L’Établissement public de télévision (EPTV) a engagé une procédure pour faire incinérer 6 000 bobines de films 16 mm conservées aux Archives nationales de Bir Khadem, à Alger. Leur contenu n’a pas été inventorié pour identifier les images qu’elles renferment et déterminer leur éventuelle valeur historique ou documentaire. Ces archives audiovisuelles risquent ainsi d’être détruites sans que l’on sache précisément ce qu’elles contiennent.
Dans une consultation restreinte datée du 4 octobre 2026, dont Twala a obtenu une copie, la Télévision publique sollicite des entreprises spécialisées pour procéder à « l’élimination par incinération de 6 000 bobines de films au format 16 mm, abîmées et appartenant aux archives de l’EPTV ».
Le cahier des prescriptions techniques présente ces pellicules, entreposées dans des boîtes métalliques, comme des produits détériorés, dangereux pour la santé et l’environnement. Il affirme qu’elles « ne peuvent en aucun cas être récupérées ou réutilisées ».
Aucune expertise technique établissant leur état de dégradation ni aucun document justifiant l’impossibilité de les restaurer ou de les numériser ne figure pourtant dans le dossier de consultation.
Le cahier des charges prévoit bien, dans ses principes généraux, que les films « doivent être inventoriés, identifiés, conditionnés et stockés séparément avant toute prise en charge ». Mais cet inventaire concerne les opérations préparatoires à leur destruction. Il ne prévoit pas l’identification des événements filmés, des dates de tournage, des personnes apparaissant à l’image ou de la valeur documentaire des enregistrements.
Les 6 000 bobines peuvent renfermer des reportages, des images d’actualité, des événements politiques, sociaux ou culturels, voire des séquences inédites de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Faute d’inventaire archivistique, leur contenu demeure inconnu.
Qui a décidé de détruire ces archives ?
Le cahier des charges exige une incinération complète des pellicules « jusqu’à l’obtention d’une poudre ». Le prestataire devra disposer d’une installation autorisée pour le traitement des déchets dangereux, de préférence à proximité d’Alger. Le transport depuis les magasins des Archives nationales de Bir Khadem devra être effectué sous escorte des services de sécurité.
L’EPTV prévoit également la présence d’une commission interne pendant toute l’opération et celle d’un huissier de justice chargé d’établir un procès-verbal détaillant le nombre et le volume des archives incinérées.
La procédure permettra ainsi de compter les bobines détruites et de constater leur élimination, sans établir la nature des images disparues.
La consultation a été clôturée le 15 octobre à midi, avec une séance d’ouverture des plis prévue le même jour à 13 h 30 au siège de l’EPTV. Le dossier ne précise la date envisagée pour l’incinération.
Il ne mentionne pas davantage l’autorité ayant décidé l’élimination définitive de ces archives, les expertises sur lesquelles repose cette décision ou les instances chargées de la conservation du patrimoine audiovisuel consultées.
Une pellicule détériorée peut encore contenir des images récupérables. L’état du support, les possibilités de restauration et de numérisation doivent être examinés avant de décider de sa destruction. Or, la consultation organise l’incinération des 6 000 bobines sans présenter d’expertise individualisée permettant d’établir lesquelles seraient définitivement irrécupérables.
La Télévision publique a prévu une escorte de sécurité, une commission de contrôle et un huissier pour constater la destruction des bobines. Elle n’a pas prévu, dans cette procédure, de déterminer ce qu’elle s’apprête à détruire.