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Elaine Mokhtefi, l’Américaine qui avait choisi l’Algérie

De la cause algérienne aux Black Panthers, Elaine Mokhtefi a traversé plusieurs des grandes luttes politiques du XXe siècle. Installée à Alger après l’indépendance, elle y devient traductrice, journaliste, organisatrice et passeuse entre la jeune République et les mouvements révolutionnaires venus du monde entier.


Elaine Mokhtefi, militante américaine de la cause algérienne et témoin de l’Alger révolutionnaire
Mokhtar et Elaine Mokhtefi - Collection personnelle d'Elaine Mokthefi

Née dans l’État de New York en 1928, Elaine Mokhtefi a découvert la cause algérienne à Paris, travaillé pour le GPRA à New York, puis vécu douze ans dans l’Algérie indépendante. Journaliste, traductrice et organisatrice du Festival panafricain de 1969, elle a contribué à l’installation des Black Panthers à Alger. Naturalisée algérienne en juillet, elle est morte le 11 septembre 2026 à New York.

L’Algérie n’a jamais été pour elle une simple destination. Le décret présidentiel du 23 juillet 2026 a reconnu une appartenance construite au fil des engagements, du travail et des fidélités. Une vie traversée par les décolonisations, les luttes antiracistes et les révolutions du XXe siècle.

La cause algérienne avant l’Algérie

Elaine Klein naît en 1928 à Hempstead, dans l’État de New York, en 1928, dans une famille juive américaine. Son enfance est marquée par l’antisémitisme, tandis que l’Amérique ségrégationniste aiguise sa sensibilité aux questions raciales.

À 23 ans, en 1951, elle part pour Paris. En mai 1952, elle voit des ouvriers algériens forcer leur place dans le cortège du 1er Mai. Ces hommes, courant derrière une revendication d’indépendance sans banderoles, resteront dans sa mémoire.

Elle se rapproche progressivement des réseaux qui soutiennent le FLN. En 1958, à Accra, elle rencontre Frantz Fanon et Mohamed Sahnoun. Revenue à New York, elle rejoint le bureau du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Son travail consiste notamment à faire connaître la cause algérienne auprès des Nations unies, à un moment où la guerre d’indépendance se joue aussi sur le terrain diplomatique.

Alger, capitale des exilés

Après l’indépendance, elle s’installe à Alger en 1962. Elle travaille auprès du conseiller de presse de la présidence, à Algérie Presse Service, à la radio puis à l’université. Elle traduit, écrit, organise des rencontres et relie la jeune République aux réseaux militants et intellectuels qui convergent vers Alger.

Dans les années 1960, la capitale accueille militants, artistes, intellectuels et combattants venus d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et du Moyen-Orient. Elaine Mokhtefi participe à l’organisation du premier Festival culturel panafricain en 1969, vitrine artistique autant que politique de l’Algérie indépendante.

Elle devient ensuite l’une des interfaces de la section internationale des Black Panthers. Avec Eldridge Cleaver, elle contribue à organiser la présence du mouvement à Alger et sert d’interprète, de relais et de négociatrice.

Ses mémoires restitueront cette période sans la transformer en légende. Elles racontent les solidarités, mais aussi les tensions entre un État soucieux de sa souveraineté et des révolutionnaires étrangers dépendants de son hospitalité.

Une patrie, même à distance

Son histoire algérienne est aussi liée à Mokhtar Mokhtefi, ancien membre du corps des transmissions de l’ALN devenu écrivain. Ils se rencontrent en 1972.

Deux ans plus tard, Elaine quitte l’Algérie dans un contexte de luttes de pouvoir. Selon son propre récit, elle avait refusé d’informer les services sur son amie et collègue Zohra Sellami, qui deviendra l’épouse d’Ahmed Ben Bella.

Le couple s’installe à Paris puis à New York. Elaine traduit les mémoires de son mari, peint et poursuit ses engagements. Son livre, Algiers, Third World Capital, paraît en 2018, puis en français et en Algérie sous le titre Alger, capitale de la révolution.

Elle y restitue une ville où se croisaient mouvements de libération, militants, intellectuels et grandes figures du tiers-mondisme, mais aussi le travail quotidien de ceux qui faisaient tenir cet espace politique et humain.

La nationalité algérienne accordée en juillet 2026 est arrivée après des décennies de distance, sans effacer ce qui avait précédé. Quelques semaines plus tard, Elaine Mokhtefi mourait à New York, après avoir passé une grande partie de sa vie à relier l’Algérie aux luttes, aux idées et aux hommes et femmes d’un siècle en mouvement.