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Maroc : Maati Monjib empêché d’entrer au Salon du livre de Rabat


L’historien, militant et traducteur marocain Maati Monjib a dénoncé samedi 2 mai une nouvelle atteinte à sa liberté après avoir été empêché d’entrer au Salon international de l’édition et du livre de Rabat, où il devait signer la traduction arabe d’un ouvrage consacré au Rif.

Dans un communiqué, Monjib affirme être arrivé au salon vers 16 heures, avoir acheté son billet, puis s’être présenté au contrôle de sécurité. Il dit avoir alors été « encerclé » par « six ou sept » agents en civil agissant sur la base d’« instructions », sans présentation d’un document légal. Selon son récit, il a ensuite été conduit de force dans une pièce, retenu près de vingt minutes, insulté et soumis à des pressions physiques par plusieurs agents.

« L’un d’eux exerçait une pression douloureuse sur mon ventre et me pinçait autour du nombril », écrit-il, ajoutant attendre une consultation médicale en raison de douleurs abdominales. Il affirme avoir demandé le respect des procédures légales et la présentation d’une autorisation du parquet pour la fouille de son sac, ce qui lui aurait été refusé. Un agent aurait ensuite déchiré son ticket en lui lançant : « Tu n’entreras pas au salon aujourd’hui. »

L’épisode intervient autour d’un livre politiquement sensible : le récit d’une famille du Rif, présenté comme une traversée du « Maroc de la résistance au colonialisme à la résistance au pouvoir ». La traduction arabe réalisée par Maati Monjib, Hikayat ‘Aïla min ar-Rif : al-Maghrib min muqawamat al-isti‘mar ila mumana‘at as-sulta, reprend l’ouvrage de la chercheuse maroco-canadienne Osire Glacier, publié en anglais sous le titre Freedom for Morocco: A Family Tale.

Le Makhzen face aux angles morts du récit officiel

Dans un post publié après les faits, Monjib explique que cette traduction « révèle certains aspects cachés de l’histoire politique du Maroc », notamment la répression des habitants du Rif après 1959 et la militarisation de la région.

Monjib dit avoir voulu signer le livre pendant le salon, mais aussi assister à une intervention de Tahar Ben Jelloun afin de l’interpeller « pacifiquement » après un article publié mi-avril dans lequel il affirme avoir été accusé de détournement de fonds. « Je voulais seulement poser une question », résume en substance son communiqué. La réponse, selon lui, a été l’interdiction, l’humiliation et la force.

Cette affaire expose une méthode récurrente du Makhzen : substituer aux droits, aux procédures et au débat public la force opaque des « instructions ». La scène est d’autant plus grave qu’elle se déroule dans un salon consacré au livre : un intellectuel y est empêché de défendre une traduction consacrée au Rif, comme si la mémoire d’une région pouvait encore être tenue à distance par la police.

Dans son post, Monjib relie cette affaire à une exigence plus large : « rendre justice aux habitants du Rif », libérer les détenus du Hirak et respecter les libertés publiques. Empêcher son entrée au salon revient ainsi à censurer une présence, une mémoire et une parole. C’est une nouvelle atteinte à la liberté d’un intellectuel déjà pris pour cible parce qu’il refuse de se taire.