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Bousteila, les héritiers discrets et la route des devises

Fils de l’ancien commandant de la Gendarmerie nationale, Mohamed Lamine et Yacine Bousteila ont investi dans la pharmacie, les ports, les douanes, la sécurité électronique, l’acier et l’hôtellerie. Des sociétés opérationnelles algériennes à une holding luxembourgeoise, les registres dessinent une fortune bâtie dans les secteurs où l’autorisation, la concession et l’accès aux devises comptent autant que le capital.


Dans une économie où l’État distribue l’accès aux ressources, les trajectoires entrepreneuriales ne se racontent jamais seulement en termes de talent ou d’audace. Elles se lisent dans les autorisations, les concessions, les secteurs choisis et parfois les patronymes.

Mohamed Lamine Bousteila est né en 1975. Son frère Yacine est né en 1989. Quatorze années les séparent, mais leurs parcours se rejoignent dans une même architecture patrimoniale.

Mohamed Lamine a 29 ans lorsque la société pharmaceutique Abdi Ibrahim Remède Pharma est créée en 2004. Il en a 32 lorsque SPA Algeofleet voit le jour en 2007 et 33 à la création de Fennec Logistics en 2008. Yacine a 25 ans lorsque son nom apparaît en 2014 dans M Device, une société d’importation de matériel médical.

L’âge ne dit pas tout. La nature des secteurs choisis dit davantage.

Mohamed Lamine et Yacine Bousteila sont les fils d’Ahmed Bousteila, qui a commandé la Gendarmerie nationale algérienne de 2000 à 2015. Leurs investissements précoces se concentrent dans des activités fortement réglementées, où l’accès dépend d’agréments, de licences, de concessions et d’autorisations publiques.

Les registres ne montrent pas une entreprise familiale unique coiffant l’ensemble. Ils révèlent un réseau de sociétés, d’associés, de gérants et de partenaires étrangers. La détention du capital est séparée de la gestion quotidienne. La fortune ne se présente pas sous une marque visible. Elle se répartit entre participations, conseils d’administration, véhicules de conseil et structures financières.

Cette enquête fait partie du projet OpenLux, une investigation transfrontalière coordonnée par l’OCCRP et Le Monde, dont Twala est partenaire. Elle s’appuie sur des données recueillies dans le registre du commerce luxembourgeois.

Investir tôt, gérer à distance

L’une des premières structures dans lesquelles les deux frères apparaissent ensemble est la SARL M Device, créée en 2014 pour importer des produits parapharmaceutiques et du matériel médico-chirurgical. Mohamed Lamine et Yacine Bousteila y sont associés à Aït Saïd Malik. La société est radiée en 2020.

M Device les place dans un secteur dépendant d’agréments sanitaires, de licences d’importation et de programmes administratifs. Yacine Bousteila a alors 25 ans. Il n’entre pas par le commerce de détail ni par une activité de proximité. Il rejoint directement une entreprise positionnée sur les dispositifs médicaux et les circuits d’importation.

Le même modèle revient dans les autres structures. Les frères Bousteila sont rarement seuls et encore plus rarement chargés de la gestion quotidienne. Ils apparaissent comme associés, actionnaires ou administrateurs. Des directeurs généraux, des présidents de conseil ou des gérants portent l’activité courante.

Company Multi Services, créée en 2017, associe Mohamed Lamine Bousteila à Samir Sayah. La société se présente comme une structure d’investissement et de conseil. Toujours active, elle accumule des déficits depuis 2021. Son profil est davantage patrimonial qu’opérationnel.

L’EURL Maliva, détenue par Mohamed Lamine Bousteila, intervient dans le conseil et les études en investissement. Son chiffre d’affaires reste modeste, tandis que ses immobilisations sont notables. Là encore, la société ressemble moins à un cabinet de prestations qu’à un véhicule destiné à porter des actifs ou à organiser des participations.

Cette organisation dissocie la détention du capital de la gestion quotidienne. Elle permet aux associés d’élargir leur portefeuille sans apparaître à la tête de chacune des activités.

Aux points de passage de la marchandise

La logique du portefeuille devient plus nette dans la logistique.

La SARL Fennec Logistics est créée en 2008 à Ouargla. Elle agit comme commissionnaire en douanes, gère des magasins sous douane et réalise des opérations de manutention. Mohamed Lamine Bousteila y est associé à Bendouma Mohammed et Bendouma Mohamed Kamel.

En 2023, Fennec Logistics a réalisé environ 800 millions de dinars de chiffre d’affaires.

Le commissionnariat en douanes place la société au cœur des procédures d’importation. Les magasins sous douane lui donnent une position dans le stockage des marchandises avant leur mise en circulation. La manutention l’insère dans leur déplacement physique.

Dans une économie dépendante des achats extérieurs, ces points de passage ont une valeur propre. L’entreprise ne vend pas seulement un service. Elle occupe un endroit que la marchandise doit nécessairement traverser.

Arkas Terminal à Conteneurs porte cette logique à une autre échelle. Implantée au port d’Alger, la société de manutention réunit Mohamed Lamine Bousteila, Ibtissam Sabrina Bouchenafa et Mahmoud Guennoun côté algérien. Lucien Arkas et Stefano Petrini figurent parmi les partenaires turcs.

L’actionnariat comprend également Arkas Holding Anonim Şirketi, Ursa Marıport Invest B.V., établie aux Pays-Bas, et SPA Arkas Algérie.

En 2016, Arkas Terminal à Conteneurs a enregistré 2,3 milliards de dinars de chiffre d’affaires pour un résultat net estimé à 800 millions de dinars.

Cette rentabilité mesure la valeur attachée à une position au cœur d’une infrastructure portuaire. La manutention suppose des équipements, des concessions, des autorisations et une présence durable dans l’enceinte du port. Les Bousteila ne se limitent donc pas aux marchandises qui circulent. Ils prennent place sur les voies par lesquelles elles entrent.

Des conteneurs aux données

SPA Algeofleet, créée en 2007, prolonge cette logique dans un autre registre.

L’entreprise est spécialisée dans l’électronique, les réseaux, le traitement de données et les systèmes de sécurité. Nafaa Mohamed Mehfoud préside son conseil d’administration. Mohamed Lamine Bousteila y siège comme actionnaire et administrateur.

En 2023, Algeofleet a réalisé 262 millions de dinars de chiffre d’affaires.

Le passage de la logistique aux systèmes de sécurité n’est pas aussi dispersé qu’il paraît. Fennec Logistics travaille sur les flux douaniers. Arkas Terminal occupe un point de passage portuaire. Algeofleet intervient sur les réseaux, les données et la sécurité électronique.

Dans chaque cas, la valeur se concentre à l’endroit où quelque chose doit être autorisé, contrôlé, suivi ou protégé.

Ces activités dépendent aussi d’équipements, de logiciels et de technologies étrangers. Elles créent des relations régulières avec des fournisseurs et des prestataires établis hors d’Algérie. La circulation des marchandises se double d’une circulation des paiements.

La pharmacie comme moteur

Le pilier économique du portefeuille reste la pharmacie.

Abdi Ibrahim Remède Pharma est créée en 2004, lorsque Mohamed Lamine Bousteila a 29 ans. La société l’associe à des partenaires algériens et à un groupe pharmaceutique turc de premier plan.

Mohamed Ghezali et Naziha Zennadi assurent la direction générale. Ali Alalton préside le conseil d’administration.

Parmi les entités turques figurent Abdi Ibrahim Holding, Abdi Ibrahim İlaç Pazarlama, Abdi Ibrahim İlaç Sanayi ve Ticaret et Tripharma.

En 2023, Abdi Ibrahim Remède Pharma a réalisé 5,3 milliards de dinars de chiffre d’affaires et 219 millions de dinars de bénéfice net.

Aucune autre société citée dans le portefeuille n’atteint un volume d’activité comparable. La pharmacie fournit le principal moteur de revenus. Elle cumule une demande soutenue, des barrières réglementaires élevées, des produits importés ou fabriqués à partir de composants étrangers et une relation continue avec l’administration.

L’enregistrement des médicaments, les programmes d’importation, les autorisations, les prix et les conditions de production déterminent directement l’activité. Dans ce secteur, la capacité industrielle ne suffit pas. Il faut aussi accéder aux agréments, aux fournisseurs, aux devises et aux circuits de décision.

Les partenaires turcs apportent des marques, des procédés, des équipements et une crédibilité technique. Ils installent également l’entreprise dans un réseau international où licences, prestations, achats et paiements franchissent régulièrement les frontières.

Acier, confiserie et hôtellerie : les voies de la diversification

Le portefeuille de Yacine Bousteila suit une autre branche.

Caprimix est spécialisée dans la confiserie et la chocolaterie. La société est gérée par Djabeur Baizid et dispose d’importantes immobilisations industrielles.

À Bethioua, BMS Steel Trade associe Yacine Bousteila à Jawad Ahmed Merzouk Blikaz. Ahmed Hocine en assure la gérance. La société bénéficie d’un terrain industriel concédé pour trente ans.

Cette concession foncière représente un actif essentiel. Dans l’acier, la valeur ne réside pas seulement dans les machines ou les ventes. Elle tient aussi à l’accès au terrain industriel, à la durée de la concession et aux infrastructures disponibles.

Jawad Ahmed Merzouk Blikaz apparaît également dans l’hôtellerie.

La SARL Cristel Bay, créée à Oran en 2022, l’associe à Yacine Bousteila. Jawad Ahmed Merzouk Blikaz en assure aussi la gérance.

Le même partenaire accompagne donc Yacine Bousteila dans l’acier et l’hôtellerie. La diversification repose sur des associations durables, reconduites d’un secteur à l’autre. Caprimix, BMS Steel Trade et Cristel Bay étendent le patrimoine à l’agroalimentaire, à l’industrie lourde et à l’immobilier hôtelier.

OpenLux révèle la pièce luxembourgeoise

L’architecture change de dimension avec Nalys Investment S.A.

Selon les données obtenues dans le cadre d’OpenLux, Mohamed Lamine Bousteila est le bénéficiaire effectif de cette société de participation financière établie au Luxembourg. Il est désormais résident en France.

À la fin de 2022, Nalys Investment affiche un total de bilan de 4,88 millions d’euros, contre 4,54 millions un an auparavant.

Son actif comprend 941 266 euros d’immobilisations financières et 3,26 millions d’euros de créances intragroupe à long terme.

Nalys ne déclare aucun chiffre d’affaires opérationnel. Elle ne fabrique pas de médicaments, ne manutentionne pas de conteneurs et ne vend pas de systèmes de sécurité. Son bilan est celui d’une structure de détention et de financement.

Les activités visibles se trouvent ailleurs. Au Luxembourg, le bilan se compose de participations, créances et liquidités.

En 2019, Nalys a enregistré un bénéfice exceptionnel de 2,78 millions d’euros, lié à une opération non récurrente. La société a ensuite affiché une perte de 18 005 euros en 2021, puis une perte de 105 075 euros en 2022.

Sa trésorerie a pourtant fortement augmenté. Elle est passée de 37 133 euros en 2021 à 679 238 euros en 2022.

Une société peut enregistrer des pertes et recevoir simultanément des fonds. Le résultat mesure les produits et les charges de l’exercice. La trésorerie mesure les liquidités disponibles. Chez Nalys, la progression du cash et le poids des créances intragroupe signalent une fonction financière plus qu’une activité commerciale.

L’étage luxembourgeois convertit les relations entre sociétés en actifs financiers. Les entreprises opérationnelles produisent, importent, stockent ou vendent. La holding détient des participations, porte des créances et centralise des liquidités.

Des changements répétés dans le contrôle des comptes

Les formalités publiées au Luxembourg montrent une structure en mouvement administratif presque permanent.

Entre l’été 2020 et le printemps 2024, Nalys Investment S.A. a vu se succéder cinq commissaires aux comptes. Une démission formelle a été enregistrée en février 2024.

Le 2 janvier 2020, la société a aussi converti l’ensemble de ses actions au porteur en actions nominatives. L’opération a mis fin à l’anonymat formel du capital, conformément au durcissement de la réglementation luxembourgeoise.

Samir Sayah figure parmi les intervenants de cette période.

Nommé commissaire aux comptes de Nalys en 2020, il déclarait une adresse professionnelle à Neuilly-sur-Seine. Samir Sayah est aussi l’associé de Mohamed Lamine Bousteila dans Company Multi Services, créée en Algérie en 2017.

Le même nom apparaît ainsi dans une société de conseil algérienne et dans l’organe de contrôle d’une holding luxembourgeoise. Les personnes circulent entre les sociétés opérationnelles, les véhicules de conseil, les conseils d’administration et les entités de détention.

Nalys constitue l’étage financier d’un ensemble dont les revenus visibles proviennent principalement de la pharmacie, de la logistique et des infrastructures portuaires.

Du dinar à l’euro

Cette organisation prend un relief particulier dans une économie soumise au contrôle des changes.

Les entreprises établies en Algérie ne peuvent pas transférer librement leurs revenus à l’étranger. Les sorties de devises doivent être liées à des opérations économiques, domiciliées auprès d’une banque et appuyées par des contrats, des factures ou des engagements financiers.

Or le portefeuille Bousteila se concentre précisément dans des secteurs où les paiements internationaux sont constants.

La pharmacie importe des composants, des équipements et des prestations techniques. Les terminaux portuaires travaillent avec des groupes étrangers. La logistique accompagne les importations et les formalités douanières. Les systèmes de sécurité dépendent de logiciels, de matériels et de fournisseurs internationaux.

Les relations avec Abdi Ibrahim Holding, Abdi Ibrahim İlaç Pazarlama, Abdi Ibrahim İlaç Sanayi ve Ticaret, Tripharma, Arkas Holding Anonim Şirketi, Ursa Marıport Invest B.V. et SPA Arkas Algérie multiplient les motifs de paiement entre sociétés algériennes et étrangères.

Les règlements peuvent porter sur des marchandises, des équipements, des licences, des études, des prestations techniques, des financements ou des créances entre entités liées. Dans un tel système, la maîtrise du fournisseur, de la facture, de la domiciliation bancaire et de l’autorisation de transfert devient une ressource économique.

Sur un marché ouvert, une entreprise choisit son fournisseur en fonction du prix, de la qualité et des délais. À l’inverse, dans une économie administrée, l’accès au fournisseur, aux devises et à l’autorisation de transfert acquiert lui-même une valeur.

La surfacturation des importations est l’un des procédés utilisés dans les économies soumises au contrôle des changes pour déplacer des devises hors du pays. Elle consiste à faire payer à l’étranger un montant supérieur à la valeur réelle d’un bien ou d’un service. La différence peut ensuite apparaître sous la forme de liquidités, de prêts, de créances ou de participations.

Une holding peut ensuite inscrire les flux reçus sous forme de participations, de prêts, de créances ou de liquidités. Une fois inscrites au bilan d’une société de participation, les sommes deviennent des actifs financiers durables, répartis entre entités liées.

Le bilan de Nalys matérialise cette architecture financière. À la fin de 2022, il rassemble 3,26 millions d’euros de créances intragroupe, 941 266 euros d’immobilisations financières et 679 238 euros de trésorerie. Dépourvue d’activité opérationnelle déclarée, la société ne tire pas ces montants de ventes ou d’une production propres. Elle détient des participations, porte des créances et centralise des liquidités.

Les comptes publiés ne retracent pas le parcours bancaire de chaque euro. Ils montrent toutefois qu’au Luxembourg, les relations entre sociétés prennent la forme de participations, de créances et de disponibilités financières.

Une économie de l’accès

La fortune des Bousteila ne dépend pas d’une entreprise unique.

La chaîne part de M Device, créée en 2014 pour importer du matériel médical, passe par Fennec Logistics, qui a réalisé 800 millions de dinars de chiffre d’affaires en 2023, puis atteint Arkas Terminal à Conteneurs, avec 2,3 milliards de dinars de chiffre d’affaires et 800 millions de dinars de résultat net en 2016.

Elle s’étend ensuite à Algeofleet, dont le chiffre d’affaires s’est élevé à 262 millions de dinars en 2023. Son principal moteur reste toutefois Abdi Ibrahim Remède Pharma, avec 5,3 milliards de dinars de chiffre d’affaires et 219 millions de dinars de bénéfice net la même année.

Le réseau se prolonge enfin dans Caprimix, BMS Steel Trade, Cristel Bay, Company Multi Services et Maliva, avant d’aboutir au Luxembourg dans une société au bilan de 4,88 millions d’euros.

Cette diversité s’organise autour d’une même ressource : l’accès aux licences d’importation et aux agréments pharmaceutiques, aux magasins sous douane et aux terminaux portuaires, aux marchés de la sécurité électronique, au foncier industriel concédé pour trente ans, ainsi qu’aux partenaires étrangers et aux circuits internationaux de règlement.

Mohamed Lamine Bousteila entre dans la pharmacie à 29 ans. Il est présent dans les réseaux et la sécurité à 32 ans, puis dans la logistique douanière à 33 ans. Yacine Bousteila rejoint à 25 ans une société d’importation de matériel médical.

Ces âges montrent la vitesse avec laquelle les deux frères ont intégré des secteurs où beaucoup d’entrepreneurs passent des années à obtenir leur premier agrément, leur première concession ou leur premier accès aux devises.

Les frères Bousteila apparaissent peu dans la conduite quotidienne. Mohamed Ghezali, Naziha Zennadi, Ali Alalton, Nafaa Mohamed Mehfoud, Djabeur Baizid, Ahmed Hocine et Jawad Ahmed Merzouk Blikaz assurent la direction, la présidence ou la gérance des structures.

Le capital demeure entre les mains des associés. L’exposition opérationnelle est répartie entre plusieurs gestionnaires. La fortune ne dépend ni d’un patron omniprésent ni d’une marque personnelle. Elle se répartit entre sociétés, concessions, conseils d’administration et véhicules financiers.

Une fortune sans récit public

Il n’existe pas de récit entrepreneurial construit autour des frères Bousteila.

Ni interviews régulières, ni discours sur l’innovation, ni mise en scène du succès.

La fortune se lit dans les statuts, les bilans, les participations et les concessions.

Elle se lit dans les 5,3 milliards de dinars de chiffre d’affaires de la société pharmaceutique. Dans les 2,3 milliards enregistrés par le terminal portuaire, les 800 millions générés par Fennec Logistics, les 262 millions réalisés par Algeofleet, le terrain industriel concédé pour trente ans à BMS Steel Trade et les 4,88 millions d’euros d’actifs de Nalys Investment au Luxembourg.

La discrétion n’est pas l’absence. Elle constitue ici un mode de détention.

Leur trajectoire éclaire une économie où le capital se forme aussi par la position sociale, institutionnelle et relationnelle. Les autorisations n’encadrent pas seulement l’activité. Elles distribuent les positions. La rareté administrative ne ralentit pas seulement l’entreprise. Elle augmente la valeur de ceux qui disposent déjà des passages.

Les frères Bousteila ne sont pas une anomalie. Ils incarnent une économie où la réussite se proclame peu mais se structure beaucoup, où les sociétés opérationnelles produisent les flux et où des entités plus discrètes en assurent la consolidation.

Dans l’Algérie du contrôle des changes, l’argent ne circule pas librement. Il emprunte les voies ouvertes par les agréments, les partenariats, les concessions et les relations entre sociétés. Le portefeuille Bousteila s’est précisément construit à la rencontre de ces passages.