L’homme d’affaires algérien Ayoub Aissiou a été placé en détention provisoire en Espagne après son arrestation, samedi 25 juillet, à l’aéroport de Barcelone-El Prat. Son interpellation, révélée mardi soir par le journal espagnol El Imparcial, a été effectuée en exécution d’un mandat d’arrêt aux fins d’extradition émis à la demande des autorités algériennes.
Présenté lundi à la justice espagnole, Aissiou a été maintenu en prison pendant l’examen de la procédure. El Imparcial indique que l’Espagne devra se prononcer dans un délai maximal de quarante jours.
Le Conseil des ministres espagnol avait autorisé, dès le 29 juin, la poursuite judiciaire de la procédure d’extradition. La décision, certifiée par le ministre de la Justice Félix Bolaños, ne vaut pas accord définitif pour une remise à l’Algérie. Elle permet seulement la transmission du dossier à l’Audience nationale, la juridiction compétente en matière d’extradition.
La demande algérienne a été reçue le 3 juin par voie diplomatique, accompagnée d’une note de l’ambassade d’Algérie à Madrid et des pièces judiciaires requises. Le document espagnol identifie Aissiou comme un ressortissant algérien né en 1982 à El Biar et alors « localisé en Espagne ».
Trois procurations au cœur du dossier
La requête repose sur un mandat d’arrêt émis le 9 avril 2026 par un juge d’instruction algérien chargé des affaires économiques et financières. Selon le résumé établi par le ministère espagnol de la Justice, l’enquête concerne trois procurations qui auraient été falsifiées dans l’étude de la notaire Amina Chabane, à Bouzaréah.
Ces documents auraient été utilisés pour administrer des biens immobiliers appartenant à Aissiou et transférer à l’étranger les revenus qui en étaient tirés. Les autorités algériennes retiennent notamment des faits présumés de complicité de faux, d’usage de faux, de blanchiment de capitaux et d’association de malfaiteurs.
Pour Madrid, ces faits pourraient correspondre aux infractions de blanchiment et de falsification de document public prévues par le Code pénal espagnol. Cette correspondance satisfait, à ce stade, le principe de double incrimination, sans préjuger de la culpabilité de la personne réclamée.
Si l’Audience nationale juge l’extradition légalement possible, le dossier reviendra devant le gouvernement espagnol, qui conservera le pouvoir d’autoriser ou de refuser la remise à Alger.
Un homme d’affaires propriétaire d’une télévision
El Imparcial présente Aissiou comme un « journaliste et opposant ». Cette qualification ne correspond pas à son parcours. Diplômé de l’Institut des sciences de l’information et de la communication, il a fait carrière dans les affaires, notamment dans l’immobilier, l’agriculture, l’agroalimentaire, l’importation, la sidérurgie et les concessions automobiles.
Il rachète en 2015 la chaîne privée El Djazairia One, ajoutant un actif médiatique à un groupe économique largement soutenu par le crédit bancaire. Nos informations font état de plus de 63 milliards de dinars de crédits et de rééchelonnements accordés par plusieurs banques.
Après son départ d’Algérie en 2019, Aissiou a été condamné par défaut dans plusieurs affaires économiques. Il a notamment écopé de 18 ans de prison dans l’affaire Casteel, puis de plusieurs peines de vingt ans pour escroquerie, blanchiment et dissimulation de biens. Des mandats d’arrêt internationaux ont été délivrés contre lui.
La demande examinée aujourd’hui par l’Espagne repose cependant sur un dossier distinct, lié aux procurations et aux revenus immobiliers présumés transférés à l’étranger.
La défense invoque le risque de persécution
Selon El Imparcial, Aissiou était demandeur d’asile en France depuis 2019. Son entourage soutient que la procédure vise en réalité à obtenir le retour forcé d’un opposant et inscrit son arrestation dans le contexte du rapprochement diplomatique entre Alger et Madrid.
Ces arguments devront être examinées par les juges, notamment au regard du principe de non-refoulement, si la défense établit qu’une remise à l’Algérie l’exposerait à des persécutions ou à des traitements contraires aux droits fondamentaux.
À ce stade, l’Espagne n’a donc pas accordé l’extradition. Elle a ouvert une procédure judiciaire dans laquelle devront être confrontés les éléments pénaux transmis par l’Algérie et les objections politiques et humanitaires avancées par la défense.