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Budget 2027, près de deux tiers des investissements pour payer les chantiers d’hier

L’examen par Twala des investissements publics 2027 montre que près de deux tiers des crédits financeront des projets déjà engagés ou réévalués. Notre reconstitution des comptes éclaire aussi le poids des chantiers hérités, les dépenses en capital de l’ère Bouteflika et les limites de l’exécution budgétaire.


Pénétrante autoroutière Béjaïa chantier investissement public Algérie
Travaux sur la pénétrante autoroutière de Béjaïa. Lancé en 2013, le projet illustre ces investissements dont le financement s’étend sur plusieurs exercices budgétaires et plusieurs mandats présidentiels.

Sur les 3 725 milliards de dinars que l’Algérie prévoit de consacrer aux investissements en 2027, près de 2 377 milliards serviront à poursuivre des projets déjà engagés ou à financer leur réévaluation. Pour 100 dinars réservés à l’investissement, moins de 37 iront à de nouveaux programmes. Cette répartition, révélée par l’examen des tableaux détaillés du projet de loi de finances, donne une autre lecture des milliards annoncés chaque année par le gouvernement.

Les Travaux publics recevront 750,3 milliards de dinars pour leurs opérations en cours, l’Habitat 402,5 milliards et l’Hydraulique 302,6 milliards. À eux seuls, ces trois ministères concentrent plus de 1 455 milliards, soit 67 % de l’enveloppe destinée à la poursuite des programmes existants.

Une partie de ces chantiers a commencé sous Abdelaziz Bouteflika, d’autres depuis l’arrivée d’Abdelmadjid Tebboune. Certains équipements inaugurés ces dernières années avaient été lancés quinze ans auparavant, tandis que des programmes décidés aujourd’hui continueront d’être financés bien après 2027. Cette continuité brouille les bilans présidentiels.

Les nouveaux milliards annoncés financent aussi bien les projets du gouvernement en place que ceux hérités de ses prédécesseurs. Les tableaux du ministère des Finances permettent d’examiner la part de cet héritage dans les dépenses actuelles et de remonter jusqu’aux investissements décidés pendant les dix-neuf années de présidence de Bouteflika.

Une enveloppe de 2 377 milliards pour les projets existants

Le budget d’investissement 2027 se répartit entre trois enveloppes. Les nouveaux programmes reçoivent 1 348,25 milliards de dinars, les opérations déjà en cours 2 165 milliards et la réévaluation de projets existants 211,82 milliards.

La réévaluation intervient lorsqu’un projet réclame davantage d’argent que prévu. Des modifications techniques, des travaux supplémentaires, une hausse des prix ou une révision du programme initial peuvent conduire l’État à augmenter son enveloppe. Pour 2027, ces ajustements représentent 211,82 milliards de dinars.

DOCUMENT · PLF 2027

Près de deux tiers pour les projets existants

Répartition des crédits de paiement de l’investissement public en 2027.

63,8 %Projets en cours et réévaluations
36,2 %Nouveaux programmes
Destination des créditsMilliards DAPart
Nouveaux programmes1 348,2536,2 %
Projets en cours2 165,0058,1 %
Réévaluations211,825,7 %
Total investissement3 725,07100 %

Source : ministère des Finances, rapport de présentation du PLF 2027, p. 51–52. Montants en milliards de dinars.

En additionnant les programmes en cours et leurs réévaluations, la somme atteint 2 376,82 milliards. Pour chaque dinar réservé à une opération nouvelle, 1,76 dinar ira à des projets existants.

Les infrastructures concentrent l’essentiel de ces crédits. Les Travaux publics absorbent 34,7 % de l’enveloppe destinée aux opérations en cours, l’Habitat 18,6 %, l’Hydraulique 14 % et l’Agriculture près de 10 %. Le reste se répartit notamment entre l’Éducation nationale, la Santé, l’Intérieur, la Justice et l’Industrie.

L’accumulation remonte à plusieurs exercices. Dans le rapport de présentation du budget 2025, le ministère des Finances évaluait à 9 340,5 milliards de dinars le portefeuille des programmes d’investissement en cours au 31 décembre 2022. Cette somme représentait la valeur des programmes concernés, dont une partie des travaux avait déjà été réalisée.

L’État avait donc devant lui, dès la fin de 2022, un ensemble considérable d’opérations à poursuivre. Les budgets suivants devaient financer les nouveaux besoins du pays tout en assurant la continuité des programmes engagés les années précédentes.

Des stades inaugurés sous Tebboune, des chantiers lancés sous Bouteflika

La première pierre du stade Hocine-Aït-Ahmed de Tizi Ouzou a été posée en mai 2010. L’équipement devait initialement être livré en 2012. Il a finalement été inauguré le 10 juillet 2024 par Abdelmadjid Tebboune, quatorze ans après le lancement du chantier.

Le stade Nelson-Mandela de Baraki a suivi un parcours comparable. Commencés en 2009, les travaux se sont prolongés jusqu’à sa mise en service en 2023. Les deux équipements ont traversé plusieurs gouvernements, changements de responsables et révisions de calendrier.

Le budget 2024 prévoyait encore 40 milliards de dinars de crédits de paiement au titre de la réévaluation d’un ensemble de cinq stades, situés à Béchar, Ouargla, Baraki, Douira et Tizi Ouzou.

Ces crédits concernaient les cinq équipements, dont certains étaient déjà en service et d’autres en voie d’achèvement. Des chantiers lancés sous Bouteflika continuaient ainsi de figurer parmi les opérations à financer sous Tebboune.

Le même budget inscrivait 40,1 milliards de dinars pour quatre pénétrantes autoroutières desservant Béjaïa, Jijel, Oran et Mascara. La ligne ferroviaire Oued Tlelat–Tlemcen apparaissait avec 18,8 milliards, tandis que 7 milliards étaient prévus pour le prolongement du métro d’Alger vers l’aéroport.

Lancée en 2013, la pénétrante autoroutière de Béjaïa a connu des mises en service successives. En 2026, certains ouvrages étaient encore en construction. Le projet avait traversé la fin de la présidence Bouteflika, la transition de 2019 et plusieurs années du mandat de Tebboune.

La première pierre de la Grande Mosquée d’Alger a été posée en 2011 et les travaux ont commencé en 2012. Le chantier était largement achevé en 2019, mais l’inauguration officielle n’a eu lieu qu’en février 2024.

Dans le logement, les délais peuvent être tout aussi longs. Un programme est décidé une année, les études et les marchés sont lancés plus tard, la construction mobilise plusieurs exercices budgétaires et l’attribution intervient parfois sous un autre gouvernement.

Les présidents inaugurent ainsi des équipements dont les dépenses ont été réparties sur plusieurs mandats. Leurs successeurs continuent parfois à financer des chantiers dont ils n’ont décidé ni le lancement ni le coût initial. Les dates des inaugurations renseignent finalement assez peu sur celles des engagements financiers, des paiements et de la réalisation des travaux.

Les 1 000 milliards de dollars de Bouteflika, ce que racontent les comptes

Sous Abdelaziz Bouteflika, l’État aurait dépensé 1 000 milliards de dollars. Le chiffre revient régulièrement dans le débat politique algérien pour juger le bilan économique de ses dix-neuf années au pouvoir.

Une reconstitution des dépenses annuelles à partir des séries de la Banque d’Algérie et du Fonds monétaire international aboutit effectivement à un montant de cet ordre pour les dix-neuf exercices complets allant de 2000 à 2018.

Ces 1 000 milliards correspondent à l’ensemble des dépenses budgétaires. L’État a financé les rémunérations des fonctionnaires, le fonctionnement de ses administrations, les services publics, les transferts sociaux, les aides économiques, les charges de la dette et les investissements.

Notre reconstitution des dépenses en capital aboutit à environ 31 422 milliards de dinars entre 2000 et 2018, soit près de 375 milliards de dollars en convertissant les dépenses de chaque exercice au taux de change de l’époque.

L’ancienne nomenclature budgétaire incluait dans cette catégorie la construction d’infrastructures, mais aussi des interventions économiques, des dotations à des fonds et diverses opérations financières.

En 2018, par exemple, le rapport annuel de la Banque d’Algérie comptabilisait 3 078 milliards de dinars de dépenses en capital, dont 2 549,4 milliards d’investissements et 528,6 milliards d’autres opérations.

Les infrastructures économiques et administratives avaient reçu 577,1 milliards de dinars, l’habitat 469,2 milliards, l’agriculture et l’hydraulique 193,5 milliards, l’éducation et la formation 135,3 milliards, et les infrastructures socioculturelles 124,3 milliards.

Une seule rubrique, intitulée « Divers », représentait 894,3 milliards de dinars. Elle dépassait ainsi les montants inscrits dans chacune des grandes catégories identifiées.

Les publications historiques de la Banque d’Algérie comportent des révisions de séries. Une compilation rétrospective établit les dépenses en capital de 2018 à 2 918,4 milliards de dinars, contre 3 078 milliards dans le rapport annuel de cette année. La reconstitution des 375 milliards de dollars repose sur les séries historiques retenues pour chaque exercice.

En 2006, l’Algérie a également procédé à environ 10,9 milliards de dollars de remboursements anticipés de sa dette extérieure, selon la Banque d’Algérie. Cet argent a réduit les engagements du pays envers ses créanciers étrangers. Le remboursement du principal relève d’une opération financière distincte des dépenses en capital et des intérêts inscrits parmi les dépenses courantes.

Les fameux 1 000 milliards de dollars agrègent donc des dépenses de nature très différente.. Les dépenses en capital représentent environ 375 milliards sur la période reconstituée, et les investissements physiques une part plus restreinte encore.

Les grands chantiers lancés sous Bouteflika ont continué à mobiliser des fonds après son départ. Les sommes payées depuis 2020 pour terminer ces projets figurent dans les comptes des années Tebboune. Leur financement ne s’est pas arrêté avec la présidence qui les avait décidés.

ENQUÊTE TWALA · BANQUE D’ALGÉRIE / FMI

Dépenses en capital de 2000 à 2018

Dépenses budgétaires annuelles. Conversion en dollars au taux moyen de chaque année.

31 422,1 Mds DA Cumul sur 19 exercices
374,57 Mds USD Cumul en dollars courants
Année Milliards DA Milliards USD
2000 321,9 4,28
2001 357,4 4,63
2002 452,9 5,68
2003 570,4 7,37
2004 646,3 8,97
2005 810,6 11,06
2006 1 019,0 14,03
2007 1 442,3 20,81
2008 1 973,3 30,55
2009 1 946,3 26,79
2010 1 807,9 24,30
2011 1 974,4 27,07
2012 2 275,5 29,35
2013 1 887,8 23,79
2014 2 501,4 31,04
2015 3 039,3 30,18
2016 2 711,9 24,78
2017 2 605,5 23,48
2018 3 078,0 26,40
Cumul 2000–2018 31 422,1 374,57

Sources : Banque d’Algérie (rapport 2013 et rapport 2018), FMI (série 2000–2004 et série 2014–2017). Reconstitution Twala à partir des séries et des taux de change annuels.

Périmètre : dépenses budgétaires en capital, comprenant investissements et autres opérations en capital. Pour 2018, le rapport annuel de l’époque indique 3 078 milliards DA. Une série rétrospective ultérieure donne 2 918,4 milliards DA.

De « Monsieur 3 % » aux 30 milliards revendiqués par Tebboune

Pendant des années, la vox populi algérienne s’est amusée des « Messieurs 10 % », surnom donné aux responsables réputés prélever leur commission sur les marchés publics. L’affaire Saipem-Sonatrach a fait émerger un autre personnage, Farid Bedjaoui, surnommé « Monsieur 3 % ».

En avril 2020, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur américain des marchés financiers, a retracé dans une décision officielle le versement de 198 millions d’euros par Saipem à un intermédiaire entre 2007 et 2010. L’entreprise italienne avait obtenu au moins sept contrats auprès de Sonatrach, d’une valeur cumulée d’environ 8 milliards d’euros. Les paiements, enregistrés comme frais de courtage, représentaient près de 2,5 % du montant des marchés. Selon la SEC, l’intermédiaire n’avait fourni aucune prestation réelle et une partie de l’argent avait été dirigée vers des responsables algériens.

La procédure pénale italienne s’est achevée par l’acquittement définitif de Saipem et des personnes poursuivies en décembre 2020. Aux États-Unis, Eni avait conclu quelques mois auparavant un accord de 24,5 millions de dollars avec la SEC pour des manquements aux obligations comptables et de contrôle interne.

L’ordre de grandeur rejoint les observations de la Banque mondiale. Une étude portant sur près de 34 000 entreprises dans 88 pays évalue à 2,9 % de la valeur des contrats les commissions occultes déclarées par les petites entreprises pour obtenir des marchés publics, contre 1,8 % pour les entreprises moyennes et grandes.

Retenons donc un taux de 3 % et supposons son prélèvement systématique. Appliqué aux 375 milliards de dollars de dépenses en capital que nous avons reconstitués entre 2000 et 2018, il représenterait 11,25 milliards de dollars. Le calcul porte sur une assiette plus large que les seuls marchés publics, mais donne une mesure de l’ordre de grandeur.

Il laisse également de côté les investissements et marchés de Sonatrach, les pertes liées aux crédits bancaires accordés sans garanties suffisantes et les surfacturations. Retrouver les sommes détournées exige d’examiner les contrats, les paiements et leurs bénéficiaires.

La récupération des avoirs détournés constitue aussi un test pour Abdelmadjid Tebboune, qui revendique près de 30 milliards de dollars de fonds et de biens récupérés. Reprendre une concession agricole dans le Sahara ne fait pas entrer sa valeur dans les caisses du Trésor, puisque le terrain appartenait déjà à l’État. Une usine confisquée ne représente pas davantage une somme automatiquement encaissée.

Un inventaire public distinguant les liquidités récupérées, les biens confisqués, leur valeur réelle et les avoirs rapatriés de l’étranger permettrait de mesurer le résultat. Après avoir fait de la récupération de l’argent détourné un engagement de son mandat, Tebboune doit désormais en présenter la comptabilité, pas seulement le montant.

Après 2019, la peur de signer s’ajoute à la lenteur des chantiers

Les rapports de la Cour des comptes relevaient, bien avant 2019, les mêmes dysfonctionnements. Des projets étaient lancés avec des études insuffisantes, les procédures administratives retardaient les travaux, les devis étaient revus et les délais de livraison continuellement repoussés.

En 2018, les dépenses d’équipement exécutées représentaient 88,46 % des crédits révisés. Ce taux est descendu à 70,79 % en 2019, avant de remonter à 80,40 % en 2020. Il est ensuite retombé à 69,84 % en 2021, puis à 46,67 % en 2022.

En quatre ans, entre 2018 et 2022, la part des crédits d’équipement effectivement consommés a reculé de plus de 41 points.

En 2024, les dépenses effectives n’ont représenté que 43 % des crédits d’investissement notifiés, selon la nouvelle présentation budgétaire, dont la base de calcul diffère de celle des exercices précédents.

Après la chute de Bouteflika, la crainte des poursuites judiciaires est venue compliquer davantage les décisions administratives.

Les procès anticorruption ont visé d’anciens ministres, des dirigeants de grands groupes publics et des hommes d’affaires. Ils ont également concerné des fonctionnaires et des cadres chargés de la gestion quotidienne des administrations.

En juin 2021, le procureur du pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed indiquait que 409 fonctionnaires figuraient parmi les 723 personnes et entités poursuivies durant les neuf premiers mois d’activité de cette juridiction.

Le 18 septembre 2020, la présidence de la République avait elle-même reconnu les conséquences de ce climat sur le fonctionnement de l’État. Dans un communiqué officiel, elle constatait que certains cadres avaient été poursuivis sur la base de lettres anonymes parfois dépourvues de fondement et évoquait une « paralysie de l’activité des administrations et des entreprises publiques ».

Le communiqué décrivait des responsables qui limitaient leurs initiatives, retardaient les décisions et évitaient de traiter certains dossiers par crainte de poursuites.

Un marché public exige pourtant des signatures à chaque étape. Il faut approuver les études, attribuer les contrats, autoriser les modifications techniques, réceptionner les travaux et ordonner les paiements. Lorsqu’un responsable hésite à prendre une décision, toute la chaîne ralentit.

La rotation des responsables complique également le suivi des programmes. Un nouveau directeur doit reprendre les dossiers de son prédécesseur, examiner les marchés en cours, arbitrer les différends avec les entreprises et assumer des décisions parfois anciennes.

La compétence des gestionnaires devient alors aussi importante que les moyens financiers mis à leur disposition. Une administration peut recevoir les crédits nécessaires à un chantier et passer plusieurs exercices à résoudre les problèmes qui empêchent leur utilisation.

Quand l’argent quitte le ministère sans payer les travaux

Le transfert de fonds à un organisme chargé de réaliser des travaux peut être enregistré comme une dépense exécutée par le ministère concerné. L’organisme bénéficiaire doit ensuite employer cet argent pour payer les opérations dont il a la charge.

En 2021, des organismes publics chargés de conduire des travaux pour le compte de l’État avaient reçu 86,1 milliards de dinars. Ils n’en avaient effectivement consommé que 25,1 milliards.

Sur 100 dinars transférés, moins de 30 avaient été utilisés pour les opérations prévues. Les 61 milliards restants se trouvaient encore au niveau des organismes bénéficiaires.

Le ministère pouvait ainsi avoir exécuté son transfert financier alors qu’une grande partie des dépenses nécessaires à la réalisation des projets restait à effectuer.

La même année, la Cour des comptes recensait 4 583,5 milliards de dinars disponibles, reports compris, sur les comptes concernés par des programmes de développement. Les dépenses effectivement constatées atteignaient 1 802,7 milliards. Les crédits non utilisés représentaient 2 780,8 milliards.

Inscrire des crédits, les transférer à un établissement, régler une entreprise et livrer un équipement constituent quatre étapes distinctes. Une route peut figurer dans plusieurs budgets et recevoir des financements successifs sans être ouverte à la circulation. Un établissement de santé peut mobiliser des crédits pendant des années avant de commencer à accueillir des patients.

En mars 2026, le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, a annoncé la préparation de nouveaux mécanismes pour améliorer le suivi et l’exécution des investissements publics, avec une organisation séparant davantage leur réalisation des administrations.

L’État dispose de moyens financiers considérables, mais sa capacité à préparer les projets, à conduire les marchés et à assurer le paiement des travaux ne suit pas toujours le rythme des crédits ouverts.

Les retards finissent par produire leurs propres dépenses. Un chantier prolongé réclame de nouveaux financements, les prix changent et les administrations inscrivent des réévaluations dans les budgets suivants.

Le budget du futur, les engagements du passé

Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit 17 882,6 milliards de dinars de dépenses. Les rémunérations de l’administration et les transferts publics en absorbent une part considérable, réduisant les marges de manœuvre budgétaires. Le gouvernement doit financer ces engagements tout en poursuivant les milliers de chantiers déjà ouverts.

DOCUMENT · PLF 2027

Trois millions de postes, 6 087 milliards de masse salariale

Effectifs budgétaires et coûts de personnel.

2,98 millionsPostes budgétaires inscrits pour 2027
34 %Part de la masse salariale globale dans le budget
Effectifs et masse salarialeMontant
Postes budgétaires 20262 898 814
Postes budgétaires 20272 981 762
Nouveaux postes82 9482027
Postes vacants à pourvoir42 7272027
Recrutements envisagés125 675Nouveaux + vacants
Dépenses de personnel directes4 578,4 Mds DA25,6 % du budget
Dépenses de personnel, établissements inclus5 916,8 Mds DA33,1 % du budget
Masse salariale globale6 087 Mds DA34,0 % du budget

Source : rapport de présentation du PLF 2027, données sur les postes budgétaires et la masse salariale. Twala, 08 octobre 2026.

Aux dépenses de personnel s’ajoutent les transferts destinés aux ménages, aux organismes publics et aux dispositifs de soutien économique. Les subventions aux produits de consommation courante n’en représentent qu’une partie.

DOCUMENT · PLF 2027

Les transferts publics : 4 415,35 milliards de dinars

Principaux destinataires des transferts et détail des cinq dispositifs de soutien aux produits de consommation.

4 415,35Milliards de dinars de transferts publics
717,7Milliards pour cinq dispositifs de soutien aux prix
Principaux destinatairesMilliards DAPart du total
Transferts aux personnes2 414,1554,7 %
Collectivités locales650,0414,7 %
Établissements publics534,2712,1 %
Entreprises303,886,9 %
Autres transferts301,306,8 %
Organisations et clubs31,830,7 %
Associations7,070,2 %
Dans ces transferts : 717,7 milliards pour les produits courants
Produits subventionnésMilliards DAPart des 717,7 Mds
Céréales (OAIC)355,8449,6 %
Lait (ONIL)94,3113,1 %
Eau dessalée122,0517,0 %
Soutien à l’énergie25,503,6 %
Sucre, huile et café vert120,0016,7 %
Total produits courants717,70100 %

Sources : rapport de présentation du PLF 2027. Twala, détail des subventions, 09 octobre 2026.

Première liste : sélection des catégories de transferts, non exhaustive. Deuxième liste : détail des 717,7 milliards déjà inclus dans les transferts, notamment ceux aux personnes. Ne pas additionner ces deux tableaux.

Achever un hôpital construit à 80 % peut répondre à un besoin plus urgent que d’en lancer un nouveau. Mais lorsque les chantiers s’éternisent et que les coûts sont régulièrement réévalués, ils absorbent des crédits qui auraient pu financer d’autres équipements. Les budgets successifs servent alors à payer des décisions prises parfois quinze ou vingt ans auparavant.

Les tableaux du PLF 2027 permettent de connaître les crédits réservés aux opérations anciennes. La reconstitution des comptes historiques donne une mesure des dépenses en capital engagées sous Bouteflika. Les lois de règlement budgétaire renseignent, de leur côté, sur les dépenses effectivement exécutées.

Les tableaux budgétaires ne retracent pas l’histoire financière de chaque chantier, depuis sa date de lancement jusqu’au dernier paiement, en passant par les réévaluations de coûts. Cette absence de suivi consolidé empêche de répondre à une question essentielle. Combien l’État a-t-il dépensé depuis 2020 pour achever les projets lancés sous Bouteflika, et combien a-t-il consacré aux investissements décidés sous Tebboune ?

L’État dispose des données nécessaires à ce suivi dans les administrations qui programment, financent et exécutent les investissements. Leur consolidation rendrait possible un bilan dépassant les montants annoncés et les cérémonies d’inauguration.

Les 1 000 milliards de dollars dépensés sous Bouteflika ne constituent pas un inventaire des infrastructures réalisées pendant sa présidence. Les équipements inaugurés sous Tebboune ne représentent pas davantage l’ensemble des investissements décidés depuis son arrivée au pouvoir.

L’État algérien sait chiffrer ce qu’il prévoit de dépenser. Il lui reste à rendre tout aussi lisible l’histoire de ce qu’il paie encore.