Un prix Goncourt, des poursuites judiciaires, des convictions devenues inconciliables et, désormais, un couple qui se sépare. Selon des sources proches des deux époux, l’écrivain Kamel Daoud et la psychiatre Aïcha Dahdouh prennent des chemins différents. Une rupture qui intervient sur fond de démêlés judiciaires liés au roman Houris, couronné par le Goncourt 2024.
« La voix de Kamel Daoud ne doit pas effacer la mienne. » Dans un communiqué publié le 25 octobre, à deux jours d’un verdict judiciaire qui la concerne, Aïcha Dahdouh semble vouloir reprendre possession de son histoire. Longtemps présentée comme « l’épouse de Kamel Daoud », la psychiatre parle désormais en son nom. Elle est médecin, mère, Algérienne, et refuse que son existence se confonde avec les combats de l’écrivain.
L’histoire avait commencé par un triomphe. En novembre 2024, Houris décroche le prix Goncourt. Mais une rescapée de la décennie noire, Saâda Arbane, accuse le romancier d’avoir puisé dans sa vie et ses traumatismes sans son consentement. Elle met également en cause la psychiatre qui l’avait suivie, soupçonnée d’avoir transmis à son mari des informations couvertes par le secret médical. Tous deux contestent les accusations.
Le 27 octobre, le tribunal d’Oran doit rendre son verdict dans la procédure visant Aïcha Dahdouh pour divulgation du secret médical et vol de dossier médical. « Je suis innocente. Je n’ai pas divulgué le secret médical. Je n’ai pas volé de dossier », affirme-t-elle. Elle insiste sur ce qu’elle considère comme l’enjeu déontologique central de cette affaire : la confiance des patients dans leur médecin.
Une femme derrière le vacarme
Pendant que l’affaire occupe les tribunaux et les médias, la voix de la psychiatre se perd derrière celle du romancier, ses prises de position et les controverses qu’elles suscitent. Son identité professionnelle et personnelle s’efface peu à peu derrière la célébrité de son époux. Jusqu’à cette prise de parole publique, qui prend aujourd’hui une tout autre dimension.
Aïcha Dahdouh affirme ne partager les positions de Kamel Daoud ni sur l’Algérie, ni sur l’islam, ni sur la Palestine. Plus profondément, écrit-elle, leur désaccord porte sur la manière de considérer « la souffrance d’autrui ». Une divergence qui dépasse les seules opinions politiques et éclaire la séparation rapportée par leurs proches.
La psychiatre évoque également une « situation familiale déjà douloureuse », son impossibilité de revenir en Algérie et la souffrance de ne pouvoir accompagner son père en fin de vie. Elle invoque sa responsabilité de mère, son intégrité de médecin et son attachement à son pays.
Kamel Daoud, condamné en avril en Algérie à trois ans de prison dans une autre procédure liée à son roman, a été relaxé en septembre à Paris dans un procès en diffamation distinct intenté par Saâda Arbane. Aïcha Dahdouh, elle, attend toujours son verdict à Oran.
L’écrivain a fait de Houris un roman sur la voix des femmes. Deux ans après son Goncourt, c’est celle qui partageait sa vie qui réclame le droit de faire entendre la sienne. « Je refuse que d’autres voix parlent à ma place », écrit-elle.
Une manière de signifier qu’au-delà de la rupture conjugale, il lui reste une autre bataille : retrouver son existence, loin de l’ombre du romancier.