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Les Verts, le retour du grand frisson

Après douze ans d’absence, l’Algérie retrouve la Coupe du monde avec une sélection à plusieurs étages : des cadres, des revenants, des jeunes qui poussent et un vieux compte à régler avec l’Autriche. La victoire face aux Pays-Bas a donné du relief à la liste de Petković. Reste à transformer le frisson en certitudes.


Riyad Mahrez à la lutte avec Micky van de Ven lors du match amical Pays-Bas–Algérie, mercredi 3 juin 2026, à Rotterdam. Les Verts ont signé une victoire de prestige dans leur préparation au Mondial. Photo AP / Patrick Post.

Pour cette Coupe du monde 2026, Vladimir Petković n’a pas livré une liste de gala, mais une équipe de tournoi : des cadres pour tenir le vestiaire, des jambes pour attaquer l’espace, des revenants pour épaissir le milieu, et une cage qui continue d’alimenter les débats. Bentaleb revient comme un fil tendu avec 2014, Aouar et Gouiri réapparaissent après leurs blessures. Rien de parfait, mais assez de matière pour rallumer le grand frisson.

Deux jours après l’annonce, les Verts ont déjà envoyé un message. Mercredi soir, à Rotterdam, l’Algérie a battu les Pays-Bas 1-0 en match de préparation, dans le stade de Feyenoord, là même où Anis Hadj Moussa joue son football de club. Entré dans la lumière au meilleur moment, l’ailier a signé son premier but international à la 86e minute, en repiquant depuis la droite avant d’envoyer une frappe puissante dans le coin opposé.

Les Néerlandais ont eu les occasions, Virgil van Dijk a regretté le manque d’efficacité, mais Luca Zidane, masque sur le visage après ses blessures à la mâchoire et au menton, a sorti plusieurs arrêts importants. Pour une sélection dont le poste de gardien faisait déjà tousser les cafés de Tébessa à Tlemcen, ce n’est pas un détail. En une soirée, Zidane fils a rappelé qu’un nom lourd peut aussi servir à arrêter des ballons, pas seulement à remplir des débats.

Après les Pays-Bas, adversaire de standing et test grandeur nature pour mesurer la résistance du bloc, l’Algérie doit encore croiser la Bolivie, le 10 juin à Kansas City. Un match moins clinquant sur l’affiche, mais utile pour autre chose : confirmer, tenir le ballon et éviter ce relâchement qui transforme une répétition en piège. Rotterdam a donné du prestige, la Bolivie devra donner des certitudes.

Mahrez, Bentaleb et les accélérateurs

Rotterdam n’a pas réglé toutes les questions, mais le match a donné une image assez juste de cette Algérie : un gardien attendu au tournant, des ailiers capables de faire basculer une soirée, des cadres encore indispensables et une équipe qui n’a pas besoin d’être favorite pour devenir dangereuse.

Devant, il y a Riyad Mahrez, capitaine, pied gauche, vieux sorcier des matchs fermés. Il n’a plus besoin de sprinter pour peser. Il lui suffit parfois de lever la tête, de ralentir le temps et de rappeler à tout le monde qu’un ballon arrêté peut être une arme blanche. Autour de lui, Petković a placé de la vitesse et du nerf : Mohamed Amoura pour attaquer la profondeur, Gouiri pour relier, Hadj Moussa pour provoquer, Boulbina et Ghedjemis pour secouer les hiérarchies.

Au milieu, le retour de Bentaleb ajoute une autre couche. Il y a chez lui quelque chose de 2014, une mémoire dans les jambes, un fil avec cette génération qui avait poussé l’Allemagne en prolongation au Brésil. Avec Boudaoui, Zerrouki, Aouar, Chaïbi, Titraoui ou Maza, Petković dispose d’un entrejeu qui peut courir, combiner, gratter, piquer entre les lignes. Le talent est là. Le doute porte plutôt sur la tenue collective : comment ce milieu réagira-t-il sous pression, contre une Argentine qui confisque, une Jordanie qu’il faudra faire bouger, puis une Autriche moins brillante que pénible à manœuvrer ?

1982 dans le rétroviseur

Dans ce groupe J, l’Algérie devra gérer trois rendez-vous très différents. L’Argentine, trop forte pour être abordée avec naïveté. La Jordanie, trop prenable pour être prise à la légère. Et l’Autriche, pas vraiment un foudre de guerre, mais assez solide pour transformer un vieux compte à régler en match piège.

Côté algérien, ce nom ramène immédiatement à Gijón, 1982, RFA-Autriche, 1-0, le « match de la honte ». Ce score qualifiait les deux équipes et éliminait l’Algérie, pourtant victorieuse de la RFA et du Chili. Le scandale fut tel que la FIFA décida ensuite de faire jouer les derniers matchs d’un même groupe en simultané. Quarante-quatre ans plus tard, les Verts ne demanderont pas réparation devant un tribunal. Ils auront mieux : un terrain.

Il ne faudra pourtant pas transformer ce rendez-vous en séance de spiritisme. Les morts ne défendent pas sur les transitions, et les fantômes ne gagnent pas les duels aériens. L’Algérie devra jouer l’Autriche de 2026, pas celle de 1982 : une équipe sérieuse plus qu’effrayante, dangereuse surtout si on lui offre le match. Le piège serait de la transformer en monstre pour nourrir le récit, ou de la réduire à une formalité pour satisfaire l’orgueil. Mais dans un Mondial, la mémoire compte. Elle ne marque pas, elle ne tacle pas, elle ne centre pas. Elle serre juste un peu plus le maillot au moment d’entrer sur la pelouse.

Ne pas confondre CAN et Mondial

Surtout, il faut arrêter de juger les Verts uniquement à travers leurs crispations africaines. En Coupe d’Afrique, l’Algérie avance parfois avec le match sur les épaules : trop de pression, trop de calculs, trop de pièges connus d’avance. L’Algérie de Coupe du monde, elle, a souvent une autre gueule. En 1982, elle a battu la RFA et bousculé l’ordre établi. En 2014, elle a mis quatre buts à la Corée du Sud avant de faire trembler l’Allemagne future championne du monde. Ce n’est pas un palmarès, c’est une tendance : quand la scène devient immense, les Verts jouent grand.

Derrière, il faudra quand même fermer les fenêtres. Mandi et Bensebaïni apportent du vécu, Aït-Nouri offre un couloir gauche qui peut devenir une piste de décollage, Hadjam, Belghali, Belaïd, Tougaï ou Abada complètent une défense qui devra éviter le péché classique : confondre ambition et déséquilibre. À Rotterdam, l’Algérie a résisté. Au Mondial, elle devra attaquer sans se couper en deux.

Le programme est brutal. L’Argentine d’abord, le 16 juin, pour mesurer le vertige. La Jordanie ensuite, le match à ne pas salir, celui où les grands discours doivent devenir trois points. Puis l’Autriche, le 27 juin, avec son parfum de vieux compte à régler et de qualification possible. Petković n’emmène donc pas seulement 26 joueurs en Amérique du Nord. Il emmène une équipe qui revient, une génération hybride, un capitaine en mission, des jeunes pressés, un gardien qui vient de faire baisser le volume autour de lui, et une vieille histoire qui attend son dernier chapitre.

Les Verts ne sont pas favoris. C’est peut-être leur meilleure nouvelle. Leur Mondial commence avec un but tardif à Rotterdam, un gardien rassuré, un vieux compte à régler et cette certitude : l’Algérie n’a jamais vraiment su faire de la figuration quand le monde la regarde.