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Budget 2027 : la politique des milliards sur le papier


Vote de la loi de finances pour 2026 à l’Assemblée populaire nationale (APN). Dans un Parlement où la contestation reste marginale et le contrôle budgétaire faible, l’adoption des lois tient davantage de l’enregistrement que de l’exercice d’un véritable contre-pouvoir.

En Algérie, le gouvernement sait annoncer des milliers de milliards de dinars. Les dépenser est une autre affaire. Chaque automne, les budgets battent des records, les ministères affichent leurs ambitions et les promesses de financement se multiplient. Puis vient l’exécution. Et une partie importante des crédits reste sur le papier.

Le ministère des Finances ne l’ignore pas. Dans le rapport de présentation du projet de loi de finances pour 2026, il reconnaissait que le taux moyen de consommation des crédits budgétaires tournait autour de 70 %. Il retenait même ce taux pour établir ses projections de dépenses et de déficit. Le gouvernement construit donc ses budgets en sachant qu’une part significative des crédits ne sera pas consommée.

Les comptes publics confirment cet écart. En 2023, les dépenses réalisées représentaient environ 72 % des crédits révisés. En 2024, le taux de consommation s’est établi à 71,3 %. Plus révélateur encore, les dépenses d’investissement n’ont atteint que 43 % des crédits notifiés cette année-là. Ce sont les chiffres du ministère des Finances lui-même.

Ces crédits non consommés ne constituent pas de l’argent dormant dans les caisses de l’État. Ce sont des autorisations de dépenser que les administrations n’ont pas entièrement utilisées. Le problème tient à leur capacité à transformer les décisions budgétaires en réalisations.

L’investissement en offre la meilleure illustration. Les salaires sont versés, les transferts sociaux fonctionnent et les charges récurrentes doivent être honorées. Les investissements, eux, peuvent attendre. Un projet est inscrit au budget, annoncé en grande pompe, puis retardé par une étude, un marché infructueux, un problème foncier ou une procédure interminable. Les crédits existent, mais l’école, l’hôpital ou la route restent à construire.

Le projet de loi de finances pour 2027 reproduit cette contradiction à une échelle considérable. Il prévoit près de 17 883 milliards de dinars de dépenses pour 9 251 milliards de recettes. L’écart entre recettes et dépenses pose évidemment la question de son financement. Mais l’État prévoit des dépenses toujours plus élevées alors que ses administrations peinent déjà à utiliser les crédits qui leur sont accordés.

Le classement des ministères par budget peut aussi induire en erreur. En 2027, la Défense nationale disposerait de 2 820 milliards de dinars de crédits de paiement. L’Éducation nationale recevrait 1 875 milliards, l’Enseignement supérieur 847 milliards et la Formation professionnelle 137 milliards. Ces trois derniers ministères totaliseraient près de 2 860 milliards de dinars, légèrement plus que la Défense.

Mais ces portefeuilles ne recouvrent pas les mêmes périmètres. Les dépenses d’éducation et de formation sont réparties entre plusieurs ministères. L’Intérieur y contribue à travers les communes, qui prennent notamment en charge les personnels des corps communs, les cantines et une partie du fonctionnement des écoles primaires. La Solidarité nationale gère, de son côté, les établissements destinés aux personnes à besoins spécifiques.

Chaque jour, plus d’un Algérien sur trois prend le chemin d’une école, d’un centre de formation professionnelle ou d’une université. Une réalité qui donne la mesure des moyens nécessaires au fonctionnement de cet ensemble éducatif.

La Défense possède également un immense appareil de formation, avec des dizaines d’écoles et de centres d’instruction : écoles des cadets, écoles de sous-officiers, écoles d’application des différentes armes, établissements supérieurs, Académie militaire interarmes et École supérieure de guerre. Une partie de son budget finance donc aussi l’enseignement et la formation militaires.

Le classement des budgets ministériels renseigne davantage sur l’organisation administrative des dépenses que sur leur destination réelle. Pour mesurer les priorités de l’État, il faudrait comparer les crédits par fonction, puis examiner ce qui a effectivement été dépensé.

En 2023, la Défense nationale avait consommé près de la moitié de ses crédits révisés. Ce chiffre ne préjuge pas de ses dépenses actuelles, mais rappelle qu’une dotation budgétaire ne mesure pas l’effort réellement exécuté. La même exigence devrait s’appliquer à l’école, à l’université, à la santé et aux infrastructures.

Le PLF 2027 réserve par ailleurs 2 060 milliards de dinars aux dépenses imprévues et aux crédits non répartis, soit plus de 11 % du budget. Cette enveloppe peut financer des interventions légitimes, notamment face aux catastrophes naturelles, mais aussi des provisions stratégiques ou des mesures décidées en cours d’année. Reste à savoir où iront ces crédits, selon quelles décisions et quelle part sera effectivement dépensée.

C’est pourtant au Parlement qu’il revient d’exiger ces réponses. Or le débat public se concentre sur la loi de finances, qui autorise les dépenses futures, bien davantage que sur la loi de règlement, qui établit ce qui a réellement été exécuté.

La loi portant règlement budgétaire de 2023 n’a été promulguée qu’en mai 2026, près de deux ans et demi après la clôture de l’exercice. Entre-temps, d’autres budgets ont été discutés et votés. L’annonce a bénéficié de toute sa visibilité politique, tandis que son évaluation arrivait lorsque l’attention s’était déjà déplacée vers les promesses suivantes.

Un budget n’est pas plus sérieux parce qu’il dépasse celui de l’année précédente. Il l’est lorsque ses prévisions sont crédibles, que les crédits sont exécutés et que les résultats peuvent être vérifiés. À force de mesurer l’ambition publique en milliers de milliards de dinars, le montant annoncé finit par tenir lieu de bilan.

Le Parlement devrait plutôt demander au gouvernement ce qu’il a fait de l’argent autorisé les années précédentes et pourquoi une partie des crédits n’a pas été utilisée, et ce qui permettra de mieux exécuter le budget 2027. Faute de réponses, l’État continuera d’annoncer ce qu’il ne parvient pas à réaliser, puis de présenter l’année suivante un budget encore plus impressionnant pour financer ce qu’il n’a pas achevé.