La réception, mardi 28 avril, du commandant d’AFRICOM, le général d’armée Dagvin Anderson, par le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’ANP, confirme la consolidation du dialogue militaire entre l’Algérie et les États-Unis. La séquence intervient dans un contexte régional où les enjeux de sécurité, de lutte antiterroriste et de stabilité au Sahel restent au cœur des échanges entre Alger et ses partenaires.

La composition de la rencontre en souligne l’importance. Autour de Saïd Chanegriha étaient présents de hauts responsables de l’ANP et du ministère de la Défense nationale, dont le commandant des Forces terrestres, le secrétaire général du MDN, les commandants de forces, le commandant de la Garde républicaine, le directeur de cabinet, des chefs de départements, le contrôleur général de l’armée, ainsi que plusieurs directeurs centraux. Le format traduit la volonté d’inscrire la relation avec AFRICOM dans un cadre de dialogue suivi, au-delà d’un simple échange protocolaire.

Dagvin Anderson, un profil lié aux dossiers africains

Le profil du visiteur donne aussi du relief à cette séquence. Dagvin Anderson n’est pas un nouveau venu sur les dossiers africains. Général de l’US Air Force, il est le septième commandant d’AFRICOM, basé à Stuttgart, et dirige depuis août 2025 l’un des commandements géographiques du département américain de la Défense. Il avait auparavant commandé les forces spéciales américaines pour l’Afrique, entre 2019 et 2021, un poste directement lié aux dossiers antiterroristes et aux théâtres instables du continent.

Le communiqué publié par le MDN rappelle que cette visite intervient après la signature, en janvier 2025, d’un mémorandum d’entente dans le domaine de la coopération militaire. Dans les mots de Saïd Chanegriha, elle constitue « un nouveau maillon » dans le renforcement de la coopération bilatérale. La formule reste prudente, mais elle indique une montée en cadence du dialogue militaire avec Washington, encadrée par les notions de respect mutuel, de dialogue stratégique et d’intérêts communs.

Le texte met surtout l’accent sur la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent. Le chef d’état-major de l’ANP a rappelé le rôle confié à l’Algérie par l’Union africaine dans le renforcement de l’action continentale face à ces menaces. Il a cité, à ce titre, l’activation d’un fonds africain dédié, l’établissement d’une liste africaine des personnes et entités impliquées dans des activités criminelles, ainsi que l’élaboration d’un mandat d’arrêt africain.

Le Sahel en arrière-plan du dialogue militaire

Cette insistance permet de replacer la coopération avec AFRICOM dans un cadre plus large que la seule relation bilatérale. L’Algérie entend faire valoir son expérience sécuritaire, sa doctrine propre et son rôle dans les mécanismes africains de lutte contre le terrorisme. Le Sahel n’est pas cité dans le communiqué, mais le Mali en constitue l’arrière-plan immédiat. La dégradation de la situation sécuritaire autour de Bamako donne à cette visite une portée qui dépasse le seul suivi de la coopération militaire bilatérale.

Dans cette zone traversée par des ruptures entre plusieurs États sahéliens et leurs anciens partenaires occidentaux, l’Algérie demeure un interlocuteur important. Sa position géographique, ses frontières avec l’espace sahélo-saharien, son expérience de la lutte antiterroriste et son attachement au principe de non-ingérence renforcent son poids dans les discussions sur la sécurité régionale.

Le communiqué reste toutefois mesuré sur les aspects opérationnels. Il signale une coopération qui s’approfondit, sans en détailler les instruments sensibles.

De son côté, Dagvin Anderson a exprimé sa satisfaction de visiter l’Algérie, son souhait de consolider la coopération militaire et a salué la contribution de l’ANP à la sécurité et à la paix dans la région. Le message qui se dégage est celui d’un dialogue plus soutenu avec Washington, mais inscrit dans un cadre que l’Algérie entend maintenir conforme à ses propres priorités stratégiques.