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Le GAFI alerte sur le rôle des contrôles de change dans l’essor des circuits financiers parallèles


Les restrictions de change peuvent nourrir les circuits financiers informels qu’elles sont censées contenir. C’est l’un des enseignements du nouveau rapport du Groupe d’action financière (GAFI), publié en septembre 2026, sur le blanchiment professionnel, la banque clandestine et les réseaux de type hawala.

Le document identifie parmi les facteurs de vulnérabilité « les restrictions aux mouvements de capitaux, y compris les contrôles de capitaux imposés par l’État », ainsi que certaines contraintes réglementaires susceptibles d’« encourager involontairement le recours aux circuits illicites ». Lorsque l’accès aux canaux financiers officiels est limité, coûteux ou fortement administré, une partie de la demande se reporte sur des mécanismes informels.

Le rapport relève notamment ce phénomène en Afrique du Nord, où, selon le GAFI, « les dynamiques de conflit et les contrôles de change » agissent comme des catalyseurs du développement des services informels de transfert d’argent ou de valeur. Ces circuits servent notamment à contourner les restrictions, tandis que les paiements mobiles commencent à s’intégrer à certains mécanismes de règlement.

Quand l’écart de change devient un moteur

Le rapport décrit également des systèmes dans lesquels les opérateurs exploitent directement l’écart entre taux de change officiel et taux parallèle. Ces montages associent arbitrage de devises, commerce et transferts informels, notamment dans les économies où existe un important marché parallèle des changes.

Un cas documenté au Venezuela illustre le mécanisme. Dans l’« Operation Cymbal », des clients utilisaient des cartes bancaires et de fausses factures pour simuler des achats de médicaments ou de vêtements qui n’étaient jamais livrés. Les dollars obtenus étaient ensuite rapportés au Venezuela et revendus sur le marché parallèle. Le bénéfice provenait de l’écart entre les deux taux de change.

Le commerce extérieur constitue l’un des principaux véhicules de ces opérations. Le GAFI cite la surfacturation, la sous-facturation, les documents de transport falsifiés, les cargaisons fictives et les fausses descriptions de marchandises. Des sociétés d’import-export peuvent ainsi donner une apparence commerciale à des transferts de valeur entre opérateurs installés dans plusieurs pays.

Les réseaux utilisent désormais les circuits financiers les plus modernes : comptes bancaires, fintechs, plateformes de paiement, portefeuilles numériques et cryptoactifs. Le secteur financier formel peut ainsi servir de point d’entrée ou de sortie à des opérations dont le règlement reste clandestin.

Réprimer sans repousser vers l’informel

Le GAFI recommande de dépasser le contrôle transaction par transaction et de cartographier l’ensemble de la chaîne de blanchiment, de la collecte des fonds à leur réintégration. Cette approche suppose de croiser les données bancaires, douanières, fiscales et commerciales et de coordonner banques centrales, cellules de renseignement financier, douanes, police et autorités de supervision.

Le rapport met également en garde contre une répression trop large. Des mesures indiscriminées peuvent repousser des utilisateurs légitimes vers les circuits non réglementés et accroître l’opacité des flux. Il recommande de rendre les services financiers officiels plus accessibles, moins coûteux et plus efficaces afin de réduire l’attractivité des réseaux clandestins.

Lorsque le circuit officiel est trop cher, trop contraignant ou inaccessible, le circuit parallèle trouve son marché. Les contrôles peuvent poursuivre ses opérateurs, mais ils ne font pas disparaître l’avantage économique qui les fait vivre.